Réactions à l'annonce du départ des troupes françaises du Mali

Soldats français et maliens à Menakaau Mali en juillet 2022. © Thomas Coex/AFP/Getty Images Soldats français et maliens à Menakaau Mali en juillet 2022.

C'est un tournant majeur dans la lutte contre le terrorisme, une lutte qui a débuté au Mali en 2013 avec l'opération Serval. A l'époque, François Hollande avait répondu à l'appel des autorités de transition, qui avaient réclamé un soutien pour combattre les mouvements armés présents dans le nord puis le centre du pays et qui menaçaient de marcher sur Bamako. Lorsque le président français était venu à Bamako pour assurer les Maliens du soutien de la France, il avait été ovationné.

Neuf ans plus tard, l'ambiance a radicalement changé. Et aujourd'hui, la joie des Bamakois est souvent liée à l'annonce du "départ" de l'armée française, à de rares exceptions près.

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Entre inquiétude et soulagement

L'annonce du retrait de Barkhane et de Takuba a été accueilli avec soulagement par une majorité de Bamakois. Dieneba qui habite dans la capitale malienne se dit rassuré "parce qu'après tant d'années passées ici, avec autant d'attaques, depuis quelques mois on n'entend plus rien. Rien qu'avec cela, je suis assuré."

Daniel, autre habitant de Bamako est remonté contre la France." Nous en avons marre de cette France, il ne faudrait pas qu'on se voile la face. Parce que ce pays nous a trop emmerdé en Afrique. Nous avons dû passer par l'esclavage, la colonisation ... Nous en sommes où aujourd'hui ?" demande t-il.

" La force Barkhane est présente au Mali depuis neuf ans mais la situation ne fait que se dégrader. Aujourd'hui, la situation sécuritaire est beaucoup plus stable qu'auparavant avec la présence de Barkhane. S'ils s'en vont, je crois que le pays sera plus stabilisé" réagit Mansa.

Pour Balla "on aurait dû procéder autrement. Les pourparlers entre les deux parties auraient pu résoudre le problème. On pouvait se parler au lieu de les pousser à la sortie de façon définitive. De mon point de vue, ce retrait n'est pas sans conséquences."

Fousseyni Ouattara est membre du Conseil national de transition, qui remplace l'Assemblée nationale dissoute par la junte militaire. Celui-ci salue ce retrait des forces françaises de l'opération Barkhane et des Forces Takuba, mais il met en garde Paris

" Aujourd'hui, les Maliens sont très contents. Mais nous attirons l'attention de la France et l'attention des Européens sur le fait que nous ne sommes pas d'accord sur le délai énoncé par la France pour que Barkhane quitte le sol malien, à savoir 6 mois. Nous voulons que dans un délai de 30 jours au maximum, les forces françaises quittent le territoire malien" précise t-il.

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Modibo Soumaré, président du Cadre d'échanges des partis et regroupements politiques pour une transition réussie, une plateforme de l'opposition, regrette de son côté ce retrait de Barkhane et de Takuba du Mali.

"C'est une décision qui est vraiment malheureuse. En tout cas à l'étape ou nous sommes. C'est clair que pour nous, la défense de notre territoire incombe en premier lieu à nos forces de défense et de sécurité. Il est évident aussi que face à une guerre asymétrique, le concours de nos partenaires est essentiel. Ce retrait arrive surtout dans un contexte difficile, délétère, qui ne rassure pas" explique t-il.

Selon l'Elysée, quatre à six mois seront nécessaires pour évacuer toutes les bases françaises et européennes du territoire malien.

Au Niger, des avis partagés

A peine annoncé, ce retrait des troupes françaises du Mali et leur repositionnement possible aux côtés des forces nigériennes, dans la région frontalière du Mali, est au centre des discussions au Niger.

Lawan Sallaou Tsayabou est conseiller à la présidence de la République du Niger. Il accueille pour sa part l’information avec enthousiasme. Selon lui "le souhait que la France a exprimé est très bien pour nous et nous espérons que progressivement le Niger va devoir en négocier les modalités, pour que ce dispositif soit au bénéfice du Sahel".

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Du côté de l’opposition nigérienne, c’est avant tout l’occasion de critiquer le pouvoir nigérien dans sa gestion de la situation sécuritaire. Kane Habibou Kadaoure est membre de l’opposition.

"Je trouve cela déplacé et extrêmement dangereux pour notre pays d’apprendre une information aussi capitale de la bouche d’un président d’une autre nation. Mais nous ne voyons pas d’inconvénient dans ce partenariat militaire. Ce que nous déplorons, c’est le mode opératoire d’inviter ces forces étrangères chez nous, pour la simple raison que tout déploiement de l’armée étrangère sur le territoire nigérien doit avoir l’approbation de l’Assemblée nationale" réagit Kane Habibou Kadaoure.

Dans la capitale, les avis divergent selon les interlocuteurs quant à l’opportunité de l’accueil de ces troupes européennes.

"C’est vraiment inquiétant pour le Niger car depuis l’arrivée des militaires européens dans notre pays, on ne fait que massacrer tous les jours des Nigériens, civils comme militaires" réagit un habitant de Niamey.

Pour un autre "aucun Etat du monde ne peut combattre le terrorisme à lui seul. Donc il ne doit y avoir aucune inquiétude si les autorités nigériennes continuent cette lutte avec leurs partenaires traditionnels européens". Un autre encore estime que "nous devons montrer notre opposition à toute installation des forces étrangères au Niger. Alors cette annonce également nous la rejetons si elle s’avère vraie".

Les Nigériens attendent donc une déclaration officielle des autorités sur un éventuel nouvel accueil de troupes françaises au Niger. Cette question, déjà polémique ces dernières années, pourrait raviver les tensions politiques dans le pays.

Ailleurs sur le continent africain, l'annonce du retrait de la France ne laisse pas non plus indifférent comme en Côte d'Ivoire.

Réactions en Allemagne

L'annonce par la France du retrait de ses troupes du Mali a provoqué des réactions aussi en Allemagne. La ministre de la Défense, Christine Lambrecht, a ainsi déclaré douter de la poursuite de la collaboration de l'Allemagne avec la mission de formation de l'Union européenne au Mali.

" Nous réfléchissons : comment pouvons-nous continuer à rendre possible notre soutien au Sahel ? Car il est important de poursuivre la lutte contre le terrorisme ici, mais il faut aussi que je puisse garantir le niveau de sécurité approprié pour les soldats allemands, dont je suis responsable" a t-elle déclaré.

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Pour le porte-parole de la politique de défense du groupe parlementaire SPD, Wolfgang Hellmich, il n’est pas exclu que la Bundeswehr se retire "si la protection des soldats n’est pas assurée".

Katja Keul, ministre adjointe aux Affaires étrangères, était récemment au Mali. "Le gouvernement militaire de Bamako n'a jusqu'à présent envoyé aucun signal crédible pour un retour rapide à la démocratie et met également des obstacles à l'engagement français. C'est regrettable et maintenant aussi lourd de conséquences. Nous sommes en parfait accord avec la France et nos partenaires sur le sujet et les conséquences : la France ne peut plus se permettre les missions Barkhane et Takuba sur le sol malien dans ces conditions. Cela aura également un impact sur notre engagement international commun et nous le coordonnons étroitement avec nos partenaires..." a tweeté Katja Keul.

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