Au Venezuela, le clan Chavez perd son fief

Inconnu ou presque il y a quelques semaines, Sergio Garrido a été élu gouverneur de l'Etat de Barinas dimanche. © Leonardo Fernandez Viloria Inconnu ou presque il y a quelques semaines, Sergio Garrido a été élu gouverneur de l'Etat de Barinas dimanche.

L’Etat de Barinas ne sera plus dirigé par la famille du défunt Hugo Chávez : dimanche, c’est le représentant de l’opposition au régime socialiste qui a remporté l’élection pour le poste de gouverneur. Le clan de l’ancien président, figure de la gauche radicale latino-américaine, y a gardé le pouvoir pendant plus de deux décennies. D’abord avec le père, Hugo de los Reyes Chávez (de 1998 à 2008), puis avec les fils de ce dernier, Adán (de 2008 à 2016) et Argenis Chávez (de 2017 à 2021).

Candidat invalidé

En novembre, lors des élections générales largement remportées par le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), la formation de président Nicolás Maduro, Argenis Chávez était candidat à la réélection. Pendant que les résultats étaient proclamés dans tout le pays, le comptage des voix s’éternisait à Barinas. Et alors que le candidat de la Table d’unité démocratique (MUD), une coalition hétéroclite et très fracturée d’opposants, avait une légère avance, le Tribunal suprême de justice et la Cour des comptes, deux institutions contrôlées par le régime, annulaient le scrutin en invalidant la candidature de son adversaire.

Pour le nouveau duel, Argenis Chávez a jeté l’éponge et cédé la place à un poids lourd du chavisme : l’ancien vice-président Jorge Arreaza, plusieurs fois ministre et ancien gendre de Hugo Chávez : il a été marié pendant dix ans à sa fille Rosa Virginia Chávez. Le pouvoir avait beaucoup misé sur cette bataille et n’avait pas ménagé ses efforts. Les parents de Hugo Chávez, 89 et 86 ans, ont pris part à la campagne. Mais le PSUV n’a pu empêcher Barinas de devenir le quatrième Etat (sur 17) acquis à l’opposition.

Inconnu ou presque il y a quelques semaines, Sergio Garrido, qui avait dénoncé «le détournement» des ressources de l’Etat pour favoriser le candidat du pouvoir, est le nouveau gouverneur. Il l’a emporté, selon les résultats quasi définitifs annoncés par le Conseil national électoral, avec 55,4 % des suffrages, contre 41,3 % pour Arreaza. La participation, proche de 52 %, est en outre supérieure à celle observée le 28 novembre au plan national (40 %).

Minerai et élevage

Ainsi prend fin la longue mainmise d’une dynastie sur cet Etat de moins d’un million d’habitants, riche en minerai et en gaz. Au cœur des llanos (plaines), Barinas se situe dans une vaste savane très fertile et propice à l’élevage des bovins, partagée entre le Venezuela et la Colombie. Cette proximité avec la frontière expose aussi l’Etat de Barinas aux violences liées aux guérillas colombiennes et au narcotrafic.

L’opposition pourrait tenter de profiter du coup d’éclat de dimanche pour lancer une campagne de signatures en faveur d’un référendum afin de révoquer le mandat de Nicolás Maduro. Le camp antichaviste a renouvelé le 3 janvier sa confiance à son principal dirigeant, Juan Guaidó, autoproclamé «président par intérim» depuis 2019. Un titre reconnu par une partie de la communauté internationale, qui lui permet de contrôler des fonds vénézuéliens déposés à l’étranger. La prochaine élection présidentielle est prévue en 2024.

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