Drame à Olembé : « il y a eu des défaillances »… Notre enquête

Une entrée censée être ouverte mais gardée fermée, l’assouplissement des mesures d’accès au stade, l’incivisme des spectateurs camerounais, le manque de sécurité… Les premiers enseignements sur les causes du drame qui a coûté la vie à huit personnes lundi au Complexe d’Olembé ont été tirés. Football365 Afrique fait le point.

FOOTBALL : Vue générale du stade Olembe Stadium - Coupe d Afrique des Nations CAN Africa Cup of Nations - Yaounde - 25/01/2022 © Fournis par Football 365 FOOTBALL : Vue générale du stade Olembe Stadium - Coupe d Afrique des Nations CAN Africa Cup of Nations - Yaounde - 25/01/2022

Complexe d’Olembé à Yaoundé (Cameroun). Lundi 24 janvier 2022. Les événements se déroulent entre 19 heures et 20 heures. Des milliers de supporters se dirigent vers le nouveau stade, construit spécialement pour la CAN 2021. Ces hommes, femmes et enfants, habillés pour la plupart aux couleurs de l’équipe nationale du Cameroun n’ont qu’une envie : vivre en direct le huitième de finale qui oppose les Lions Indomptables aux Comores. Problème ? Une seule porte d’entrée, côté sud, est ouverte, et gardée par des policiers qui ne laissent passer qu’une personne après l’autre. Les rangs se forment dans un tintamarre occasionné par les amateurs de vuvuzela.

Soudain, des cris de joie se font entendre à l’intérieur du stade de 60.000 places. C’est Vincent Aboubakar et ses coéquipiers qui font leur entrée sur la pelouse pour la traditionnelle séance d’échauffement. Dans les tribunes, le public est en extase. Mais à l’extérieur, les esprits commencent à s’échauffer. Personne ne veut manquer une miette du match qui débute dans quelques minutes. Certains supporters ont quitté les rangs et décidé d’escalader les barrières métalliques qui entourent les parkings. D’autres ont choisi de forcer l’entrée… avec succès. « Me voici au stade sans ticket ni test Covid », se réjouit l’un, en se filmant avec son téléphone. Derrière lui, d’autres supporters tentent de suivre le mouvement.

Les agents de police qui gardent l’entrée sont débordés. La foule impatiente et en furie réussit à dégager l’entrée. On se bouscule pour en profiter. Dans cette violence, plusieurs personnes tombent et se font marcher dessus par d’autres qui continuent de pousser pour avoir accès à l’enceinte. Bilan : 8 morts et une trentaine de blessés. C’est ce qu’il semble s’être passé lundi, selon de nombreux témoignages recueillis par Football365 Afrique. « Tout s’est passé très vite, se souvient Evina, un témoin. Il y avait un monde fou à l’entrée. Tout le monde bousculait tout le monde. Je pense que personne ne s’est rendu compte que beaucoup sont tombés pendant la bousculade. Plusieurs femmes sont restées au sol. Même des petits enfants. C’était terrible à voir ».

Une porte restée fermée

Les premiers enseignements sur les causes de ce terrible incident ont été tirés. En attendant les conclusions de l’enquête qui a été ouverte par les autorités camerounaises, la CAF pointe du doigt la fermeture d’une porte d’accès pourtant censée être ouverte. « Il y a eu quelques défaillances », a avoué Patrice Motsepe mardi, lors d’une conférence de presse à Yaoundé. « Il s’agit d’une porte qui devait être ouverte, mais qui est restée fermée pour des raisons inexpliquées. Si cette porte avait été ouverte comme prévu, nous n’aurions pas eu ces incidents », s’est insurgé le président de la CAF. « Qui a fermé cette porte ? Qui a donné l’ordre de la fermer ? Pourquoi ? Voilà les questions qui nous animent. Nous devons toucher le problème au niveau où la défaillance a été observée », a-t-il promis.

L’Etat pris à son propre piège (?)

« Le problème, c’est que le Complexe d’Olembé n’est pas totalement achevé. Tous les accès ne sont pas disponibles. Du coup, tout le monde, en dehors des VIP, doit passer par la même voie et la même porte », poursuit Evina. Le jeune commerçant pointe également un doigt accusateur sur « l’incivisme des Camerounais. Nous devons apprendre à venir au stade assez tôt et surtout à respecter les règles en matière de sécurité. Des gens sont morts parce que d’autres ne voulaient pas attendre patiemment dans les rangs ». L’autre cause évoquée par de nombreux observateurs est l’assouplissement des mesures d’accès au stade. Si au début du tournoi il fallait obligatoirement présenter un carnet de vaccination et un test Covid négatif, avec la polémique sur les stades vides, le vaccin ne semble plus obligatoire. Non sans oublier les mesures prises par le gouvernement pour garnir les tribunes : distribution des tickets, mise à disposition de bus gratuits pour le transport des spectateurs, arrêt des classes et des activités dans la fonction publique entre 13 et 14 heures.

Les forces de sécurité en « sous-effectif »

« A vouloir remplir absolument leurs stades, les autorités camerounaises ont apparemment baissé le niveau de contrôle et de sécurité », a confié à So Foot Clément Boursin, responsable Afrique à l’ACAT-France, une ONG chrétienne de défense des droits de l’homme. Parlant de sécurité, une source policière citée par Le Monde confirme que les forces de l’ordre étaient « en sous-effectif » ce soir-là. En attendant d’y voir plus clair, la CAF a annoncé que les matchs prévus à Olembé sont délocalisés au stade Ahmadou Ahidjo de Yaoundé. « Les rencontres prévues à Olembé n’auront plus lieu dans ce stade tant que je n’aurai pas reçu le rapport sur les causes de l’incident, et des garanties que nous n’aurons plus jamais à déplorer des pertes en vies humaines », a martelé Patrice Motsepe. Le patron de la CAF devait rencontrer le Comité Local d’Organisation (COCAN) ce mercredi. Aucune information ne filtre pour l'heure.

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