Bruxelles donne un label vert au nucléaire et au gaz

Le siège du Parlement européen © Thomas Ruffer/imageBROKER/picture alliance Le siège du Parlement européen

La Commission européenne a présenté mercredi (02.02.22) une classification qui suscite beaucoup de polémiques. Il s’agit d’une liste de critères qui permet de classer comme "durables" les investissements dans le nucléaire ou le gaz pour la production d'électricité. Or, ce privilège était jusqu'ici réservé aux énergies renouvelables et plusieurs pays, dont l’Autriche, le Luxembourg, la Suède et les Pays-Bas ont dit qu’il s’opposerait à cette initiative.

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L’Autriche a dit mercredi son intention de porter plainte contre contre ce label vert. Le Luxembourg s’est dit aussi prêt à se joindre à cette plainte.

350 milliards d’euros nécessaires

Selon Bruxelles, des investissements annuels de 350 milliards d’euros sont nécessaires pour parvenir à la neutralité climatique d’ici 2050 et ce nouveau label accordé au nucléaire et au gaz devrait permettre d’atteindre cet objectif.

Selon Mairead McGuiness, commissaire européenne aux services financiers et à la stabilité financière, "Ce que nous essayons de faire avec cet instrument, et j’espère qu’il va marcher, est d’avoir des investissements privés qui se dirigent vers les énergies vertes, pas seulement aujourd’hui, mais investissent là où il y a un chemin, là où il y a une transition".

Mais la proposition de la Commission européenne se heurte à l’opposition de nombreuses ONG et de plusieurs Etats membres.

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Projet décrié

Le projet, appelé Taxonomie, est souvent décrié comme étant un compromis franco-allemand imposé au reste de l’Union : la France soutenant l’énergie nucléaire et l’Allemagne ayant une économie très dépendante du gaz.

Même au sein de la Commission, la décision n'a pas fait l'unanimité : les 27 membres ont dû procéder à un vote avant de faire cette annonce aujourd’hui.

La commissaire européenne a d’ailleurs concédé que le nouveau texte n’était peut-être pas parfait. Mairead McGuiness a indiqué toutefois qu’il offrait "une véritable solution" à l’objectif de l’Union européenne d’atteindre la neutralité climatique d’ici 2050.

Avant la présentation de cette nouvelle classification, de nombreux activistes se sont réunis devant la Commission européenne.

Sam Ryan, l’un d’eux, redoute que des milliards d’euros pouvant servir aux énergies renouvelables soient détournés vers des projets climatiques polluants.

"Le gaz et l’énergie nucléaire ne peuvent pas faire partie des investissements verts, insiste-t-il. Ce que nous demandons, c’est que la présidente de la Commission européenne ne tue pas le Green Deal de l’UE. Et c’est ce que cette décision va faire aujourd’hui. Elle va effectivement ruiner nos chances d’atteindre l’objectif de zéro émission nette de gaz à effet de serre pour l’Europe en 2050."

La commissaire européenne Mairead McGuiness a rappelé que considérer le gaz et l’énergie nucléaire comme énergies vertes n’est qu’une transition. A terme, a-t-elle affirmé, il s’agit d’entrevoir un avenir à faible émission de carbone alimenté par des énergies renouvelables.

Les Etats ont au moins quatre mois pour examiner le texte proposé ce mercredi.

Auteur: Reliou Koubakin

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