Mali: le ministre de la Réconciliation nationale à Moura, pas les enquêteurs de la Minusma

Un convoi de l'armée malienne. (Image d'illustration) © AP - Jerome Delay Un convoi de l'armée malienne. (Image d'illustration)

Moura, ce village du centre du pays a été la cible d’une opération antiterroriste entre le 23 et le 31 mars 2022. L’armée malienne affirme y avoir tué plus de 200 jihadistes. Des organisations de défense des droits humains évoquent un bilan largement supérieur et le massacre de civils et de jihadistes sans armes par les Fama et leurs supplétifs russes. Un tribunal militaire malien a annoncé l’ouverture d’une enquête. Les autorités refusent toujours que les Nations unies se rendent sur place. Samedi, c’est le ministre de la Réconciliation nationale, le colonel Ismaël Wagué, qui s’est rendu à Moura.

Le colonel Ismaël Wagué était notamment accompagné du ministre délégué en charge des Actions humanitaires, l’imam Oumarou Diarra, et du colonel Mamadou Massaoulé Samaké, chef des opérations dans la zone. Cette visite avait pour objectif, selon les informations communiquées par l’armée malienne et le ministère de la Réconciliation, « de rassurer les populations, de s’imprégner de leur état d’esprit et d’échanger sur leurs préoccupations majeures » « la sécurité et le développement socioéconomique ». Des vivres, des couvertures, des nattes et des moustiquaires ont été remis aux habitants.

Des éléments du service d’investigation judicaire étaient également présents, un tribunal militaire malien ayant annoncé l’ouverture d’une enquête à Moura. Le journal d’État L’Essor, évoque même, au sujet du matériel des enquêteurs, « un véritable laboratoire ambulant ». Mais cette visite a déjà été l’occasion pour le ministre Wagué de redire, avant donc que cette enquête soit menée, et comme les autorités politiques et militaires maliennes l’ont déjà martelé à plusieurs reprises la semaine dernière, que les allégations d’exactions portées contre l’armée malienne, et ses supplétifs russes déployés en nombre à Moura, étaient « infondées ».

« Cette visite du ministre, c’est juste de la propagande »

« Les populations n’ont fait mention d’aucune tuerie de la part de nos Fama », a ainsi déclaré le colonel Ismaël Wagué, jugeant même que l’opération avait été « pleinement réussie ». Le responsable malien réfute donc les témoignages de nombreux survivants de Moura. Des notables locaux, des humanitaires maliens ou des sources sécuritaires ont dénoncé les exécutions massives, au cours du siège du village qui aura duré plus de cinq jours, d’au moins 300 civils et jihadistes désarmés. Des témoignages rapportés par des médias du monde entier et des organisations de défense des droits humains comme Amnesty International ou Human Rights Watch.

« Cette visite du ministre, c’est juste de la propagande, commente un humanitaire malien, que le passage à Moura de la délégation gouvernementale met en colère. S’ils sont si sûrs d’eux, pourquoi refuser l’enquête de la Minusma ? » La Mission des Nations unies dans le pays souhaite en effet mener une enquête indépendante sur ces allégations. Mais cela fait à présent plus d’une semaine que les autorités lui refusent l'accès au village de Moura.

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