Algérie : étudiants arnaqués et influenceurs sous influence

© DR

La justice algérienne a ordonné, ce jeudi 20 janvier, la mise sous mandat de dépôt de douze suspects poursuivis dans une affaire d'étudiants arnaqués auxquels des indélicats ont promis une prise en charge pour poursuivre leurs études en Ukraine, en Turquie et en Russie. Ils sont accusés d'association de malfaiteurs, de vol, d'escroquerie, de blanchiment d'argent, de faux et usage de faux et de traite d'êtres humains via un groupe criminel organisé et transnational, notamment.

À LIRE AUSSIAlgérie : « Mon vrai diplôme serait de vivre dans un pays libre »

Bloqués à l'étranger

En tout, ce sont quelque 75 étudiants algériens qui auraient cédé au chant des sirènes pour réaliser leurs rêves d'ailleurs en acceptant de payer en euros les services d'une société fictive qui changea plusieurs fois d'appellation (Inside.com, Future Gate et Svit-Osviti), basée à Alger, Annaba et Oran ainsi qu'à l'étranger, d'après le parquet qui a animé une conférence de presse jeudi après-midi. L'attrait de l'offre est qu'il s'agissait d'assurer une inscription universitaire en plus d'un logement confortable au sein du campus dans une faculté en Russie, en Ukraine ou en Russie.

Selon le journal électronique TSA, « les victimes de cette escroquerie auraient versé, chacun, à ladite « société » des montants entre 300 000 et trois millions de dinars algériens [entre 1 890 et 18 900 euros selon le change officiel] ». Selon le même média, l'affaire a été déclenchée, le 8 janvier, quand une « étudiante algérienne s'est retrouvée bloquée à l'aéroport d'Odessa en Ukraine, sans aucune assistance [et] a raconté son calvaire dans une vidéo tournée à l'intérieur de l'aéroport ». Mais selon la police, les enquêtes ont été enclenchées depuis mi-décembre, après des dénonciations sur les réseaux sociaux, appréhendant dans un premier temps les trois principaux suspects, et avaient appelé les victimes à se présenter devant les enquêteurs pour témoigner contre les arnaqueurs. Certains étudiants ont été choqués par le fait de ne pas pouvoir voyager alors qu'ils avaient payé la somme demandée par Future Gate, tandis que d'autres, comme l'étudiante citée plus haut, se sont retrouvés perdus dans les rues de Turquie ou d'Ukraine, sans aucune prise en charge ni inscription à l'université ou un logement étudiant.

À LIRE AUSSIMigrations ? Ces « harraga » algériens qui rêvent d'Europe

Des influenceurs impliqués

Mais ce qui a donné une ampleur inédite à cette affaire est l'implication de quatre des plus importants influenceurs de la Toile algérienne dans ce scandale. Selon la justice, qui a publié des vidéos d'aveux des principaux concernés mercredi 19 janvier ? une procédure dénoncée par une partie de l'opinion, car fragilisant le secret de l'instruction ?, les influenceurs et comédiens Rifka, de son vrai nom Farouk Boudjemlin, Numidia Lezoul (six millions d'abonnés sur Instagram), Stanley, de son vrai nom Mohamed Abderkane, et la jeune Inès Abdelli sont coupables d'avoir relayés, contre rémunération, le message de la société fictive qui a piégé les étudiants. Les influenceurs ont été également mis sous mandat de dépôt ce jeudi, sauf Inès Abdelli (4,6 abonnés sur Instagram), mineure, qui est sous contrôle judiciaire.

En fait, certains de ces influenceurs, très suivis par la jeunesse, avaient déjà réagi sur les réseaux sociaux dès la fin décembre quand des publications les accusaient d'avoir été mêlés à l'escroquerie. Rifka et Stanley avaient publié des lives pour s'excuser auprès des étudiants arnaqués et promettaient d'essayer de trouver des solutions.

Mais au-delà du côté people qui secoue la Toile algérienne depuis 72 heures, le drame se joue ailleurs, comme le souligne TSA : « L'essentiel, c'est cette saignée qui vide le pays de sa jeunesse et de sa matière grise, et qui est dévoilée de nouveau au grand jour. Les chiffres révélés par les protagonistes de cette affaire renseignent sur le désir de partir qui n'épargne désormais plus aucune frange de la société, quoi qu'il en coûte. »

À LIRE AUSSI« Avoir un visa, c'est de l'ordre de l'impossible » : la colère des Algériens

Algérie : étudiants arnaqués et influenceurs sous influence