Argentine: nouveau verdict dans le procès de militaires impliqués dans des crimes de la dictaturee

(illustration) L'obélisque et les rues de Buenos Aires, le 30 mai 2020. (Illustration) © AFP - ALEJANDRO PAGNI (illustration) L'obélisque et les rues de Buenos Aires, le 30 mai 2020. (Illustration)

En Argentine, jeudi 10 juin, la justice a rendu un verdict très attendu. Cinq personnes ont été condamnées à des peines de prison à perpétuité pour crimes contre l’humanité. Ils étaient jugés pour des actes commis il y a plus de quarante ans, pendant la dictature militaire argentine.

avec notre correspondant à Buenos Aires, Théo Conscience

Ces condamnations viennent clore un procès qui aura duré plus de deux ans, nécessité douze ans d'enquête et des heures d'audition pour plus de 250 témoins. C’est donc un procès hors norme qui s’est achevé ce jeudi, appelé procès de la Contraofensive montonera. Six anciens membres des services de renseignement de l’armée, Eduardo Eleuterio Ascheri, Jorge Eligio Bano, Marcelo Cinto Courtaux, Roberto Dambrosi et Luis Ángel Firpo, étaient poursuivis pour détention illégale, torture et meurtre sur plus de 90 personnes. Des actes commis entre 1979 et 1980, pendant la dictature civico-militaire en Argentine notamment, pour la répression orchestrée contre les « Montoneros », un groupe d’opposants politico-militaire qui avait lancé entre 1979 et 1980 des actions de guérillas contre la junte militaire.

Cinq peines de perpétuité

Avant la lecture du verdict, deux des prévenus ont saisi l’opportunité qui leur était donnée de s’exprimer pour clamer une fois de plus leur innocence. Finalement, cinq peines de prison à perpétuité ont été prononcées. Le sixième accusé, Jorge Norberto Apa, a obtenu, au grand désarroi des plaignants, que sa sentence soit rendue dans dix jours, le temps qu’un médecin puisse déterminer s’il est en condition physique et psychologique d’entendre son verdict.

Ce n’est pas la première fois que la justice argentine prononce des peines de prison pour des crimes commis pendant la dictature. Depuis 2006, plus de 1000 condamnations ont été prononcées pour des délits de la dictature militaire. Mais le chemin à parcourir reste long : selon les organisations de défense des droits de l'homme, plus de 30 000 personnes ont disparu pendant que les militaires étaient au pouvoir en Argentine, entre 1976 et 1983. Dans l’immense majorité des cas, les corps de ces victimes n’ont pas encore été retrouvés ou identifiés.

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Cependant, ce procès revêt une importance particulière. Selon Pablo Llonto, l’avocat qui représente de nombreux plaignants, c’est même le plus important depuis celui des dirigeants des juntes militaires en 1985. C’est en effet la première fois qu’était documenté et mis en lumière le rôle central des services de renseignement dans la torture et l’assassinat systématique des opposants politiques.

Pour les proches des victimes, c’est la fin d’une attente de plus de quarante ans mais seule une poignée de plaignants étaient présents physiquement au tribunal fédéral de San Martin jeudi. En raison de la pandémie, la majorité du procès s’est déroulée de manière virtuelle, et des dizaines de proches, frères, sœurs, enfants, parfois petits-enfants de victimes étaient présents par zoom. On pouvait les voir brandir face à leur caméra des photos de leurs proches disparus, ou des pancartes où il était inscrit « Nunca mas », « plus jamais ».

A l’annonce du verdict, certains ont laissé couler quelques larmes de joie, ou en tous cas de soulagement. Mais leur combat ne s’arrête pas là puisque beaucoup d’entre eux réclament encore et toujours qu’on leur restitue le corps de leurs proches. Avec ces condamnations, l’Argentine continue le travail de mémoire qu’elle a commencé au milieu des années 2000.

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