King Jong-un reconnaît à demi-mot les ravages de la pandémie en Corée du Nord

Le dirigeant nord-coréen King Jong-un, le 6 mars, à Pyongyang. © Fournis par Liberation Le dirigeant nord-coréen King Jong-un, le 6 mars, à Pyongyang.

«La crise sanitaire mondiale.» L’agence de presse nord-coréenne n’est pas plus précise et ne mentionne pas le Covid-19. Jusqu’à présent, le régime nord-coréen a toujours soutenu que la pandémie n’était pas arrivée sur son sol. Pourtant, King Jong-un a limogé plusieurs haut gradés accusés d’être responsables d’un «grave incident» lié à l’état d’urgence épidémique en vigueur dans le pays et à la «crise sanitaire mondiale». A l’occasion d’une réunion du Politburo, mardi, le dirigeant suprême a expliqué que ceux-ci avaient «causé un grave incident qui provoque une énorme crise pour la sécurité de la nation et de son peuple».

Jusqu’à présent, le régime nord-coréen a toujours soutenu que la pandémie de Covid-19 n’était pas arrivée sur son sol, ce dont doutent nombre d’experts. L’agence de presse KCNA n’a fourni aucun détail sur le nombre de personnes limogées ni sur les faits qui leur sont reprochés, mais Kim les a accusés d’être «la proie de l’égoïsme et de la passivité». «L’incompétence et l’irresponsabilité des haut responsables sont un facteur majeur de ralentissement dans l’exécution de tâches importantes», a ajouté de manière obscure le leader nord-coréen au cours de la réunion, selon KCNA. Des membres du puissant Politburo du Parti des travailleurs de Corée du Nord ont été limogés et de nouvelles personnes ont été nommées mardi lors d’une réunion, a indiqué l’agence, précisant que des responsables gouvernementaux avaient été «mutés» et d’autres «nommés».

Crise sanitaire et alimentaire

A la tête d’un pays au système de santé défaillant, Kim Jong-un a décidé de fermer les frontières de la Corée du Nord en janvier 2020 afin d’empêcher une propagation du coronavirus apparu chez son voisin chinois. Pyongyang n’a jamais fait état de cas de Covid-19, ni dans les médias officiels ni à travers les chiffres communiqués à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pourtant, le pays avait fait une demande de vaccins auprès de Covax. Le programme de l’Organisation des Nations unies devait livrer 1,9 million de doses à la Corée du Nord au premier semestre 2021, mais en raison de pénuries mondiales, aucun vaccin n’a été acheminé. Poursuivant sa stratégie d’isolation, le comité olympique nord-coréen a décidé début avril qu’il ne participerait pas aux Jeux de Tokyo afin de «protéger les athlètes de la crise sanitaire».

Sous le coup de sanctions internationales à cause de son programme nucléaire, la Corée du Nord manque de médicaments et de produits alimentaires de première nécessité à cause de la fermeture des frontières. Son commerce avec la Chine, duquel elle dépend lourdement, s’est drastiquement réduit et les travailleurs humanitaires ont déserté le pays.

Kim Jong-un a récemment reconnu que la Corée du Nord faisait face à une «situation alimentaire tendue», tirant la sonnette d’alarme dans un pays où le secteur agricole est depuis des années en proie à de graves difficultés. La télévision nord-coréenne avait même mentionné le physique «amaigri» du dictateur, en début de semaine. «Voir notre respectable secrétaire général amaigri est ce qui brise le plus le cœur de notre peuple», a déclaré un présentateur de la chaîne KCNA. Un commentaire inhabituel, dans un pays où toute évocation de la vie privée et de l’état de santé du dirigeant est interdite. Ahn Chan-il, chercheur à l’Institut mondial pour les études nord-coréennes, basé à Séoul, explique à l’AFP : «Le message que Pyongyang envoie, c’est que Kim est un dirigeant qui travaille très dur pour son peuple, au point de sauter des repas et de perdre du poids.»

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