Mali : où en est-on avec les recommandations de la conférence d'entente nationale ?

Des officiers de l'armée malienne ont renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta à la suite de longs mois de protestation © Getty Images/AFP/M. Cattani Des officiers de l'armée malienne ont renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta à la suite de longs mois de protestation

L'ouverture des négociations avec les chefs des groupes armés refait surface depuis la suspension de la coopération militaire entre la France et le Mali et la fin annoncée de l'opération Barkhane. Figurant en bonne place dans les recommandations du dialogue national inclusif et de la conférence d'entente nationale, le dialogue avec les figures locales du jihad au Mali, notamment Iyad Ag Ghali et Amadou Kouffa, tarde à s'opérer sur le terrain.

Cette grande réunion a tenu ses travaux il y a bientôt trois ans.

Pour Mamedy Dioula Dramé du front de refus de la mise en œuvre de l'accord d'Alger, l'option militaire a montré ses limites. "La guerre n'est pas la seule solution. S'il y a une autre alternative qui peut être le dialogue entre le Mali et ces frères bien qu'égarés, je crois qu'on pourrait tenter cela. La France doit écouter le peuple malien, la France doit comprendre le peuple malien, la France doit accepter le choix du peuple malien. Aujourd'hui, on aspire qu'à la paix ici", insiste-t-il.

L'intransigeance de la France

La France, important partenaire stratégique de la lutte antiterroriste au Sahel, est opposée au dialogue. "On ne négocie pas avec les terroristes", ainsi se résume la ligne promue par Paris.

>>> Sur le même sujet : Dialogue avec les jihadistes : une option à l'issue incertaine

En octobre 2020, ce désaccord était bien perceptible entre l'ex-Premier ministre de transition Moctar Ouane et Jean-Yves Le Drian, le ministre français des Affaires étrangères qui était alors en visite au Mali.

Depuis cet épisode, Bamako semble prendre du recul face à l'option du dialogue avec Iyad Ag Ghali et Amadou Kouffa.

Mais si le dialogue avec les chefs des groupes armés est souhaité par la majorité des Maliens, la forme et le calendrier sur lequel celui-ci pourrait se dérouler reste pour l'instant flou.

Absence d'une stratégie de dialogue

Boubacar Ba, expert au centre d'analyse sur la gouvernance et la sécurité au Sahel et qui dirige également le centre Mahmoud Dicko pour la paix et le vivre-ensemble dans les pays du Sahel pense que "le Mali n'a pas défini de stratégie de dialogue national. Entre les recommandations et la stratégie, il y'a une différence. Le Mali n'a donc pas de stratégie de dialogue national. Deuxièmement, le Mali s'est évertué depuis plusieurs années, depuis l'éclatement de la crise en 2012 à organiser des micro-dialogues, en écoutant des acteurs de terrain individuel qui viennent avec des bouts d'acteurs ou des bouts de solutions. Là-dessus, il faut aller au-delà pour trouver un cadre national de dialogue et de médiation de cette crise".

En mars 2021, un accord avait été trouvé grâce à une médiation du Haut Conseil Islamique du Mali entre les chasseurs traditionnels Dozos et les groupes armés pour ainsi mettre fin à cinq mois d'embargo sur le village de Farabougou.

Mais généralement, comme c'est le cas actuellement à Dinangourou, village du centre du Mali assiégé par des présumés jihadistes, ce sont les autorités religieuses et coutumières de la localité qui jouent le rôle de médiateur en vue d'une sortie de crise.

Auteur: Mahamadou Kane

Mali : où en est-on avec les recommandations de la conférence d'entente nationale ?