Colombie: reprise des discussions avec le Comité de grève sur fond de militarisation des villes

Cali, Colombie, le 30 mai: le président Duque a ordonné l'envoi de renforts des forces de sécurité dans la 3e ville du pays et dans le Cauca voisin. © REUTERS - STRINGER Cali, Colombie, le 30 mai: le président Duque a ordonné l'envoi de renforts des forces de sécurité dans la 3e ville du pays et dans le Cauca voisin.

Ce week-end, le président Ivan Duque a décidé de déployer l'armée dans les rues de certaines villes dont Cali qui fait figure d'épicentre de la contestation et où au moins 14 personnes ont trouvé la mort depuis vendredi. Pour Juan David Mesa, sociologue et professeur d'université joint à Cali cette militarisation de la ville aura des effets à long terme alors que les négociations entre le gouvernement et le Comité national de grève patinent.

Le gouvernement et le Comité national de grève, qui représente une partie des manifestants, doivent se rencontrer à nouveau ce mardi, avant une nouvelle journée de mobilisation. Mais les discussions patinent et l'issue de cette crise qui secoue le pays depuis plus d'un mois semble encore lointaine d'autant que la militarisation de certains villes et la répression tendent encore le climat comme à Cali (2 millions d'habitants) où un millier de soldats ont été déployés cette fin de semaine et où le responsable local civil de la sécurité a été remplacé par un militaire.  

Colère et crise de confiance 

« L'impact immédiat de l'envoi de l'armée, c'est la terreur, nous explique Juan David Mesa, joint à Cali par Marie Normand du service international. Et ce qu'a généré la répression des manifestations, tout ce qu'on a vu dernièrement, c'est que non seulement les jeunes sur les barricades, les gens qui sortent manifester, mais la population de manière générale a peur, n'a plus confiance et est en colère contre la police. Et ça c'est très compliqué car cela signifie que les gens ont perdu le peu de foi qu'ils avaient dans les institutions de contrôle, les institutions censées préserver la sécurité, la justice, tout ça. Les gens n'ont plus confiance. Si le président continue à militariser les villes, s'il continue à refuser le dialogue et de générer davantage de peur à travers l'emploi de l'armée, ce qu'il va faire c'est creuser ce fossé entre les citoyens, les civils, et les forces de l'ordre ».

Les jeunes en première ligne

Le comité national de grève est composé en grande partie de syndicalistes. Les jeunes, qui constituent le gros des troupes de ce que l'on appelle « la première ligne » ne siègent pas à la table des négociations, poursuit Juan David Mesa. « Même si les membres du comité national de grève cherchent à trouver des solutions qui peuvent être bénéfiques à ces jeunes, ils n'ont pas compris leurs frustrations. Donc supposons qu'un jour ce comité dise: "la grève est levée", il se peut que les jeunes arrêtent leur mouvement, mais il se peut qu'ils continuent, parce qu'il n'y a pas de communication. Ce qui s'est passé ici à Cali, et dans d'autres villes, ce sont des dialogues au niveau local entre les jeunes et les mairies. Mais ils se sont rendus compte que ce qu'ils voulaient c'était des changements structurels, systématiques: l'éducation gratuite, la justice sociale, ce qui relève de l'Etat. Beaucoup de ces changements étaient contenus dans les accords de paix signés avec l'ancienne guérilla des FARC ... mais ce gouvernement ne les a jamais appliqués. On ne serait pas en train de vivre ça si ces accords avaient été appliqués ». 

 En un mois, le bilan officiel des victimes des manifestations et de la répression s'élève à au moins 59 morts dont deux policiers. Une mission de la Cour internationale des droits de l'homme est attendue en Colombie le 7 juin et la Haute-Commissaire aux Droits de l'Homme de l'ONU, Michelle Bachelet, a réclamé une enquête indépendante après les violentes manifestations à Cali.

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