Hong Kong: l'arrestation de figures pro-démocrate, dont un cardinal, provoque l'indignation

L'archevêque retraité de Hong Kong Joseph Zen, au centre, assiste à la cérémonie d'ordination épiscopale, à Hong Kong, le samedi 4 décembre 2021. © AP - Kin Cheung L'archevêque retraité de Hong Kong Joseph Zen, au centre, assiste à la cérémonie d'ordination épiscopale, à Hong Kong, le samedi 4 décembre 2021.

Quatre personnalités importantes du camp pro-démocratie de Hongkong, dont l’ancien archevêque le cardinal Joseph Zen et la star de Canto-pop Denise Ho, ont été arrêtées ces dernières vingt-quatre heures pour « collusion avec des forces étrangères » sous la nouvelle loi de sécurité nationale.

Avec notre correspondante à Hong Kong, Florence de Changy

Peu avant minuit mercredi, la police a indiqué que les quatre suspects étaient des administrateurs du fonds « 612 Humanitarian Relief Fund », aujourd'hui dissous, créé pour soutenir financièrement dans leurs démarches légales et médicales les militants arrêtés au cours des grandes manifestations de l’été 2019. Un nom hautement symbolique, puisque synonyme du 12 juin, premier incident violent lors des marches de protestations cette année-là.

S'ils ont tous les quatre été relaxés sous caution, leurs passeports ont été confisqués par les autorités. Parmi ces personnalités inculpées, le cardinal Zen, ancien évêque de Hong Kong, connu pour ses diatribes contre le parti communiste chinois lors des manifestations contre la loi anti-subversion en 2003. « Face au gouvernement chinois, il faut toujours oser dire la vérité, quels que soient les vents contraires. Car ceux qui disent qu'un prêtre doit s'en tenir à la prière n'ont rien compris à ce qu'est l'Église », avait-il déclaré à l'occasion de sa nomination en tant que cardinal au milieu des années 2000. Depuis deux ans, le cardinal Zen, l'un des plus éminents ecclésiastiques catholiques d'Asie et administrateur du « 612 Humanitarian Relief Fund », faisait toutefois profil bas.

La star de Canto-pop et militante des droits LGBT, Denise Ho figure aussi parmi les figures pro-démocrates arrêtées. En juillet 2019, elle était allée plaider la cause de Hong Kong devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Genève, une démarche qui avait exaspéré Pékin. L'avocate Margaret Ng et l'universitaire Hui Po-keung ont également été interpellé, ce dernier alors qu'il s'apprêtait à partir pour l'Europe, où il avait obtenu un poste universitaire.

Le cardinal Joseph Zen et les trois autres personnalités rejoignent plus de 180 Hongkongais arrêtés au nom de la drastique loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin en juin 2020. Les individus inculpés ne sont généralement pas libérés sous caution et peuvent être condamnées à la prison à vie.

Pour le chercheur Michel Bonnin, directeur d'études à l'EHESS, ces nouvelles arrestations sont le signe d'un durcissement de la politique sécuritaire dans l'ancienne colonie britannique. Une répression qui sera évidemment appliquée par le nouveau chef de l'exécutif John Lee, qui prendra ses fonctions le 1er juillet.

► À écouter : Hong Kong: «John Lee est un bon et loyal sujet de Pékin»

« Escalade choquante » pour l'Occident, Pékin exprime son désaccord

Suite à l'annonce de ces arrestations, plusieurs pays occidentaux accusent la Chine de vouloir mettre fin aux libertés qu'elle s'était pourtant engagée à respecter sur le territoire. Les États-Unis appellent Pékin « à cesser de viser ceux qui défendent Hong Kong », rappelant que « la liberté d'expression (est) essentielle aux sociétés prospères et sûres ». Le Vatican indique de son côté « suivre l'évolution de la situation avec une extrême attention ».

L'organisation de défense des droits Human Rights Watch qualifie ces arrestations de « nouvelle déchéance choquante pour Hong Kong ». « Même en considérant que la répression s'est aggravée récemment à Hong Kong, ces arrestations constituent une terrible et choquante escalade », renchéri Amnesty International.

En réponse, la Chine fait part jeudi de sa « ferme opposition » à l'avalanche de critiques émanant de l'Occident. « Les personnes concernées sont soupçonnées de conspiration, de collusion avec des pays étrangers ou des forces étrangères afin de mettre en danger la sécurité nationale - un acte de nature grave », déclare dans un communiqué le Bureau du commissaire, qui représente le ministère des Affaires étrangères de Pékin à Hong Kong.

En moins de deux ans, la loi de sécurité nationale a permis l’arrestation de la quasi-totalité des figures de l’opposition démocratique.

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