Boris Johnson fragilisé par une rébellion inédite dans ses rangs

Près d'une centaine de députés tories ont voté contre les dernières mesures de Johnson pour endiguer le variant Omicron. © - / AFP Près d'une centaine de députés tories ont voté contre les dernières mesures de Johnson pour endiguer le variant Omicron.

Correspondant à Londres,

C'est un vent de révolte inédit qui souffle dans les rangs conservateurs contre Boris Johnson, avec la fronde la plus hardie depuis son accession au pouvoir en 2019. Près d'une centaine de députés tories ont défié son autorité mardi 14 décembre au soir et voté contre ses dernières mesures visant à endiguer le «raz-de-marée Omicron». Une claque qui confirme la dangereuse zone de turbulences politiques dans laquelle est entré Boris Johnson, une série de bévues et de scandales minant son autorité et sa légitimité.

Certes, son «plan B» face à la flambée du variant Omicron a été adopté par le Parlement grâce au soutien de l'opposition travailliste, et ce alors que les conseillers scientifiques du gouvernement prévoient jusqu'à 300.000 ou 400.000 contaminations quotidiennes dans les jours qui viennent. Mais 99 de ses députés ont voté contre certaines dispositions jugées «discriminatoires» ou «liberticides», comme celle instituant un passe sanitaire pour les grands événements et les boîtes de nuit.

Ce nouveau coup de semonce est sérieux pour Boris Johnson, confronté à la plus rude crise politique depuis son entrée à Downing Street. Depuis quelque temps, il accumule les ratés qui alimentent les doutes sur sa compétence et son leadership. En pleine résurgence du Covid, le «partygate» - ces révélations sur des fêtes de Noël tenues à Downing Street et dans des ministères l'an dernier - scandalise l'opinion. BoJo est accusé de désinvolture et de légèreté. Et, plus grave, d'avoir menti en niant toutes ces fêtes déplacées en plein confinement.


Le Parti travailliste devant le Parti conservateur, dans l'opinion

Cette polémique vient après d'autres secousses comme la désastreuse gestion de l'affaire du double emploi des députés conservateurs ou des promesses non tenues au nord du pays avec les projets ferroviaires revus à la baisse. La popularité de BoJo est en chute et les sondages sont cruels. Selon plusieurs études, une majorité de Britanniques estime qu'il devrait démissionner, et le Parti travailliste, à la peine jusqu'ici, est passé de plusieurs points devant le Parti conservateur.

Jusqu'à présent, Boris Johnson arrivait à contenir les révoltes dans ses rangs et à imposer son autorité, comme récemment quand il a fallu voter l'augmentation controversée des impôts pour financer le système de santé public. Mais aujourd'hui, de plus en plus de députés tories n'hésitent pas à le défier, et les couloirs bruissent de rumeurs d'une possible chute. On spécule déjà sur les remplaçants possibles, comme le ministre des Finances, Sajid Javid, ou la patronne du Foreign Office, Liz Truss. On évoque un possible vote de défiance interne au parti, si 54 députés conservateurs au moins le demandent par lettre. «Il est désormais en danger, a déclaré le député conservateur Geoffrey Clifton-Brown sur Sky News. Et il doit le réaliser parce que s'il ne le réalise pas, alors il courra un danger encore beaucoup plus grand... Je le soutiens toujours, mais il doit changer.»

Le prochain test aura lieu jeudi, avec une élection partielle délicate dans le Nord-Shropshire. Si les conservateurs perdent cette circonscription qui a toujours voté pour eux, le coup sera rude pour BoJo. Et sa position deviendra encore plus inconfortable.

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