Rwanda : des commémorations au croisement de plusieurs agendas

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Depuis sa création en 2003, la Commission nationale de lutte contre le génocide du Rwanda (CNLG) porte la politique nationale de mémoire du génocide sur la base d'un programme qui a progressivement imprimé sa marque sur tous les contours des politiques sectorielles.

Chaque année, l'organisation et les thématiques privilégiées lors des célébrations sont établies en liaison étroite avec la présidence de la République. Nous aborderons ci-après la période qui suit le 20e anniversaire de la guerre et du génocide de 1994.

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L'internationalisation de la mémoire du génocide (2014-2019)

Le Rwanda entrait alors dans la phase finale de la politique publique de « seconde internationalisation » de la mémoire de ce génocide définie par la CNGL. L'objectif était d'imposer la reconnaissance et la célébration du génocide comme une exigence éthique internationale.

Cette politique s'est traduite en 2014 par l'organisation à Kigali de commémorations particulièrement offensives, notamment à l'égard de la France, dont l'ambassadeur s'est vu retirer l'accréditation le matin même des commémorations. Le discours accusateur du président Paul Kagame fut le point d'orgue des cérémonies officielles organisées en présence du secrétaire général de l'ONU et de nombreux chefs d'État étrangers.

En décembre 2017, au regard de la généralisation à l'étranger de la commémoration du génocide le 7 avril, le Rwanda déposa à l'ordre du jour de l'Assemblée générale des Nations unies une demande de modification de l'intitulé de cette « Journée de réflexion sur le génocide de 1994 au Rwanda ». Le 26 janvier 2018, l'Assemblée adopta sans vote une décision qui reprenait la formulation rwandaise officielle de « génocide contre les Tutsi au Rwanda ». Une formulation très critiquée, car réintroduisant l'ethnie et excluant les autres victimes.

En 2019, la célébration du 25e anniversaire consacrait la reconnaissance unanime par la « communauté internationale » de sa responsabilité vis-à-vis d'un génocide qu'elle n'a pas voulu arrêter. Marquées par l'expression des remords de plusieurs pays, les cérémonies officielles connurent une ampleur exceptionnelle.

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