Face aux pressions et aux ingérences dans ses affaires internes : Tunis hausse le ton !

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Si à un certain moment, les Tunisiens peuvent comprendre ce genre de communiqués de positions, par le fait que des forces mondiales veulent protéger une démocratie naissante, aujourd’hui, on commence à saisir qu’il s’agit plutôt d’un enjeu géopolitique et que des agendas politiques sont mis en jeu.

Depuis le 25 juillet et avec les annonces des dispositions exceptionnelles, la Tunisie fait face à une marée de réactions et de pressions étrangères. Certains évoquent même une ingérence pure et simple. Si, au début, la Tunisie semblait comprendre l’inquiétude de la communauté internationale, aujourd’hui, Tunis hausse le ton et s’attache à sa souveraineté.

Le cas Erdogan, qui fait depuis deux jours polémique, est plus que révélateur. La Turquie, dont les relations avec la Tunisie ne sont pas à leur meilleur niveau en raison de certaines alliances avec l’Islam politique, s’est permis de se prononcer sur les affaires internes de la Tunisie et de revenir sur la dernière décision du Président de la République portant sur la dissolution du Parlement. En effet, dans la soirée de lundi dernier, la présidence turque a annoncé que le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, s’opposait à la dissolution du Parlement tunisien et que cela constituait un coup à la volonté du peuple tunisien.

La communication officielle du président turc a en outre ajouté que M. Erdoğan est «attristé» par la dissolution du Parlement «à la suite de la plénière du 30 mars et du début des auditions en justice des députés ayant participé à la réunion de l’Assemblée». Le dirigeant turc dit aussi «prier» pour que cette décision ne touche pas au processus de transition démocratique en Tunisie et dit espérer une bonne exécution de la feuille de route annoncée pour les élections législatives par le Président Kaïs Saïed.

Des déclarations qui ne sont pas passées inaperçues du côté de la diplomatie tunisienne, et la réponse a été immédiate. Ce fut d’abord avec les déclarations du Président de la République Kaïs Saïed qui a fait part de son refus de toute forme d’ingérence dans les affaires internes de la Tunisie, les considérant comme une ligne rouge.

Après, c’était au tour de la diplomatie tunisienne de recadrer le président turc en se disant étonnée face à ses déclarations. Effectivement, le ministère des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger a exprimé mardi sa consternation devant la déclaration faite par le président turc Recep Tayyip Erdogan sur la Tunisie, rejetant toute tentative d’ingérence dans les affaires intérieures du pays.

Le ministère a estimé dans une déclaration publiée mardi soir que la déclaration du président turc constitue «une ingérence inacceptable dans les affaires intérieures de la Tunisie et vient contredire les liens fraternels qui unissent les deux pays et le principe du respect mutuel dans les relations entre les pays».

Dans son communiqué, le ministère a affirmé que la Tunisie est attachée à l’indépendance de sa décision nationale, rejette toute tentative d’ingérence dans ses affaires et dans les choix de son peuple et refuse la remise en question de son processus démocratique.

«La Tunisie est tout autant attachée aux principes de sa politique étrangère, et à édifier avec les pays frères et amis des relations étroites fondées sur la coopération, la concertation et la confiance mutuelle», lit-on également dans le texte.

Quelques instants après, c’est le ministre des Affaires étrangères Othman Jerandi qui annonce sur son compte Twitter avoir convoqué, sur fond de cette affaire, l’ambassadeur turc, rappelant que la Tunisie considère ce genre de déclarations comme une ingérence dans ses affaires internes.

Des forces mondiales

La Tunisie se trouve devant des forces mondiales qui tentent d’imposer leur choix, alors que pour les autorités tunisiennes, il s’agit d’une pure ingérence dans nos affaires. D’ailleurs, les Etats-Unis n’ont pas cessé d’appeler la Tunisie à revoir ses choix politiques et à revenir à ce qu’ils appellent « un pouvoir constitutionnel ». Idem pour la France, l’Union européenne et autres, qui ont appelé la Tunisie à procéder à un dialogue inclusif.

Si à un certain moment, les Tunisiens peuvent comprendre ce genre de communiqués de positions, par le fait que ces forces mondiales veulent protéger une démocratie naissante, aujourd’hui, on commence à comprendre qu’il s’agit plutôt d’un enjeu géopolitique et que des agendas politiques sont mis en jeu.

Dans ce contexte, l’Algérie, ce pays frère, constitue vraiment une exception. Alors que le destin des deux peuples tunisien et algérien se croisent au vu de forts liens historiques, ce pays ne s’est même pas permis de se prononcer sur les derniers rebondissements en Tunisie.

D’ailleurs, lors de sa récente rencontre avec Antony Blinken, le secrétaire d’Etat américain, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a évoqué les relations bilatérales entre la Tunisie et l’Algérie, assurant qu’il s’agit d’une coopération très importante sur tous les plans. «Avec la Tunisie, notre relation est très intime car nous nous ressemblons dans beaucoup de domaines. Cela dit, toutes nos autres frontières sont en flammes», a affirmé le président algérien. Rappelons également que lors de sa dernière visite en Tunisie, le président algérien a dit refuser toutes les tentatives d’ingérence dans les affaires tunisiennes.

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