A Tokyo, les complices de l’évasion de Carlos Ghosn face à la justice

Devant le tribunal de Tokyo, le 14 juin. © Philip Fong Devant le tribunal de Tokyo, le 14 juin.

Menottes aux poignets et corde tenue par un policier faisant office de laisse autour de la taille : la scène d’arrivée des prévenus dans la salle d’audience d’un tribunal au Japon est toujours humiliante. Elle est la même pour tous ceux qui comparaissent alors qu’ils sont en détention provisoire. C’est ce qu’ont vécu, ce lundi, l’Américain Michael Taylor et de son fils Peter, accusés d’être les barbouzes ayant aidé l’ex-magnat de l’automobile, Carlos Ghosn, à s’enfuir du Japon fin 2019. Cheveux gris légèrement ondulés sur un crâne déjà bien dégarni, l’air un rien hagard, plus imposant que sur les images ayant jusqu’à présent circulé, l’ex-militaire Michael Taylor, 60 ans, ne respire pas la grande forme. Peter Taylor, lui, 28 ans, a l’air plus alerte, tout en regardant un peu surpris les bancs du public, peu occupés en raison des mesures anti-Covid. Face aux trois juges, les Taylor ont décliné leur identité. Profession : homme d’affaires.

L’acte d’accusation est bref, il précise que les deux compères ont aidé Ghosn à préparer et concrétiser sa fuite de Tokyo au moyen d’un jet privé en étant dissimulé dans une malle de matériel audio. Michael Taylor tente de contester un point de détail, mais se ravise. Il confirme les faits reprochés. Son fils aussi. L’un des procureurs déroule alors la liste des éléments ayant permis de retracer leur parcours et de lancer contre eux un mandat d’arrêt que la justice américaine a exécuté en les interpellant en mai 2020, avant de les extrader au Japon en mars dernier. Depuis, ils ont vidé leur sac devant les procureurs, et le couple Ghosn n’en sort pas grandi.

Cheville ouvrière de l’évasion

Le 29 décembre 2019, Carlos Ghosn, accusé par le Japon de maintes malversations financières et en liberté conditionnelle, quitte sa résidence de Tokyo, à pied, sans attirer l’attention. Le voisinage est habitué à le voir se promener. Il n’y a là rien de répréhensible, la justice japonaise, qui a consenti à le laisser sortir de prison sous caution en avril 2019, lui a accordé ce droit. L’ex-patron est d’autant plus serein que Nissan avait cessé en cette fin d’année sa surveillance rapprochée du chef d’entreprise. Il se rend dans un grand hôtel de la capitale où il retrouve Michael Taylor et un autre complice, le libanais George-Antoine Zayek. Peter Taylor, lui, s’est occupé d’une partie de la logistique (réservation des chambres d’hôtel, coordination avec Ghosn). Taxi jusqu’à la gare Shinagawa de Tokyo, voyage en train à grande vitesse Shinkansen jusqu’à Osaka et arrivée dans un hôtel d’où Taylor père et Zayek ressortiront avec Ghosn dissimulé dans une malle. Ils trompent les contrôles, non obligatoires pour le départ des passagers de jets privés, et décollent direction Istanbul. Là, Taylor père, Zayek et Ghosn se séparent, ce dernier prenant un autre vol jusqu’à Beyrouth d’où il fera connaître quelques heures plus tard son évasion.


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