Tribune | Déchets domestiques et assimilés de l’Ariana : Les chiffres parlent !

© Présenté par

Par Mme Nihel Ben Amar*

De par ma formation d’ingénieure, de docteur en génie des procédés industriels et en ma qualité d’élue municipale, je me suis penchée sur la problématique des déchets solides. Dans ce qui suit, nous présentons l’essentiel des résultats d’analyse des données d’enlèvement des déchets domestiques et assimilés de l’Ariana de 2018 à 2020. A ce travail, ont contribué des élèves ingénieur(e)s de l’Insat qui ont été initiés à la citoyenneté active à plus-value scientifique, travail qui en dira long sur la gestion des déchets et les pratiques des habitants.

L’Ariana a un plan de gestion des déchets depuis 1908-1910 qui a certainement évolué avec l’expansion galopante de la ville. Dès 1910, des arrêtés municipaux ont été pris règlementant le dépôt des déchets sur la voie publique, leurs natures, les horaires de sortie des poubelles, leurs capacités, les horaires d’enlèvement des déchets…et la pénalisation des contrevenants.

Aujourd’hui, à l’ère de l’internet et des nouvelles technologies de l’information et de la communication, la gestion des déchets municipaux par les communes tunisiennes est désuète et l’Ariana n’est pas en reste. Les pratiques actuelles de gestion des déchets sont en deçà de ce qui était légiféré à l’Ariana en 1910. En effet, la commune a très tôt fixé l’horaire de dépôt des déchets sur la voie publique, a très tôt interdit de le faire après le passage de la voiture de balayage et a très tôt limité la quantité journalière d’enlèvement des déchets par habitation. A cet égard, l’Ariana de 1910 était plus avant-gardiste que l’actuelle.

La gestion des déchets municipaux a toujours été du ressort des collectivités locales. L’article 20 de la loi 96-41 du 18 juin 1996 l’énonce comme suit : «Les collectivités locales et les groupements de communes qui se constituent entre elles sont chargés de la gestion des déchets ménagers ». Jusque-là, la gestion des déchets s’est limitée à la collecte assurée par les communes ou confiée à des entreprises privées sous forme de sous-traitance ou de concession. Les déchets ménagers déversés au niveau des centres de transfert des déchets ménagers et assimilés sont transportés par l’Anged (Agence nationale de gestion des déchets) pour enfouissement dans les décharges contrôlées. Telle était et est encore la gestion des déchets ménagers, nonobstant l’article 1 de ladite loi qui parlait déjà depuis 1996 de réduction de production de déchets, de valorisation par la réutilisation, du recyclage et de l’utilisation de matériaux réutilisables comme source d’énergie. Soutenues ou pas par l’Anged, les communes n’ont pas travaillé à la mise en place du concept 3R (Réduire, Réutiliser, Recycler), encore moins le 5R (Refuser, Réduire, Réutiliser, Recycler, Rot (composter)).

Aujourd’hui, selon l’Anged, la Tunisie produit plus de 2,8 millions de tonnes de déchets solides.

L’Ariana produit en moyenne 39.690 tonnes/an ; on observe néanmoins une réduction des quantités de 2018. S’il n’apparaît pas de hiérarchisation nette des journées de la semaine les plus productrices de déchets domestiques, la journée du samedi est tout de même la seule à apparaître de manière récurrente dans le Top 3 des journées de la semaine les plus productrices de déchets.

Les quantités journalières produites sont fluctuantes et comprises entre 96 et 122 tonnes. On cite en exemple la journée du 21 août 2018 qui a correspondu à l’Aïd Al-Idha et durant laquelle il a été collecté 233,4 tonnes, soit plus de 2 fois la moyenne journalière.

En 2018, les déchets ménagers et assimilés collectés par mois ont été plus importants, excepté en janvier, février et décembre.

Les quantités sont équivalentes en hiver (autour de 9.900 tonnes) et décroissent de 2018 à 2020. Il est à noter que c’est au printemps que les quantités produites ont été les plus importantes, et ce, quelle que fût l’année, sauf pour 2020, puisque la période a correspondu au confinement du pays.

A l’Ariana, la collecte des déchets est réalisée sur trois quarts de service : le matin, l’après-midi et le soir. Les quantités collectées dans un même quart de service sont équivalentes, dénotant d’une même stratégie d’enlèvement des déchets. Par ailleurs, le plus gros des déchets est collecté la nuit, puisque le nombre des camions bennes déployés la nuit est plus important.

Et qu’en est-il des coûts de gestion des déchets domestiques ?

Les dépenses annuelles d’enfouissement des déchets domestiques de l’Ariana avoisinent 923.000 DT (le tarif à la tonne étant 23,274 DT (TTC). De ce montant, la commune et ses contribuables ne payent que 20%, donc environ 184.600 dinars, le reste étant à la charge de l’Etat. En considérant les travaux de doctorat de Mme Samira Ben Amar (2018) qui a caractérisé les déchets du Grand-Tunis, dont l’Ariana fait partie et qui estime la fraction organique putrescible à 40-53%, la fraction des déchets plastiques à 6-11% et la fraction des déchets papiers-cartons à 10-32,5%, les dépenses d’enfouissement de ces fractions valorisables par compostage et par recyclage représenteraient 75% du montant, soit 692.000 DT à l’année.

Ainsi, on dilapide chaque année plus de 600.000 DT, montant qui manque et manquera aux projets de développement du pays.

Les déchets ménagers et assimilés à l’Ariana en bref

• L’Arianais produit 0,9 à 1,07 kg/jour de déchets domestiques

• Le tonnage journalier collecté par les agents de propreté de la ville est de 96 à 122 tonnes

• Les samedis semblent être plus producteurs de déchets

• Il existe des journées singulières, tel que Aïd Al-Idha, au cours desquelles les quantités collectées doublent, voire plus, par rapport à la moyenne journalière qui est autour de 108 tonnes

• 60% des déchets sont collectés la nuit

• Le tonnage par mois varie de 3.260 à 3.439 tonnes, le maximum correspond au mois de mars

• On produit plus de déchets au printemps et dans un ordre décroissant l’été, l’hiver et l’automne

• Le tonnage annuel varie de 39.127 à 41.268 tonnes

• Les dépenses annuelles d’enfouissement des déchets domestiques de l’Ariana avoisinent 924.000 DT, la commune ne paye que 20% du montant soit 184.000 DT

• 75% du montant des dépenses d’enfouissement des déchets de l’Ariana, soit 693.000 DT, correspondent à l’enfouissement des déchets valorisables par compostage et recyclage, une double perte !

Pour finir, je souhaite féliciter les agents de propreté de la Ville de l’Ariana pour le travail effectué qui est perfectible et j’appelle les habitants de notre commune à déployer plus d’efforts dans les actions de propreté de leur ville et à se conformer aux directives et règlements en vigueur car sans eux, la ville ne serait pas propre comme ils le voudraient.

*Professeure en Génie chimique à l’Insat1ère vice-maire commune de l’Ariana

Tribune | Déchets domestiques et assimilés de l’Ariana : Les chiffres parlent !