Éthiopie : la communauté internationale en alerte

© MARCO LONGARI / AFP

Les efforts des émissaires de tous bords pour une résolution diplomatique du conflit semblent ne pas produire leurs effets. Après plus d'une année de guerre entre les forces gouvernementales et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) soutenu par l'Armée de libération oromo (OLA), les combats se rapprochent désormais de la capitale, Addis-Abeba, poussant plusieurs pays occidentaux, dont la France et les États-Unis, à appeler leurs ressortissants à quitter l'Éthiopie.

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Les voyants militaires au rouge

L'émissaire de l'Union africaine (UA) pour la Corne de l'Afrique, l'ex-président nigérian Olusegun Obasanjo, et son homologue américain Jeffrey Feltman sont actuellement engagés dans des efforts diplomatiques pour tenter d'obtenir un cessez-le-feu. En vain, jusqu'à présent.

« Ce qui nous inquiète, c'est que les développements alarmants sur le terrain avancent plus vite que ces progrès fragiles », a souligné Jeffrey Feltman l'émissaire américain, évoquant « un risque élevé » en raison d'une « escalade militaire dans les deux camps ».

Le Premier ministre Abiy Ahmed, Prix Nobel de la paix 2019, a d'ailleurs fait savoir lundi qu'il veut aller sur le front pour diriger les soldats affrontant les rebelles. « Ceux qui veulent faire partie des enfants de l'Éthiopie salués par l'histoire, levez-vous aujourd'hui pour votre pays ! » a-t-il lancé à la sortie d'une réunion du comité exécutif de son parti, le Parti de la prospérité.

Interrogé sur ces « progrès naissants » de la diplomatie, alors que tous les voyants militaires semblent au rouge, Jeffrey Feltman a dit constater « une volonté beaucoup plus grande » des deux côtés à « réfléchir » à la manière « de mettre ensemble les éléments d'un processus de désescalade et de cessez-le-feu négocié ». « Nous ne sommes plus confrontés à un refus pur et simple de discuter » de cette éventualité, comme c'était encore le cas « il y a quelques semaines », a-t-il ajouté.

« Malheureusement, chaque camp tente d'atteindre ses objectifs par la force, et chaque camp semble croire qu'il est sur le point de gagner », a-t-il ajouté, réaffirmant qu'il n'y avait « pas de solution militaire ». Ces combats ont déjà fait des milliers de morts et déplacé plus de deux millions de personnes.

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Des efforts pour une solution politique

Sous la houlette de l'Union africaine (UA), la communauté internationale a intensifié ses efforts diplomatiques pour tenter d'obtenir un accord de cessez-le-feu, le secrétaire d'État américain Antony Blinken ayant averti des risques « d'implosion » de l'Éthiopie si aucune solution politique n'était trouvée.

De leur côté, mardi, les chefs d'État sud-africain et kényan, Cyril Ramaphosa et Uhuru Kenyatta, ont réitéré l'appel à un cessez-le-feu lors d'une rencontre à Pretoria. « Les parties au conflit doivent d'urgence s'engager à respecter un cessez-le-feu immédiat, illimité et négocié », a déclaré le président sud-africain Cyril Ramaphosa, à l'issue d'un entretien avec son homologue kényan, Uhuru Kenyatta.

Les autorités d'Addis-Abeba estiment néanmoins que les avancées des rebelles et les menaces sur la capitale éthiopienne sont exagérées. Le gouvernement a déclaré le 2 novembre l'état d'urgence sur toute l'étendue du territoire et appelé les habitants d'Addis-Abeba à défendre la capitale, le conflit dans la région septentrionale du Tigré s'étendant vers le sud et les régions alentour.

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Les ressortissants français appelés à quitter le pays « sans délai »

En attendant, la communauté internationale est en état d'alerte. L'ONU va évacuer d'ici jeudi les familles de ses employés internationaux en Éthiopie tandis que la France appelle ses ressortissants à quitter « sans délai » le pays.

Un document interne des services de sécurité de l'ONU, daté de lundi et consulté mardi par l'AFP, demande à l'organisation de « coordonner l'évacuation et d'assurer que tous les membres éligibles des familles du personnel recruté à l'étranger quittent l'Éthiopie au plus tard le 25 novembre 2021. »

Parallèlement, « tous les ressortissants français sont formellement appelés à quitter le pays sans délai », affirme l'ambassade de France à Addis-Abeba dans un courriel envoyé aux membres de la communauté française.

Avant la France, plusieurs pays dont le Royaume-Uni et les États-Unis ont exhorté leurs citoyens à quitter l'Éthiopie, où la communauté internationale ne parvient pas à obtenir un cessez-le-feu. L'ambassade française, qui dit prendre cette décision au vu de « l'évolution de la situation militaire », ajoute prévoir de faciliter le départ des ressortissants sur des vols commerciaux en réservant des sièges et « si nécessaire » d'affréter un vol charter. Selon l'ambassade, plus de 1 000 Français vivent en Éthiopie.

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