Turquie: avec une prochaine visite en Azerbaïdjan, Erdogan veut asseoir son influence dans le Caucase

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, à Ankara le 12 avril 2021. © AFP - ADEM ALTAN Le président turc Recep Tayyip Erdogan, à Ankara le 12 avril 2021.

Recep Tayyip Erdogan l’a confirmé : il rendra visite à l’Azerbaïdjan en début de semaine prochaine. Une visite de trois jours que le président turc a décrite comme « officielle » et « familiale », avec une étape symbolique à Choucha. Cette ville avait été reprise par Bakou lors du conflit de l’automne dernier contre les forces arméniennes dans la région du Haut-Karabakh. 

De notre correspondante à Istanbul,

La victoire de l’Azerbaïdjan dans le Haut-Karabakh doit beaucoup au soutien de la Turquie. Recep Tayyip Erdogan ne manquera pas de le rappeler. Ankara y a notamment vu l’occasion de démontrer l’efficacité de ses drones armés. C'est qu'ils ont joué un rôle déterminant dans la progression des forces de Bakou sur le terrain du Haut-Karabakh. Au plus fort du conflit, le président azerbaïdjanais Ilham Aliev avait d’ailleurs remercié Ankara, estimant que ces drones montraient « le potentiel de la Turquie ».

C’est exactement ce que Recep Tayyip Erdogan veut entendre. Le président turc est particulièrement fier d’avoir propulsé son pays parmi les leaders mondiaux de cette technologie. La guerre dans le Haut-Karabakh a donc été perçue à Ankara comme une campagne de promotion pour son industrie de défense, comme l’avait été quelques mois plus tôt le conflit en Libye.

Ce n’est pas un hasard si la Turquie, qui fournit déjà à l’Ukraine ses drones de type Bayraktar TB2, a annoncé le mois dernier en avoir vendu 24 à la Pologne, en précisant bien qu’il s’agissait d’une première commande pour un pays de l’Otan et de l’UE. Cette semaine, la Lettonie s’est montrée très intéressée. Dans les deux cas, ces États européens ont souligné l’efficacité des drones turcs dans le Haut-Karabakh.

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Reconstruction du Haut-Karabakh

Au-delà de l’industrie de défense, la Turquie attend des retombées économiques plus larges de son soutien à l’Azerbaïdjan. Là encore, ce n’est pas dit à demi-mots. Le ministre turc du Commerce Mehmet Mus a récemment salué la « bienveillance » avec laquelle le gouvernement de Bakou traitait les entreprises turques jusqu’ici, se disant sûr que cette attitude s’étendrait aux régions reconquises lors du conflit.

« Nos entreprises veulent jouer un rôle clé dans la reconstruction du Haut-Karabakh. » C’est ce qu’a annoncé le ministre turc à ses interlocuteurs azerbaïdjanais lors d’un forum économique fin mai. Le volume des échanges entre les deux pays a dépassé les 4,6 milliards de dollars l’an dernier – en hausse de 5% malgré la pandémie - avec l’objectif de le porter à 15 milliards de dollars.  

Entente russo-turque

Pour Ankara, il s’agit aussi, depuis le début, d’asseoir son influence dans le Caucase. Mais la Turquie sait aussi que sa place dans l’équation régionale dépendra de l’équilibre qui pourra être trouvé avec la Russie, laquelle considère cette région comme sa zone d’influence.

Comme en Syrie et en Libye, la Turquie s’est affichée dans le Haut-Karabakh comme un pays qui peut tenir tête à Moscou, avec l’ambition – pas toujours réciproque – de lier les négociations sur l’ensemble de ces dossiers. L’entente russo-turque, mêlant rivalité et coopération, suscite beaucoup de questionnements au sein de l’Alliance atlantique.

Juste avant sa visite en Azerbaïdjan, Recep Tayyip Erdogan participera d’ailleurs lundi 14 juin à une réunion des chefs d'État et de gouvernement des pays de l'Otan à Bruxelles. Il doit notamment s’entretenir avec le président américain Joe Biden.

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