Objets volés en RDC : la Belgique innove en se dotant d’un cadre légal

Une statue à la gloire du roi Leopold II dans le parc du musée de Tervuren.  © Yves Herman, Reuters Une statue à la gloire du roi Leopold II dans le parc du musée de Tervuren. 

Le Royaume se dote d’un nouveau cadre légal pour restituer des objets pillés à son ancienne colonie du Congo.

À qui rendre les œuvres culturelles pillées lors de la colonisation européenne en Afrique et en échange de quelles garanties pour leur préservation ? Légitime, cette question bloque largement le processus de restitution de centaines de milliers d’objets « achetés » ​sous la contrainte ou carrément volés, aujourd’hui détenus par les musées des anciennes puissances coloniales, à commencer par la France et le Royaume-Uni. Un argument commode pour perpétuer l’immobilisme, accusent des pays africains.

La Belgique a décidé d’avancer sur ce dossier qui empoisonne les relations avec son ancienne colonie, l’actuelle République démocratique du Congo. Ouvert en 1898 par le roi Léopold II comme une vitrine de la Belgique coloniale, le musée africain de Tervuren, près de Bruxelles, a recensé dans ses collections 128 000 pièces, en majorité des objets de la vie quotidienne (masques, instruments…) mais aussi minéraux, insectes, qui proviennent à 85 % de l’ancien Congo belge.

Adopté en juin, détaillé mardi, un nouveau cadre juridique prévoit de transférer tous les objets mal acquis ou soupçonnés de l’être du domaine public de l’État, par définition inaliénable, au « domaine privé de l’État »​, donc susceptibles d’être cédés à un tiers, en l’occurrence l’État congolais. Surtout, le nouveau cadre légal permet que le transfert de propriété soit acté avant la remise « physique » ​de l’objet, sous forme d’une « convention de dépôt »​. L’idée ? Que d’éventuelles difficultés de stockage ou de conservation en RDC ne bloquent pas la restitution.

Un masque d’homme éléphant, du XIXe siècle, exposé au musée de Tervuren. © Yves Herman, REUTERS Un masque d’homme éléphant, du XIXe siècle, exposé au musée de Tervuren.

40 % des objets en « zone grise »

Les premiers travaux du musée de Tervuren ont établi que 1 % des objets (soit déjà un gros millier de pièces) ont été clairement volés ; 59 % ont été acquis a priori de manière légitime, mais quelque 40 % se situent dans une « zone grise » ​qui nécessite des investigations, avant de basculer dans l’une ou l’autre catégorie : à restituer ou légitimes à conserver.

L’heure est venue pour la restitution d’objets spoliés par la Belgique et qui appartiennent au peuple congolais​, a lancé, mardi au musée, Thomas Dermine, secrétaire d’État aux sciences, avant de tempérer cet enthousiasme : Le dialogue entre les deux pays est le fil rouge de la démarche, puisque le transfert matériel des objets doit s’inscrire dans un cadre diplomatique.​

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