Sous Trump, des données d’élus démocrates saisies auprès d’Apple

Le président de la commission du Renseignement, de la Chambre des représentants, Adam Schiff, en mars 2020. © J. Scott Applewhite Le président de la commission du Renseignement, de la Chambre des représentants, Adam Schiff, en mars 2020.

Les zones d’ombre de la présidence Trump s’éclairent petit à petit. Après les journalistes, ce sont des données personnelles d’élus à la Chambre des représentants qui ont été visées par le département de la Justice, l’équivalent du ministère de la Justice, sous l’administration Trump. Le «DOJ» a fait saisir auprès d’Apple les données de deux parlementaires membres de la commission sur le renseignement, leurs collaborateurs et des membres de leurs familles, révèle le New York Times dans un article paru jeudi.

Les assignations pour obtenir certaines données visaient un représentant de Californie Adam Schiff, qui préside désormais cette commission, selon le quotidien. Son collègue Eric Swalwell a indiqué dans une interview jeudi soir avoir été informé par Apple avoir aussi fait l’objet de ces saisies. «J’ai été notifié […] par Apple qu’ils avaient saisi mes données. C’est mal», a-t-il réagi sur CNN.

Enquête sur les contacts russes des proches de Trump

Ces saisies de données ont eu lieu en 2017 et début 2018, alors que le département de la Justice enquêtait sur les fuites d’informations classifiées sur des contacts entre des proches de Trump et le gouvernement russe. La commission parlementaire enquêtait, elle, sur les ingérences russes dans l’élection présidentielle de 2016, qui a conduit Donald Trump au pouvoir. Selon le New York Times, les procureurs du département de la Justice alors dirigé par Jeff Sessions, «recherchaient les sources derrière les révélations des médias sur les contacts entre les associés de Trump et la Russie». Finalement, ni ces données ni aucune autre preuve n’ont permis de faire le lien entre les élus démocrates de la commission sur le Renseignement et ces fuites.

Contraint par une injonction à produire ces données (subpoena en droit américain), Apple s’est aussi vu imposer par le ministère de la Justice de ne pas révéler avoir été contrainte de fournir ces informations, une consigne de non-divulgation qui expirait cette année. De telles saisies de données sont rares en dehors des enquêtes sur des affaires de corruption.

«Nouvel assaut contre notre démocratie»

Sur CNN, le président de la commission Adam Schiff se dit «choqué mais pas surpris» et dénonce «une nouvelle violation terrible de l’Etat de droit par le département de la Justice» sous Trump. «Voir comment celui-ci a été utilisé comme une matraque pour s’en prendre aux ennemis du Président et un bouclier pour protéger ceux qui ont menti pour lui, […] c’est honteux, mais c’est aussi un coup dur pour notre démocratie», a-t-il ajouté. L’élu de Californie a demandé une enquête de l’inspecteur général du ministère de la Justice, soutenue par Nancy Pelosi. La présidente démocrate de la Chambre a qualifié l’article du New York Time d’«effroyable». «Ces actions semblent être un nouvel assaut flagrant contre notre démocratie lancé par l’ancien président.»

Ces révélations sont les dernières d’une série de scandales qui mettent en lumière la guerre menée par l’administration Trump contre la presse. Les médias américains ont révélé ces dernières semaines plusieurs tentatives de l’administration Trump d’identifier les sources des journalistes. Le Washington Post, le New York Times et CNN ont en effet été informés début mai par le département de la Justice que, sous Trump, le ministère avait eu accès à des enregistrements téléphoniques de plusieurs de leurs reporters. Nouvelle révélation, le 9 juin : le vice-président de CNN assure avoir fait l’objet d’une assignation judiciaire lui interdisant de révéler que «le gouvernement cherchait à obliger la divulgation des e-mails professionnels de la journaliste de CNN Barbara Starr». Une bataille judiciaire était en fait en cours depuis un an et demi entre CNN et le département de la Justice qui exigeait l’accès à plus de 30 000 e-mails, selon la chaîne.

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