Crise ukrainienne: la stratégie géorgienne face à la Russie et ses limites

Manifestation de soutien à l'Ukraine devant l'ambassade d'Ukraine à Tbilissi, en Géorgie, le dimanche 23 janvier 2022. © AP - Shakh Aivazov Manifestation de soutien à l'Ukraine devant l'ambassade d'Ukraine à Tbilissi, en Géorgie, le dimanche 23 janvier 2022.

Ces dernières semaines, beaucoup d’experts ou de politiques disent qu’il faut parler avec la Russie, dans le contexte des risques de guerre en Ukraine. D'autres estiment que cela est inutile, que Vladimir Poutine ne lâchera rien. La Géorgie, pays voisin de la Russie, a depuis près de dix ans changé son approche. D’une politique d’affrontement politique et diplomatique face à Moscou, conduite par l’ancien président Mikhaïl Saakachvili, la petite république caucasienne est passée à une stratégie de « normalisation » de ses relations avec la Russie.

De notre correspondant à Tbilissi

L'approche non-confrontationnelle de la Géorgie vis-à-vis de la Russie n'a rien apporté ou à peu près rien. Du moins quant à l’essentiel, à savoir la restauration de l’intégrité territoriale. Il faut rappeler que la Géorgie a perdu le contrôle, au début des années 1990, de deux régions, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, du fait du soutien militaire russe. Cela représente 20% du territoire national.

Un rapprochement avec l’Otan

C’est notamment cela qui a conduit Tbilissi, au cours des années 1990, à chercher la protection de l’Otan. Malgré la politique dite de « normalisation » des relations avec Moscou mise en place en 2012, après la victoire du parti le « Rêve géorgien » de Bidzina Ivanichvili, oligarque qui a fait fortune en Russie, aucun signe d’encouragement n'a été envoyé par le Kremlin.

Pourtant Tbilissi fait vraiment preuve de bonne volonté. On a assisté par exemple à la matérialisation par petits bouts de la limite administrative avec l’Ossétie du Sud. C’est-à-dire que les gardes-frontières russes posent régulièrement des barbelés le long de celle-ci. Et les incidents, parfois meurtriers, se multiplient le long de cette « limite administrative ». Le processus de Genève, lancé à l’issu de la guerre russo-géorgienne de l’été 2008, s’avère incapable de régler quoi que ce soit en la matière.

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Une normalisation des relations qui a ses limites

En l’absence de relations diplomatiques, Moscou et Tbilissi ont créé un format de discussion, entre un diplomate russe et un envoyé spécial du Premier ministre géorgien. Ils se réunissent quelques fois par an, à Prague en général. Ce mécanisme a permis de trouver des compromis essentiellement dans la sphère économique. Cela a permis en 2013 de lever l’embargo russe sur les vins géorgiens et les eaux minérales. Le marché russe est historiquement le principal débouché du vin géorgien. Les 2/3 environ de celui-ci sont écoulés en Russie aujourd’hui. Mais une nouvelle crise politique entre les deux pays en 2019 a conduit Moscou à agiter la menace d’un nouvel embargo, ce qui montre l’ambiguïté de ce succès de la politique de « normalisation ».

Passivité et influence russe 

Tbilissi regarde avec grande appréhension les tensions autour de l’Ukraine, se disant que si la guerre éclate la Géorgie en pâtira certainement. Le gouvernement reste fidèle à son approche de « vivons cachés », n’irritons surtout pas le Kremlin en affichant un quelconque soutien à Kiev.

Les opposants et une partie de l’opinion, dont on ne saurait dire si elle est majoritaire, estiment que c’est déjà une reddition à la Russie, que ne pas se battre pour sa souveraineté, être passif, c’est se rendre des plus perméables à l’influence russe tandis que les trois quarts des 3,7 millions de Géorgiens soutiennent avec constance le rapprochement avec l’Occident.

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