Bénin : retour des biens culturels, et après ?

Des œuvres culturelles du Bénin au musée du quai Branly-Jacques Chirac © picture-alliance/dpa/G. Julien Des œuvres culturelles du Bénin au musée du quai Branly-Jacques Chirac

Quelques mois après son arrivée au pouvoir, le président Patrice Talon décide à travers son programme d’actions du gouvernement (PAG) de révéler le Bénin au monde.

Ceci passe aussi par la culture et le tourisme où beaucoup d’efforts ont été faits, selon Ibrahim Tchan, juriste spécialiste du patrimoine culturel.

"Ce gouvernement a fait d’une priorité le secteur touristique, le secteur culturel et le secteur artisanal d’une part. Les dirigeants au plus haut niveau comprennent l’importance de ce pilier tourisme, de ce pilier culture", constate le juriste.

Le Bénin s’engage en 2017 dans le retour des biens culturels. Les 26 pièces du "Trésor de Béhanzin", dernier roi du Dahomey, ont pour destination finale la cité historique d’Abomey où elles ont été pillées en 1892.

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Cinq mille œuvres culturelles

Alain Godonou, directeur du programme musée à l’Agence nationale de promotion des patrimoines et de développement du tourisme (ANPT) affirme que cette restitution est l’une des actions fortes du gouvernement.

Selon Alain Godonou cette restitution des biens est "incontestablement déjà une attraction. Il y a une attente par rapport à cela. Nous traversons un moment difficile, Covid-19 oblige. D’ici deux ans maximum, les activités touristiques internationales devraient reprendre de façon normale. Et là, tous les investissements que le Bénin a faits, auront un retour".

L’ANPT évalue à près de cinq mille les œuvres culturelles retracées qui sont sujettes à des revendications.

Le Bénin construit trois grands musées à Abomey, Porto-Novo et Ouidah, les anciens sont en phase de réhabilitation.

Les touristes africains seront exemptés de visas. Le e-visa - ou visa électronique - a été mis en place.

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Fonds d’aide à la culture, l’opacité ?

Le parc de la Pendjari situé dans le nord du pays a été rénové. C’est la principale attraction du pays, selon Ibrahim Tchan qui dénonce cependant le fonctionnement du fonds d’aide à la culture.

"On ne sent pas grand-chose. On constate que c’est dans les coulisses que beaucoup trouvent des financements. Le financement du secteur culturel aujourd’hui n’est pas totalement accessible aux acteurs culturels à la base", déplore Ibrahim Tchan.

Autres points où le Bénin traîne les pas, le cinéma. Ses acteurs estiment n'avoir rien vu bouger. La rénovation de la cité lacustre de Ganvié, non loin de Cotonou tarde aussi. Le Bénin présente cette cité lacustre comme la Venise de l’Afrique.

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Bénin destination majeure en 2026 ?

Bertrand Adjovi expert en tourisme et hôtellerie estime que le travail qui se fait dans le secteur est "très profond, minutieux mais prendra du temps" à montrer ses résultats.

"Et qu’on dise que nous sommes à moins de 500.000 touristes par an au Bénin, c’est un peu biaisé. Le pays est en plein repositionnement touristique pour répondre aux standards internationaux. Ça permettra de pouvoir impacter la destination du point de vue du flux d'arrivée de plusieurs milliers de visiteurs pour les prochaines années", explique Bertrand Adjovi.

Le président sortant Patrice Talon entend faire du Bénin en 2026 une destination majeure du continent et du monde en 2026.

Ibrahim Tchan estime que le pays n’est pas encore la destination phare en Afrique de l’ouest. Il souhaite que la diplomatie béninoise échange avec Paris sur le signal d’alerte rouge qui impacte négativement le parc de la Pendjari.

En février, les renseignements extérieurs français ont indiqué que le groupe Al Qaïda au Sahel développait un projet d’expansion notamment vers la Côte d'Ivoire et le Bénin.

Auteur: Reliou Koubakin

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