Tunisie : le président Kais Saied prolonge d’un an le gel du Parlement

Le président a pris tous les pouvoirs le 25 juillet avec pour objectif de changer la Constitution. L’UE et le G7 demandent le retour « rapide » aux institutions démocratiques

Cette photo, mise en ligne sur le compte Facebook de la présidence tunisienne le 13 décembre 2021, montre le président Kais Saied dirigeant le Conseil des ministres, à Tunis. © AFP Cette photo, mise en ligne sur le compte Facebook de la présidence tunisienne le 13 décembre 2021, montre le président Kais Saied dirigeant le Conseil des ministres, à Tunis. PLEINS POUVOIRS - Le président a pris tous les pouvoirs le 25 juillet avec pour objectif de changer la Constitution. L’UE et le G7 demandent le retour « rapide » aux institutions démocratiques

Kais Saied ne lâche pas son pouvoir en Tunisie. Le président a prolongé lundi la suspension du Parlement, qu’il a décidée en juillet en s’arrogeant les pleins pouvoirs, jusqu’à la tenue de nouvelles élections législatives en décembre 2022. Dans un discours à la nation, il a aussi annoncé l’organisation à partir du 1er janvier d’une série de « consultations » populaires portant notamment sur des amendements constitutionnels et électoraux.

« Le Parlement restera suspendu jusqu’à l’organisation de nouvelles élections », a déclaré le président, ce qui revient de facto à dissoudre la Chambre actuelle qu’il avait gelée en s’arrogeant les pleins pouvoirs le 25 juillet. « De nouvelles élections législatives auront lieu le 17 décembre 2022 sur la base d’une nouvelle loi électorale », a-t-il ajouté.

Un référendum le 25 juillet

Cette nouvelle loi, ainsi que des amendements constitutionnels, seront élaborés dans le cadre de consultations populaires qui auront lieu « à partir du 1er janvier jusqu’au 20 mars ». « Les réformes constitutionnelles et autres seront soumis à référendum le 25 juillet 2022, jour anniversaire de la proclamation de la République ».

En pleine crise socio-économique et sanitaire et après des mois de blocage politique, Kais Saied, élu au suffrage universel fin 2019, a invoqué le 25 juillet un « péril imminent » pour limoger le Premier ministre, suspendre les activités du Parlement et reprendre en main le pouvoir judiciaire. Il a ainsi effectivement écarté du pouvoir le parti d’inspiration islamiste Ennahdha, principale force parlementaire et pilier des coalitions gouvernementales successives depuis la chute en 2011 du régime de Zine El Abidine ben Ali.

Un président accusé de « coup d’Etat »

Le président ne cesse de répéter que la Constitution actuelle, qui a instauré en 2014 un système hybride plutôt parlementaire, est dysfonctionnelle. « Si le peuple ne peut plus exercer sa souveraineté car le texte (Constitution) ne le lui permet plus, il faut élaborer un nouveau texte. Les Constitutions ne sont pas éternelles », a-t-il affirmé en présidant le Conseil des ministres peu avant son discours.

Après le coup de force du président en juillet, des organisations tunisiennes et internationales ont critiqué un « accaparement du pouvoir » et dit craindre pour les droits et libertés publiques dans le berceau du Printemps arabe. Ses détracteurs l’ont accusé d’avoir mené un « coup d’Etat ». « De quel coup d’Etat parlent-ils ? Ils parlent aussi du pouvoir d’un seul homme et d’atteinte aux libertés, mais qui a été arrêté ou poursuivi pour avoir exprimé ses opinions ou pour avoir manifesté », s’est-il défendu dans son discours.

Quelques jours avant ce discours, les ambassadeurs des pays membres du G7 et de l’Union européenne en Tunisie ont appelé à un retour « rapide » aux institutions démocratiques dans le pays.