Des milliers de Polonais défilent pour sauvegarder l'indépendance des médias

Il fait nuit et froid à Varsovie et pourtant, des milliers de Polonais ont manifesté, le 19 décembre, contre la loi adoptée par le Parlement qui vise la chaîne TVN24. © Agencja Wyborcza.pl via REUTERS - SLAWOMIR KAMINSKI Il fait nuit et froid à Varsovie et pourtant, des milliers de Polonais ont manifesté, le 19 décembre, contre la loi adoptée par le Parlement qui vise la chaîne TVN24.

Des milliers de personnes ont défilé dans les rues de Varsovie et dans plus de 120 villes en Pologne dimanche 19 décembre. Ils protestaient contre l’adoption vendredi d’une nouvelle loi sur les médias, accusée de vouloir cibler directement le groupe de télévision TVN, principal groupe indépendant du pays et bête noire du gouvernement conservateur qui le juge trop hostile à son égard.

Avec notre correspondante à Varsovie, Sarah Bakaloglou

Devant le palais présidentiel, Jaroslaw serre contre lui une pancarte anti-gouvernementale. Face à une télévision publique sous le contrôle de la majorité conservatrice au pouvoir, la chaine d’information indépendante TVN24 est essentielle, selon le Polonais : « C’est la dernière chaîne de télévision qui montre la vérité, il n’y en a pas d’autres en Pologne sur laquelle il n’y a ni propagande ni mensonges. » 

Selon le texte, les médias ne pourront pas être détenus à plus de 49% par des propriétaires situés hors de l'Espace économique européen. Ce qui obligerait TVN, pour l'instant aux mains du groupe américain Discovery, à trouver un nouvel actionnaire majoritaire, sous peine de ne plus pouvoir être diffusé. TVN est l'un des plus grands réseaux de télévisions privées de Pologne. 

À l’origine de cet amendement controversé, le parti Droit et justice au pouvoir, accusé depuis 2015 de porter atteinte à l’état de droit dans le pays. Des changements qu’Alexander, 70 ans, observe avec tristesse : « Pour moi chaque affaiblissement de la démocratie relève de la tragédie, comme lorsqu’ils ont pris le contrôle du tribunal constitutionnel, comme pour ces juges qui ne peuvent plus faire leur travail… ça fait vraiment mal. Et c’est pour ça que je suis là. »

Le gouvernement affirme pour sa part que la loi protégera le paysage médiatique polonais contre des acteurs potentiellement hostiles, comme la Russie. Les États-Unis se sont déclarés « extrêmement déçus » par la loi et ont pressé le président Duda d'y mettre son veto. C’est désormais à lui de décider de signer ou non la loi sur les médias. Une pétition appelant le président polonais à mettre son véto à la loi sur les médias a recueilli plus d’un million de signatures en Pologne, selon les organisateurs.

Un autre Andrzej, habitué des manifestations, est peu confiant : « Ils veulent gagner les élections de 2023. Pour eux, s’ils se débarrassent des médias indépendants, alors ils ont plus de chance de les gagner. »

Des journalistes renommés et des représentants de l'opposition, dont l'ancien président du Conseil européen Donald Tusk (2014-2019), se sont adressés à la foule, éclairée par les illuminations de Noël. « Nous sommes ici aujourd'hui pour défendre la liberté des médias. Si nous nous serrons les coudes, solidairement, nous gagnerons. Nous nous débarrasserons de ce gouvernement ensemble », a lancé M. Tusk, aujourd'hui à la tête de la Plateforme civique, un parti d'opposition de droite.

Le PiS contrôle déjà la télévision publique TVP, devenue un média de propagande gouvernementale, et une grande partie de la presse régionale.

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