La visite d’une équipe des services du Fonds Monétaire International en Tunisie à l’origine d’une discorde entre Taboubi et Bouden: Le torchon brûle entre le gouvernement et l’Ugtt

© Présenté par

Lors des travaux du congrès régional de l’Ugtt à Monastir, le secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt), Noureddine Taboubi, a assuré avoir reçu, vendredi, un appel téléphonique de la Cheffe du gouvernement Najla Bouden qui était très remontée et en colère après la rencontre qu’il a eue avec une délégation du FMI. « L’Ugtt est en train de faire perdre au pays une occasion précieuse », aurait asséné la Cheffe du gouvernement, insinuant que ces négociations seraient freinées par la position de la centrale syndicale.

Il est à noter qu’une équipe des services du Fonds monétaire international est actuellement en mission en Tunisie, afin de poursuivre les discussions avec les autorités, concernant un nouvel accord de financement en faveur du pays. Des représentants du Fonds, dont la directrice adjointe du département Moyen-Orient et Asie Centrale, Taline Koranchelian, et le chef de mission du FMI pour la Tunisie, Chris Geiregat, ont déjà rencontré le président de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica), Samir Majoul, et le secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail, Noureddine Taboubi.

Le porte-parole du FMI, Gerry Rice, avait déclaré, le 17 mars dernier, que les discussions vont se baser sur les «bons progrès» déjà réalisés dans les négociations avec les autorités tunisiennes sur les politiques de réforme, soulignant que le FMI est et restera un partenaire « solide » de la Tunisie.

Mais il semble que les divergences de points de vues entre le partenaire social et le gouvernement n’offrent pas une vision cohérente des réformes à envisager pour pouvoir bénéficier du financement du FMI ainsi que pour favoriser une éventuelle sortie sur le marché des capitaux, notamment après la dégradation de la note souveraine du pays par les principales agences de notation.

Rapportant ce coup de sang de la Cheffe du gouvernement, Taboubi a, à cet effet, souligné que « l’Ugtt ne sera pas le bâton pour sévir contre le peuple et la classe ouvrière. Nous refusons d’être le témoin d’un tel stratagème ». Il a cependant admis qu’un accord avec le FMI est nécessaire en raison des difficultés que traverse le pays, mais que ces difficultés ne seront pas supportées uniquement par les classes vulnérables et l’Ugtt, a-t-il déclaré. Taboubi a affirmé que l’union est consciente de la nécessité de conclure cet accord, mais avec un programme économique tunisien approuvé par les différentes parties dans le pays. Il a ajouté que l’Ugtt se rangera toujours du côté des citoyens en allusion aux mesures que le gouvernement envisage de prendre concernant la levée des subventions, la réduction de la masse salariale et la privatisation des entreprises publiques, pour solliciter des financements du Fonds.

Saïed veut agir seul

Taboubi a critiqué au scalpel l’action du Président de la République et sa façon de vouloir agir seul et à sa guise et de diviser au lieu d’unir pour résoudre les problèmes du pays. L’Ugtt et le peuple en ont marre des tiraillements politiques et des règlements de compte après le 25 juillet qui se poursuivent pour marquer des points contre les adversaires du Président au lieu de mobiliser toutes les forces possibles pour faire avancer le pays dans la bonne direction, a-t-il indiqué. « Celui qui gouverne aujourd’hui est appelé à faire réussir le pays et vous ne pouvez réussir sans l’Ugtt qui est une force de bien, de propositions qui scrute de nouvelles perspectives pour le pays », a-t-il enchaîné. Il a de ce fait rappelé les grandes compétences qu’a donnée l’Ugtt au pays après l’indépendance pour servir le pays à l’instar d’Ahmed Ben Salah. Taboubi s’en est pris aussi aux 230 partis fantoches qui n’existent que sur les plateaux télé en non dans les places publiques et en contact avec les couches sociales.

Une mission obscure

Sur un autre plan, le SG de l’Ugtt a critiqué, hier, la décision du ministre de l’Economie et de la Planification de confier de façon « obscure » à des parties étrangères, en l’occurrence l’Agence allemande de coopération internationale, l’élaboration et le financement du plan de développement 2023-2025, ainsi que la stratégie économique 2035.

Il a estimé qu’il est inconcevable de charger des acteurs étrangers de préparer la vision du développement du pays pour les années à venir, alors que la Tunisie regorge de compétences mondialement reconnues.

Il a déclaré que la société qui a été sélectionnée par appel d’offres pour préparer le programme économique 2023/2025 et la stratégie de la Tunisie 2035 est une société «équivoque».

Il a mis en garde contre l’approche adoptée par le gouvernement qui porte atteinte, selon lui, à la crédibilité de la négociation et de la concertation avec l’Ugtt et sape le principe de partenariat.

L’Ugtt aspire, a-t-il dit, à la création de richesse et à un relèvement économique pour atteindre des niveaux de croissance plus élevés, soulignant qu’il n’est pas possible, aujourd’hui, de parler de réforme dans le contexte d’une situation politique extrêmement tendue. Au cours de son entretien avec l’ambassadrice de Grande-Bretagne en Tunisie, Helen Winterton, Taboubi a indiqué que la centrale syndicale est ouverte aux réformes à condition qu’«elles ne touchent pas au pouvoir d’achat des Tunisiens». Dans un communiqué publié par l’Ugtt sur sa page officielle, Taboubi a souligné que l’organisation syndicale s’attache à consolider le processus démocratique sur la base d’une solution tuniso-tunisienne, et se tient à l’écart «des recettes toutes prêtes», appelant ses partenaires sociaux et économiques à soutenir la Tunisie.

Il est à rappeler que le Président de la République, Kaïs Saïed, a souligné, hier, que les solutions envisagées dans le cadre d’un éventuel accord de financement avec le Fonds monétaire international (FMI) doivent «répondre aux aspirations du peuple tunisien».

Le Président de la République, qui s’exprimait, lors d’une rencontre tenue au palais de Carthage avec la Cheffe du gouvernement, Najla Bouden, consacrée à la situation économique et sociale du pays, a appelé, à cette occasion, à ne pas «toucher au rôle social de l’Etat».

La visite d’une équipe des services du Fonds Monétaire International en Tunisie à l’origine d’une discorde entre Taboubi et Bouden: Le torchon brûle entre le gouvernement et l’Ugtt