Le Forum de Dakar, un espace d’échange sur la sécurité

Le Forum International de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique © Forum international de Dakar Le Forum International de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique

La 7e édition du Forum de Dakar s’est ouverte ce lundi matin pour deux jours d’échanges, en présence de plusieurs chefs d’État et de nombreux ministres et décideurs internationaux. Le Forum de Dakar est aujourd’hui un véritable espace de rencontre pour réaffirmer avec force la coalition démocratique et le poids de la diplomatie sénégalaise sur les questions de paix et de sécurité en Afrique. Le directeur de l’organisation du Forum revient sur l’événement.

François-Charles Timmerman est le directeur de l’organisation du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique

RFI : Le Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique réalise cette année sa 7eédition. Comment est née cette initiative et quel est l’objet de ce Forum ? 

FC Timmerman : François Hollande avait souhaité, lors du Sommet Afrique-France de 2013, que l'on crée un espace de dialogue et de réflexion autour des problématiques de paix et de sécurité en Afrique à destination des décideurs. L’objectif était de créer une agora de coopération internationale opérationnelle, un lieu de rencontre des acteurs du terrain, loin du format des sommets officiels. Nous ne voulions pas d’une rencontre où les conclusions sont rédigées avant la tenue des échanges ! Le modèle de forum s'est imposé et répondait à un vrai besoin.  

Le président du Sénégal, Macky Sall, s'est saisi de cette initiative. Il s’inscrivait alors dans une longue tradition diplomatique sénégalaise : par exemple le Sénégal a été un des premiers à reconnaître l'État palestinien tout en ayant de très bonnes relations avec Israël, ou entretient de très bonnes relations avec les États-Unis, comme en témoigne la récente visite du secrétaire d’État américain Antony Blinken, tout en ayant une ambassade en Corée du Nord. Plus récemment encore, preuve de son dynamisme diplomatique, Dakar a accueilli le sommet Afrique-Chine. Le président Macky Sall est l’héritier de la posture sénégalaise depuis l’indépendance du pays : être un pays ouvert à 360°, se positionner en Vienne de l’Afrique de l’Ouest, être la ville où toutes les parties peuvent venir discuter, échanger, débattre. Le Forum de Dakar, régi par les règles de Chatham House (confidentialité des informations échangées et non attribution des propos), permettra des discussions sans tabou, sur des problématiques capitales et sensibles telles que la paix et la sécurité en Afrique.

Comment ce Forum a-t-il évolué depuis sa première édition en 2014 ?

Nous pourrions dire que les premières éditions étaient plus « régionales », avec une forte présence des Etats d’Afrique de l'Ouest et de la zone sahélo-saharienne. Nous avions ainsi reçu les présidents Idriss Déby du Tchad ou Ibrahim Boubakar Keïta (IBK) du Mali lors des premières années. Le Forum s’est ensuite ouvert aux « autres Afrique », c’est-à-dire à l’Afrique Centrale – le président Kagamé du Rwanda a assisté au Forum en 2018-, puis à l'Afrique anglophone. Nous accueillons aujourd’hui l’Afrique lusophone, le président de Guinée-Bissau nous faisant le plaisir de participer cette année. Les chiffres parlent d’eux-mêmes :  nous n’avons jamais reçu autant de chefs d’Etat que cette année. Nous attendons 5 chefs d’Etat en provenance de tout le continent. 

Qui participe au Forum cette année ?

Le monde entier est présent à Dakar ! Cette année, le Forum, sous le Haut Patronage du président Macky Sall, reçoit le président du Comité militaire de transition du Tchad Mahamat Kaka Déby, le président du Niger Mohamed Bazoum, le président d’Afrique du Sud Cyril Ramaphosa et le président de Guinée Bissau Umaro Sissoco Embalo.

Le Nigéria, le Mali, le Ghana, et aussi le Portugal, l’Espagne, la France et la Pologne participent aux débats via leurs ministres des Affaires étrangères. Parmi les pays européens, nous comptons également des représentants finlandais et slovènes, la Slovénie assurant actuellement la présidence du Conseil de l’UE. Le président du Conseil européen, Charles Michel, est présent, ainsi que plusieurs représentants des autorités européennes. 

Les Etats-Unis de leur côté envoient pour la première fois trois sous secrétaires d’Etat, dont l’un est spécifiquement chargé de la lutte anti-narcotique. Sa présence illustre bien la préoccupation grandissante sur les liens existants entre les cartels latino-américains et le terrorisme africain, qui pourraient créer un nouveau front Sud en plus de l’autre jonction possible entre le terrorisme sahélo-saharien et Boko Haram. 

Les experts et chercheurs sont aussi présents en nombre, qu’il s’agisse d’Anas El Gomati, fondateur du Sadeq Institute, think tank libyen, ou encore Bakary Sembe directeur du Timbuktu Institute, qui interviendront tous deux pendant les débats. Je ne peux malheureusement pas tous les citer et je m’en excuse d’avance !

Pour compléter, le monde des décideurs privés et des industriels, acteurs de la stabilité à travers les infrastructures qu’ils construisent, les systèmes qu’ils déploient ou tout simplement les emplois qu’ils créent et le développement économique qu’ils permettent, est aussi représenté, car la solution pour sortir de la pauvreté, de la précarité et donc de l’attractivité du terrorisme, c’est aussi de créer de l’emploi. 

