OL-OM: les secrets du renouveau d'Aouar

Houssem Aouar (OL) © ICON Sport Houssem Aouar (OL)

Certaines présences disent souvent beaucoup du poids d’un élément vis-à-vis de son employeur. Et vice-versa, notamment en matière de foot business. C’est le cas à Lyon, où l’employeur, c’est… l’institution OL. Alors, quand Houssem Aouar, s’approche du pupitre de la conférence de presse ce vendredi, à quelques heures de la réception de l’OM (dimanche en clôture de la 14e journée de Ligue 1) et, surtout, au cœur du séisme consécutif à l’annonce de Juninho, on comprend une chose: l’enfant du club, formé depuis ses 11 ans à l’Académie pour éclore au Groupama Stadium, a pris du poids en même temps que ses statistiques se sont épaissies, dans cet automne où il enchaîne les buts, cinq sur les huit derniers matchs.

L’institution sait de toutes les façons que le garçon, rompu aux us et coutumes médiatiques de la Ligue 1 depuis ses débuts à moins de 19 ans en avril 2017 à Bastia après une apparition furtive mais efficace (1er but en professionnel) en février de la même année en Ligue Europa face à Alkmaar, aura le verbe juste et précis. Interrogé sur les propos de son directeur sportif Juninho, Houssem Aouar répond: "Comment le groupe l'a pris? On n'en a pas discuté entre nous, dit-il sans trembler. Ce sont ses déclarations, je ne peux pas revenir dessus, ce n'est pas à moi de le faire. Je pense qu'il faut qu'on soit concentré sur Marseille. Il ne faut surtout pas entrer dans d'autres choses. Je ne pense pas [que le moral des troupes soit affecté]. Il faut que le groupe soit focus, c'est un match très important. Il faut surtout parler du terrain pour enchaîner les bonnes prestations."

Et le milieu de terrain lyonnais de 23 ans, qui en est déjà à cinq saisons avec le groupe professionnel, d’enchaîner: "On va essayer de vite passer d'une mauvaise prestation (face à Rennes) à une bonne, dimanche. On a appris certaines choses, on a bien discuté avec le coach. Je ne sais pas s'il faut de nouveaux ingrédients, mais il faut plutôt remettre des ingrédients. À Rennes, on a manqué d'impact et de cœur."

L'impact du brassard

Des paroles qui ont un certain poids car Houssem Aouar, de l’aveu de ceux qui le fréquentent de près ou de loin, a vraiment enclenché une nouvelle dynamique depuis quelques semaines: "Son brassard de capitaine l’a dynamisé et l’a responsabilisé", avoue un proche du groupe quand d’autres rappellent des faits: "Il ne faut pas oublier qu’il n’a pas eu d’offres cet été et que cela l’a peut-être fait réfléchir…"

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Pourtant, Houssem Aouar, tout petit déjà, affole les recruteurs. Liverpool a bien failli l’extraire de l’Académie pendant son parcours lyonnais. Il s’en est fallu de peu. Comme à l’été d’avant pandémie où tout semblait ficelé pour un transfert à Manchester City dans la foulée de ses prestations XXL en Ligue des champions face à l’équipe de Pep Guardiola. A chaque fois, un grain de sable grippe la machine (à cash pour l’OL) et Houssem Aouar poursuit sa mission dans sa ville et son club où il est lié jusqu’en 2023.

Il est mieux physiquement

L’été 2021 semble avoir toutefois sonné le réveil. Il y a déjà son corps et ses adducteurs qui le laissent tranquille: "Au niveau physique, je suis bien maintenant, j'arrive à jouer à 100%, dit-il. En toute humilité, on voit la différence." Enfin adossé à une condition physique digne de ce nom, puisque travaillée sans douleur, il peut enchaîner les titularisations. Mais sans forcément convaincre au cours d’un mois d’août où le nouvel entraîneur, Peter Bosz, lui fait certes confiance (il hérite du brassard de vice-capitaine) mais le pique aussi en ne le titularisant pas dans le match face au GSG mi-septembre.

Le type de matchs en prime-time qu’il adore. Un peu "vexé", il cherche à comprendre ce "fait". Peut-être les statistiques (deux passes décisives en août et septembre)? Peut-être son attitude de "soyeux Lyonnais", pas forcément batailleur comme un Lucas Paqueta qui crève l’écran au même moment et sert de miroir? La question devient un débat: Houssem Aouar est-il "Peter Bosz-compatible", dans ce jeu collectif exigeant?

