L’Algérie a commémoré son 8 mai 1945 avec Sétif en tête

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Jour de commémoration inédit en Algérie. C'est la première fois dans son histoire que le pays a commémoré en ce 8 mai la Journée de la mémoire en hommage aux victimes de la sanglante répression par la France de manifestations indépendantistes le 8 mai 1945. La mise en place d'une Journée de la mémoire avait été décidée il y a un an par le président Abdelmadjid Tebboune, qui avait qualifié de « crimes contre l'humanité » les tueries perpétrées par les forces de l'ordre françaises dans le Constantinois (Sétif, Guelma et Kherrata) et les exactions de la période coloniale (1830-1962). Cette journée est intervenue également dans un contexte, particulier, où les questions historiques et de réconciliation mémorielle sont mises en exergue, surtout depuis le début des manifestations du hirak.

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Sortir de l'oubli

Des milliers de personnes ont participé à une marche commémorative à Sétif, dans l'est du pays, empruntant le parcours qu'avaient suivi il y a 76 ans des manifestants demandant l'indépendance de l'Algérie. Il faut se souvenir que le 8 mai 1945, le défilé dans la ville célébrant la victoire des Alliés sur le nazisme s'est transformé en manifestation pour « l'Algérie libre et indépendante » et a tourné à la tragédie, déclenchant des émeutes et une répression qui fera des milliers de morts.

Samedi, la foule menée par des scouts a défilé jusqu'à la stèle érigée à la mémoire de Bouzid Saâl, abattu à 22 ans lors de la manifestation de 1945 par un policier français parce qu'il refusait de baisser le drapeau algérien. Le cortège a déposé une gerbe de fleurs au pied de cette stèle, en présence d'Abdelmadjid Chikhi, conseiller du président algérien pour les questions mémorielles, ont rapporté des médias officiels.

Les Algériens font état de 45 000 morts dans les émeutes du Constantinois alors que les historiens français parlent de quelques milliers à 20 000, parmi lesquels 103 Européens.

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Des sujets encore épineux

À l'occasion de cette journée mémorielle, le porte-parole du gouvernement, Ammar Belhimer, a réitéré les demandes de l'Algérie auprès de la France concernant ses crimes coloniaux. « L'Algérie reste attachée au règlement global du dossier mémoriel » qui repose sur « la reconnaissance officielle, définitive et globale par la France de ses crimes, la repentance et des indemnisations équitables », a-t-il déclaré. Selon lui, cela passe aussi par « la prise en charge des conséquences des explosions nucléaires et la remise des cartes d'enfouissement des déchets de ces explosions ». La France a procédé à 17 essais nucléaires au Sahara algérien entre 1960 et 1966, sur les sites de Reggane, puis d'In Ekker. Le dossier est l'un des principaux contentieux mémoriels entre Alger et Paris.

Malgré tout, Abdelmadjid Chikhi a admis que des « acquis certes modestes » mais d'une « grande valeur morale » avaient été obtenus par l'Algérie ces derniers mois. Il a notamment cité la récupération l'année dernière des crânes de vingt-quatre combattants nationalistes tués au début de la colonisation et la reconnaissance en mars par le président français, Emmanuel Macron, de la responsabilité de l'armée française dans la mort du dirigeant nationaliste Ali Boumendjel en 1957.

La question mémorielle reste au c?ur des rapports souvent passionnels entre l'Algérie et l'ancienne puissance coloniale. Emmanuel Macron, premier président français né après la guerre d'Algérie, a engagé ces derniers mois une série d'« actes symboliques » pour tenter de « réconcilier les mémoires » entre les deux rives de la Méditerranée, à l'approche du 60e anniversaire de l'indépendance. Mais le rapport de l'historien Benjamin Stora, remis en janvier et sur lequel le chef de l'État s'appuie pour sa politique mémorielle, ne préconise ni excuses ni repentance et a été vivement critiqué en Algérie.

Les relations bilatérales ont connu un nouveau coup de froid après l'annulation d'un déplacement début avril à Alger du Premier ministre français, Jean Castex, à la demande expresse des hôtes. Des médias algériens ont ensuite accusé Paris de « provocation », tandis que le ministre du Travail, El-Hachemi Djaâboub, qualifiait la France d'« ennemi traditionnel et éternel » de l'Algérie. En visite à Alger en février 2017 lorsqu'il était candidat à la présidence, Emmanuel Macron avait qualifié la colonisation de l'Algérie de « crime contre l'humanité » et de « vraie barbarie », ce qui lui avait valu de vives critiques de responsables politiques de la droite française.

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