Pourquoi l’avocate Gisèle Halimi pourrait finalement ne pas entrer au Panthéon

Gisèle Halimi, en 2003, à Paris. © JACK GUEZ / ARCHIVES AFP Gisèle Halimi, en 2003, à Paris.

Selon « France Inter », la panthéonisation de l’avocate, militante féministe et anticolonialiste, serait compromise. La cause : l’engagement de Gisèle Halimi sur la guerre d’Algérie pourrait conduire Emmanuel Macron à renoncer à la faire entrer au Panthéon.

Gisèle Halimi fera-t-elle son entrée au Panthéon ? Selon France Inter, cela pourrait être compromis. Pourtant, depuis sa mort à l’âge de 93 ans, le 28 juillet 2020, plusieurs associations féministes et la Ville de Paris réclament la panthéonisation de l’avocate et militante féministe. C’est aussi le cas d’Élisabeth Moreno, la ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, qui estime que Gisèle Halimi « a été une militante de tous les droits, a porté des batailles que personne n’avait eu le courage de porter avant elle ».

Mais Emmanuel Macron pourrait renoncer à cette panthéonisation, apprend-on sur France Inter. La cause : l’engagement de Gisèle Halimi pendant la guerre d’Algérie.

En janvier, le rapport rendu par Benjamin Stora à l’Élysée sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie aurait « clivé » ce choix, selon une source proche du dossier, citée par la radio publique. L’historien y recommande de faire entrer Gisèle Halimi au Panthéon comme « figure de l’opposition à la guerre d’Algérie ».

Frilosité d’Emmanuel Macron

Tout au long de sa vie, Gisèle Halimi défenseuse des droits des femmes, s’est mobilisée contre le viol et pour la dépénalisation de l’avortement. Mais elle a aussi défendu des militants du FLN (Front de libération nationale) poursuivis par l’État Français. L’avocate s’est également battue pour Djamila Boupacha, militante du FLN, arrêtée pour tentative d’assassinat, puis torturée et violée par des soldats français en détention.

« Certaines associations de harkis et de pieds-noirs prennent cette possibilité (de panthéonisation) comme une insulte », précise cette même source proche du dossier sur France Inter, ce qui expliquerait la frilosité du chef de l’État, qui s’est donné pour mission « de réconcilier les mémoires ». En janvier déjà, dans une tribune parue dans Le Figaro (article réservé aux abonnés ) , un collectif d’une cinquantaine de femmes et filles de harkis estimait que « Gisèle Halimi, qui a affiché́ en plusieurs occasions son mépris pour les harkis, n’est pas une femme de réconciliation ».

L’une des règles absolues de la panthéonisation, c’est qu’elle doit rassembler et ne froisser personne. L’entrée au Panthéon de Gisèle Halimi serait pourtant l’occasion, explique un conseiller à France Inter, « d’envoyer au passage un message à la gauche » à quelques mois de l’élection présidentielle, et de « mettre en lumière la grande cause du quinquennat », l’égalité entre les femmes et les hommes.

« Décevant, révoltant »

La réaction de plusieurs associations féministes a été immédiate après la mise en lumière de ce doute à l’Élysée quant à l’entrée ou non au Panthéon de Gisèle Halimi. « Décevant, voire révoltant » pour Osez le féminisme !, citée par Libération (article réservé aux abonnés). « Une déception » pour Les Effronté.es : « C’est comme si le Panthéon devait être le théâtre de la célébration d’une France irréprochable à leurs yeux. Or, pour moi, Gisèle Halimi porte l’honneur d’avoir incarné́ un peuple français opposé à la colonisation, en plus de son engagement contre le viol et en faveur de l’avortement », avance Fatima Benomar, cofondatrice de l’association, dans Libération.

De son côté, Élisabeth Moreno dit rester « déterminée dans cet objectif, même si je sais que ces processus peuvent être longs ».

La panthéonisation de Gisèle Halimi est toujours en cours d’examen par la commission « Mémoire et vérité » de l’Élysée. Pour l’instant, seules cinq femmes ont fait leur entrée au Panthéon, sur un total de 80 occupants : il s’agit de Simone Veil, des résistantes Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion, de la physicienne Marie Curie et de la scientifique Sophie Berthelot.

Pourquoi l’avocate Gisèle Halimi pourrait finalement ne pas entrer au Panthéon