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Un élément de réponse appuie l’interrogation quand il ne sera pas titulaire dans le sommet de la septième journée face au PSG. Ce 19 septembre au Parc des Princes, sur le banc, il ne prend pas la mouche. Mais comme un avertissement, il doit changer quelque chose, il doit en faire plus dans son approche du métier devant le but et en termes de récupération. Il met en place un plan de travail après des échanges fructueux avec le staff.

Cela se voit peu à peu: "Il est mieux sur ses appuis", juge un ex-éducateur qui a l’œil. La cause? Un travail en plus fait avec un préparateur physique. Puis devant le but en fin de séance. Cela ne paie pas de suite, mais il persévère: "Il a fallu bosser pour garder cette confiance, explique-t-il. Devant le but, c'est aussi une question de confiance, il ne faut pas douter. J'ai eu la chance de garder cette idée en tête. Puis il a fallu essayer d'ajouter des choses, des exercices à l'entraînement, pour cette confiance. Il faut essayer de ne rien laisser au hasard. J'essaie de travailler au maximum, de me préparer à toute situation en match pour avoir le plus de repères."

Le déclic face à Brondby

Et enfin il enchaîne. Un match dessine un déclic, celui face à Brondby, lors de la deuxième journée de Ligue Europa. L’OL trouvera la faille au 22e tir de la partie et Houssem Aouar au neuvième cadré (sur 29), après deux face à face manqués avec le gardien danois et un poteau trouvé. Cette 84e minute et ce premier but de la saison, il les savoure en montrant un poing rageur d’avoir marqué. Son entraîneur aussi apprécie: "Cela fait plusieurs matches qu’il est présent devant la cage, constate Peter Bosz. Parfois ça ne passe pas et parfois, un joueur peut marquer plusieurs buts. C’était très important pour lui de marquer, après avoir très bien travaillé pour l’équipe dans le jeu avec et sans ballon.

Houssem Aouar a marqué plus qu’un but ce soir là au Groupama Stadium. Il enchaînera dans le derby, trois jours plus tard à Saint-Etienne ; puis à Prague (21 octobre), à Nice (24 octobre) et Lens (30 octobre). Il devient un "homme-but": cinq réalisations en six matchs, seul Monaco dans la série ne sera pas victime du retour d’Houssem Aouar. Soucieux de toujours ménager le collectif, Peter Bosz, qui déteste faire des gros plans sur un élément, lâchera simplement au cœur de cette période: "C’était important d’être physiquement mieux, explique le technicien néerlandais. Il n’était pas à 100%. Il a travaillé cela. Désormais, qu’il est à 100%, ses qualités éclatent … C’était le plus important."

Quid de la confiance du coach à travers des discussions, provoquées par un Houssem Aouar en quête de progression? "C’est toujours le joueur qui doit faire: si un joueur joue bien, c’est pas l’entraîneur, c’est le joueur. Si un joueur joue mal, ce n’est pas l’entraîneur, c’est le joueur", commente sobrement Peter Bosz en tournant vite les talons juste avant le match face à Prague à Lyon.

En fin de contrat dans 18 mois, Tottenham a un oeil sur lui

Et même lors de ce match (4 novembre) puis dans le désert collectif de Rennes (7 novembre), Houssem Aouar est en mission, brassard de capitaine sur le biceps: "Il y a toujours de la pression quand on joue dans un club comme l'OL. Il y a des objectifs élevés. C'est normal qu'il y ait une pression constante. C'est un match important pour nos supporters, tous les fans du club. On est des professionnels, on est habitués à gérer ce genre de pression. À nous de la transformer en positif."

Et lui en plaisir sur la pelouse au moment où il doit aussi se montrer, à 18 mois de la fin de son contrat, alors que des bruits d’un intérêt appuyé de Tottenham et du nouvel entraîneur Antonio Conte parcourent les bords du Rhône et de la Saône: "Jouer en tant que meneur de jeu, on se doit de faire jouer les autres, d'être décisif et je m'épanouis comme ça, dit-il avant d’affronter Marseille ce dimanche. Ce sont des responsabilités qui me plaisent. Il faut avoir de la complémentarité avec l'avant-centre, et sur les derniers matches, ç'a été le cas. Il va falloir que ça continue." Histoire de passer des parolesaux actes le jour J, dans un match qui pourrait compter pour tout un club. Pardon, une institution.

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