Les relations Maroc-Israël à l’épreuve des bombardements à Gaza

Normalisation ou pas, le royaume fait bloc face aux agissements de l’État hébreu à Jérusalem et à Gaza. Et exprime sa solidarité avec les Palestiniens jusqu’au plus haut sommet de l’État.

Manifestation de solidarité avec les Palestiniens, à Rabat, devant le Parlement, le 16 mai 2021. © Manifestation de solidarité avec les Palestiniens, à Rabat, devant le Parlement, le 16 mai 2021. Manifestation de solidarité avec les Palestiniens, à Rabat, devant le Parlement, le 16 mai 2021.

Malgré la reprise des relations entre Rabat et Tel-Aviv en décembre dernier, parfois interprétée comme une normalisation sans conditions entre le royaume et l’État hébreu, le Maroc a réagi aux récents agissements d’Israël contre les habitants de Jérusalem et Gaza, à travers plusieurs canaux : diplomatique, gouvernemental, patronal, humanitaire et populaire.

Premier à s’exprimer : le gouvernement, par la voix de son chef, Saâd-Eddine El Othmani. Dès les premiers heurts survenus sur l’esplanade de la Grande Mosquée Al-Aqsa à Jérusalem à la suite des expulsions de familles palestiniennes dans le quartier Sheikh Jarrah, le Chef de l’Exécutif a réagi par un poste sur Twitter où il a dénoncé fermement « les violations commises par l’État hébreu, qui portent atteinte aux droits légitimes du peuple palestinien et à son aspiration à la liberté et à l’indépendance ».

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Par ailleurs, interrogé ce dimanche 16 mai sur la chaîne Al Jazeera, El Othmani a réitéré la position officielle du royaume, qui « rejette catégoriquement toutes les violations affectant le statut juridique de la mosquée Al-Aqsa et d’Al-Qods acharif », et affirmant que « le Maroc place la question palestinienne et Al-Qods acharif en tête de ses préoccupations et au même rang que sa cause nationale ».

Solidarité avec le peuple palestinien

Un point de vue relayé également par le ministre marocain des Affaires étrangères (MAE), qui s’est entretenu ce 18 mai avec le secrétaire d’État américain Anthony Blinken au sujet de l’évolution de la situation au Proche-Orient. Nasser Bourita a ainsi précisé, via la page officielle Maroc-Diplomatie que « le royaume est fidèle à la solution de paix à deux États », avec « la création d’un État palestinien sur la base des frontières du 4 juin 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale ».

Mêmes termes utilisés dans le communiqué du cabinet royal du 10 décembre 2020, diffusé à l’occasion de la reprise des relations avec Israël, et où Mohammed VI avait insisté sur « la nécessité de préserver le statut spécial de la ville d’Al-Qods acharif et de respecter la liberté de pratiquer les rites religieux pour les adeptes des trois religions monothéistes, ainsi que le cachet musulman d’Al-Qods acharif et de la mosquée Al-Aqsa ».

L’action du royaume pour consacrer la marocanité du Sahara ne se fera jamais au détriment de la lutte du peuple palestinien »

Dans ce même communiqué, le souverain marocain avait tenu à préciser, à ceux qui voyaient en la reconnaissance américaine de la marocanité du Sahara un changement de position du royaume face au conflit israélo-palestinien, « que le Maroc place toujours la question palestinienne au même rang de la question du Sahara marocain et que l’action du royaume pour consacrer sa marocanité ne se fera jamais, ni aujourd’hui ni dans l’avenir, au détriment de la lutte du peuple palestinien pour ses droits légitimes. »

https://twitter.com/SecBlinken/status/1394654008908795905?s=20

La solidarité avec le peuple palestinien s’est aussi exprimée à travers de vastes rassemblements populaires ces derniers jours dans plusieurs villes du royaume. À Rabat, près d’un millier de manifestants ont défilé ce week-end dans le centre-ville, près du Parlement, pour condamner « les violences perpétrées par Israël contre les Palestiniens ».

« Les participants à ce sit-in, organisé à l’initiative d’acteurs politiques, associatifs et des droits de l’homme, ont scandé, à cette occasion, des slogans appelant à l’arrêt immédiat des exactions israéliennes contre la ville sainte, et des agressions continues dans la bande de Gaza et en Cisjordanie occupée », indique l’agence marocaine MAP.

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Même écho à Casablanca, Marrakech et Tanger, où des rassemblements ont eu lieu, pour « exhorter la communauté internationale à exercer des pressions sur Israël en vue de respecter les résolutions de l’ONU et de mettre fin à ses exactions contre le peuple palestinien ».

https://twitter.com/MarocDiplomatie/status/1393317663787700226?s=20

Vendredi, le roi Mohammed VI, également président du Comité Al-Qods, avait donné « des instructions pour l’envoi d’une aide humanitaire d’urgence au profit de la population palestinienne en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, composée de 40 tonnes de produits alimentaires de première nécessité, de médicaments de soins d’urgence et de couvertures. »

Deux avions des Forces armées royales (FAR) chargés d’une partie de cette aide humanitaire sont d’ores et déjà arrivés à Amman, en Jordanie, et une autre cargaison d’aide a été acheminée à bord de deux autres avions au Caire, d’où elle sera transportée vers Gaza.

Colère et indignation

La Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) a de son côté reporté un webinaire sur les opportunités d’investissement en Israël, prévu initialement mardi 18 mai et organisé dans le sillage de la reprise des relations entre le royaume et l’État hébreu en décembre dernier. Mais sans qu’une nouvelle date ne soit fixée. « Un e-mail a été envoyé à tous les membres de la CGEM les informant du report de ce webinaire », a confirmé à JA Marwa Tellal, directrice de la communication de l’organisation patronale, sans préciser si le report était en lien ou non avec les événements en Palestine.

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Dans ce contexte d’indignation et de colère face aux agissements d’Israël à Jérusalem et à Gaza, une question est sur toutes les lèvres : si l’escalade des violences devait se poursuivre, les autorités marocaines iraient-elles au-delà de ces condamnations verbales ? Les accords signés en décembre dernier avec l’État hébreu peuvent-ils être remis en cause ?

Les attaques perpétrées par Netanyahou ne profitent qu’à Netanyahou lui-même »

« Pour l’instant, rien ne laisse présager une telle tournure, les accords d’Abraham constituent une décision stratégique prise au plus haut niveau », explique un Israélien d’origine marocaine, qui a œuvré pendant plusieurs années au rapprochement entre le Maroc et Israël. « Néanmoins, il est évident que les attaques perpétrées par Benjamin Netanyahou ne profitent qu’à Netanyahou lui-même. Elles ne sont favorables à personne d’autre : ni aux Palestiniens, ni aux Israéliens, ni au développement de bonnes relations entre Israël et les pays arabes, qui avait commencé ces derniers mois ».

Faire profil bas

Questionné sur les conférences et expositions culturelles prévues dans les prochaines semaines, il nous confirme que « la plupart des évènements sont en stand-by, car il s’agit actuellement de faire profil bas en attendant que la situation se débloque ».

https://twitter.com/DavidGovrin/status/1393523008317362180?s=20

Est-ce ce qui a poussé David Govrin, le chef de la mission diplomatique d’Israël au Maroc, à quitter Rabat samedi 15 mai ? Sur son compte officiel Twitter, il a évoqué des « raisons personnelles » qui l’auraient amené à quitter le royaume, notamment des raisons familiales liées à « l’hospitalisation de son père ». Contacté par JA, il n’a pas souhaité s’exprimer. Mais une chose est sûre : sa présence à Rabat en ces circonstances n’est pas tout à fait bienvenue…

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