Enfin nous attendons cette année de nombreux influenceurs et journalistes, notamment internationaux. Les débats seront par ailleurs relayés sur les réseaux sociaux du Forum, afin de permettre à chacun de pouvoir participer et se nourrir de ces échanges et débats.

Le Forum mélange donc des politiques de haut niveau (chefs d’Etats, ministres des Affaires Étrangères et de la Défense), des administrations, des chefs d’État majors des armées ou des responsables de services de renseignement, des gendarmes, des décideurs opérationnels, des journalistes, des think tankers, et plus de 300 chercheurs, penseurs, qui travaillent pour des centres de recherches européens, africains, japonais, américain ou du monde arabe. Encore une fois, le monde entier, dans sa grande diversité, est présent à Dakar cette année !

Y aura-t-il une déclaration demain à l’issue du Forum ?

Une déclaration officielle prend du temps à structurer, à organiser, à construire ! Nous voulons que le Forum reste un moment d’échange sur de vraies problématiques, où chacun est libre de partager son opinion, qu’il soit décideur politique, représentant du monde industriel ou membre d’un centre de recherche. Le fait de ne pas chercher à obtenir une conclusion officielle permet de se dégager du consensus mou : le Forum doit servir à préparer les vrais sommets. C’est l’endroit où on peut libérer la parole, où l’on peut vraiment écouter le témoignage d’un opérationnel qui en dehors de cet espace n’aurait même pas pu rentrer dans la salle d’une réunion de chefs d’Etat. Nous cherchons la confrontation avec des acteurs du terrain :  est-ce qu’un chercheur libyen aurait sa place dans un Sommet de chefs d’État africains ? Le Forum est un des rares endroits où l’on peut avoir cet échange sans être contraint par une décision officielle finale.

Le Forum de Dakar a pris pour thème général cette année : les enjeux de stabilité et d'émergence en Afrique dans un monde post Covid. Pourquoi avoir retenu ce thème et quelles sont les attentes de l'Afrique dans ce domaine ?

Le Forum était traditionnellement axé sur les sujets sécurité-défense et cela demeure dans son ADN. Mais, à la veille de la présidence sénégalaise de l’Union Africaine, il est primordial d’envisager la sécurité et la stabilité de la zone comme un tout. Les enjeux de paix et de sécurité sont indéniablement liés à la capacité de rebond de l’Afrique. Si l'Afrique sombre dans une situation économique dramatique, s’il y a désespoir des populations, nous ne pourrons pas apporter de solutions durables aux problématiques de paix de sécurité. 

Le Covid a fortement impacté l'Afrique alors que son économie débutait sa digitalisation, et l’économie digitale n’a pas pu prendre le relais. L’Afrique s’est retrouvée isolée, avec certaines zones dans l’incapacité de continuer à fonctionner en mode dégradé : quand un aéroport ferme, c’est l’ensemble du bassin qui se retrouve à l’arrêt. Les exportations de matières premières deviennent impossibles et les importations de produits transformés sont au point mort. Il aurait été totalement incohérent de continuer à parler de paix et de sécurité, sans prendre en compte le contexte sanitaire. Voilà pourquoi en amont de sa présidence de l’Union Africaine, le président Macky Sall a voulu s’intéresser aux causes et aux conséquences du Covid. 

Quelles sont les grands enjeux de ce forum ?

Le Forum est organisé en deux plénières et en 6 ateliers qui nous permettront d’aborder durant deux jours tout un ensemble de dimensions complémentaires : le défi sanitaire, les enjeux du changement climatique, la cybersécurité et la lutte contre la désinformation ou encore le contrôle et la maîtrise des espaces maritimes. 

On y parlera ainsi de coopération entre acteurs dans le domaine de la lutte contre la pandémie, de reprise de l'économie et de l’évolution vers une économie plus résiliente. On s’intéressera bien sûr aux questions plus traditionnelles de la prévention et de la lutte contre l'extrémisme violent.

Le Forum replace aussi le ministère des Affaires Étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur agissant pour le compte du président sénégalais, au centre de l’échiquier diplomatique africain. Les défis qui se dresseront face au Sénégal lors de sa présidence de l’Union Africaine seront de taille, et le pays est prêt à les relever.  

La mobilisation est forte pour ce Forum 2021 :  nous passons à une approche multilatérale du soutien au Sénégal et à l’Afrique de l'Ouest. Les Européens, les Américains, les Japonais – les démocraties- sont venues en nombre et à haut niveau, et illustrent ainsi leur soutien au continent africain. Cette coalition démocratique se présente comme une alliée de l’Afrique, avec un projet propre. C’est particulièrement marquant après le récent sommet Afrique-Chine qui s’est tenu juste avant le Forum.

En conclusion, je voudrais insister sur le retour de la grande diplomatie sénégalaise sur la scène internationale, qui portera la voix de l’Afrique de demain. Le Forum de Dakar est le symbole de cette Afrique jeune et dynamique, meurtrie par la récente crise sanitaire mais qui surprendra le monde par sa très grande résilience.

Le Forum de Dakar, un espace d’échange sur la sécurité