Tunisie: le président Kais Saied dissout le Conseil de la magistrature, partial selon lui

Le président tunisien accuse l'organisme indépendant de partialité et de corruption. Il avait déjà retiré des droits à ses membres il y a quelques semaines.

Kais Saied, le 14 octobre. © TUNISIAN PRESIDENCY / AFP Kais Saied, le 14 octobre.

Le président tunisien Kais Saied, qui s'est arrogé fin juillet les pleins pouvoirs, a décidé de dissoudre le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), un organisme indépendant chargé de nommer les juges, en l'accusant d'être partial et au service de certains intérêts.

"Le CSM appartient au passé à partir de ce moment", a déclaré dimanche le président dans une vidéo diffusée dans la nuit où on le voit discuter avec des ministres.

Il accuse aussi cet organe constitutionnel de corruption, et d'avoir ralenti des procédures, dont les enquêtes sur les assassinats de militants de gauche survenus en 2013. Selon les observateurs, il vise ainsi le parti Ennahdha qui a contrôlé le Parlement et les différents gouvernements depuis la révolution de 2011 et la chute du dictateur Zine El Abidine Ben Ali.

Dissolution progressive du Conseil de la magistrature

Kais Saied concentre tous les pouvoirs depuis le 25 juillet, date à laquelle il a limogé son Premier ministre et gelé le Parlement, décision qualifiée de coup d'Etat par Ennahdha et d'autres opposants. Il a depuis nommé un gouvernement mais prend ses décisions par décrets. Mi-décembre, il a annoncé un référendum cet été pour réformer la Constitution et des élections législatives en décembre. Le "mouvement du 25 juillet", qui regroupe ses partisans, avait appelé samedi le président à dissoudre le CSM pour "purger" le pouvoir judiciaire de "magistrats corrompus". Kais Saied a assuré "travailler sur un décret provisoire" pour réorganiser l'organisme. Il y a quelques semaines, il avait déjà retiré un certain nombre d'avantages aux membres du CSM. "Malheureusement dans ce pays, certains juges dans les tribunaux ont manipulé le dossier Chokri Belaid", a dénoncé Kais Saied, à propos d'un dirigeant de gauche tué de trois balles devant son domicile le 6 février 2013.

Une manifestation ce dimanche

Une importante manifestation est prévue ce dimanche à Tunis pour commémorer l'assassinat de ce militant et celui de Mohamed Brahmi, tué dans des circonstances similaires le 25 juillet 2013.

"Ce n'est pas le premier procès où ils essaient de cacher la vérité depuis des années", a ajouté Kais Saied.

Pour lui, "la place des juges (du CSM) n'est pas là où ils se trouvent mais sur le banc des accusés".

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