Tensions à la frontière ukrainienne : Macron va proposer un «chemin de désescalade» à Poutine

Emmanuel Macron et Vladimir Putin lors d'une conférence de presse à l'Elysée, le 9 décembre 2019. © Ludovic Marin Emmanuel Macron et Vladimir Putin lors d'une conférence de presse à l'Elysée, le 9 décembre 2019.

Peut-être qu’il ne manquait qu’Emmanuel Macron pour faire baisser les tensions à la frontière russe. L’Elysée a annoncé ce lundi soir que le président français s’entretiendra dans les prochains jours «avec Vladimir Poutine pour […] lui proposer un chemin de désescalade».

Dans ce contexte, l’ambassadeur Pierre Vimont, représentant spécial d’Emmanuel Macron pour la Russie, se rendra mardi à Moscou, a précisé l’Elysée. La France, l’Allemagne, la Russie et l’Ukraine tiendront ensuite une réunion mercredi à Paris sur l’Ukraine au niveau des conseillers diplomatiques.

Elle associera les conseillers d’Emmanuel Macron et du chancelier allemand Olaf Scholz, le vice-Premier ministre russe et émissaire du Kremlin pour les négociations de paix en Ukraine Dmitri Kozak, ainsi que le directeur de l’administration présidentielle du président Volodymyr Zelensky. Ce format quadripartite dit «Normandie» vise à mettre en œuvre les accords de paix de Minsk de 2015, aujourd’hui au point mort, pour régler le conflit entre Kiev et les séparatistes ukrainiens pro russes dans le Dombas après l’annexion de la Crimée par Moscou.

Geste du Parlement ukrainien pour apaiser les tensions

L’Elysée a par ailleurs souligné que d’ici mardi, le Parlement ukrainien «reviendra sur la loi de transition» pour apaiser les tensions. Ce texte, préparé à l’été 2021, reconnaît la Russie comme «Etat agresseur et Etat occupant», ce que Moscou rejette totalement, et est jugé contraire aux accords de Minsk. «Nous pourrons ensuite négocier des mesures humanitaires» telles qu’échanges de prisonniers et ouverture de checkpoints, a ajouté la présidence française, ainsi que l’obtention d’une date pour des négociations entre Kiev et les séparatistes sur «le statut du Donbass».

La France a insisté sur la nécessité de ne pas ajouter de volatilité à la crise, en pleine escalade entre Occidentaux et Russes autour de l’Ukraine. Le Royaume-Uni avait ainsi accusé samedi la Russie de «chercher à installer un dirigeant pro russe à Kiev» et d’«envisager» d’«occuper» l’Ukraine, au lendemain de pourparlers américano-russes qui semblaient pourtant avoir amorcé une détente.

8 500 militaires américains en état d’alerte

Washington, Londres et Canberra ont aussi annoncé le rappel de leurs diplomates en Ukraine en invoquant la perspective d’une invasion russe «à tout moment». Les Etats-Unis ont placé par ailleurs jusqu’à 8 500 militaires en état d’alerte. Ces troupes interviendraient en soutien de la Force de réaction rapide de l’Otan, qui compte 40.000 militaires. Cette force de réaction «n’a pas été activée, c’est à l’Otan de le faire», a souligné John Kirby. «Nous ne les déployons pas maintenant», a-t-il répété, «nous ne disons pas que la diplomatie est morte», alors que les négociations se poursuivent entre la Russie et les Etats-Unis pour désamorcer la crise. Mais «il est très clair», a-t-il ajouté, «que les Russes n’ont actuellement pas l’intention d’amorcer une désescalade».

De son coté le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price a démenti toute divergence entre les Etats-Unis et l’Union européenne. «Il n’y a pas de divergence, pas d’ambiguïté», a-t-il dit «Nous le savons et, surtout, la Fédération de Russie le sait», a-t-il insisté, alors que le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a appelé plus tôt a éviter les réactions «alarmistes».

«Il y a en Europe des sensibilités différentes à l’égard de la Russie», a concédé de son coté la présidence française. Mais «nous partageons les mêmes inquiétudes, faisons le même constat de volatilité» de chaque côté de l’Atlantique.

Concernant les garanties de sécurité demandées par la Russie aux Etats-Unis et à l’Otan, l’Elysée explique souhaiter «une réponse aussi coordonnée, aussi unifiée que possible, de telle manière qu’elle soit entièrement crédible, opérationnelle et qu’elle engage bien tout le monde pour un seul objectif qui est la sécurité stratégique en Europe».

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