L’armée éthiopienne recule face aux rebelles du Tigré

© Amanuel Sileshi/AFP

C'est un tournant majeur de la guerre qui oppose depuis presque un an les forces progouvernementales aux rebelles tigréens du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Sentant le vent tourner ces derniers jours, les autorités de la capitale éthiopienne Addis-Abeba ont appelé ce mardi la population à s'organiser et à se préparer à défendre ses quartiers alors que les combats font rage à quelques centaines de kilomètres au nord.

Le gouvernement s'est résolu à déclarer l'état d'urgence dans tout le pays. « L'état d'urgence vise à protéger les civils contre les atrocités commises par le groupe terroriste TPLF dans plusieurs régions du pays », a rapporté Fana Broadcasting Corporate, faisant référence aux rebelles du Front de libération peuple du Tigré.

Et pour cause, les rebelles ont revendiqué ces derniers jours la prise de Dessie et de Kombolcha, deux villes situées à un carrefour routier stratégique à 400 kilomètres d'Addis-Abeba, sans exclure de marcher sur la capitale. Le gouvernement, pris dans une guerre informationnelle, a démenti avoir perdu le contrôle de ces villes.

Dans tous les cas, si elle se confirmait, cette prise marquerait une nouvelle étape majeure dans le conflit qui dure depuis un an.

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Quelle est la situation actuelle ?

Les communications sont coupées dans une grande partie du nord de l'Éthiopie, informe l'Agence France-Presse, et l'accès des journalistes est restreint, rendant difficile toute vérification indépendante des positions sur le terrain.

Mais, à Addis-Abeba, les autorités ont demandé aux 5 millions d'habitants de faire enregistrer leurs armes à feu dans les deux jours et de se préparer à défendre la ville. « Tous les habitants doivent s'organiser par bloc et quartier pour protéger la paix et la sécurité dans leur zone, en coordination avec les forces de sécurité », a déclaré le responsable du département de la paix et de la sécurité de la capitale, Kenea Yadeta.

« Des jeunes de la ville seront recrutés et organisés pour travailler en coordination avec les forces de sécurité (?) dans leur quartier », a-t-il ajouté, cité par des médias d'État.

Kenea Yadeta a affirmé que « tous les secteurs de la société » devaient participer à l'effort de vigilance, y compris les propriétaires de maisons et d'hôtels qui vérifient et ont des copies des pièces d'identité de locataires et de visiteurs.

Il a également exigé l'arrêt des « fausses informations » sur les réseaux sociaux.

Ces mesures font suite à des appels à l'unité du Premier ministre, Abiy Ahmed, affirmant que la victoire était possible si la « pleine force » du pays était opposée aux rebelles. Dans un discours lundi, il a déclaré que des étrangers combattaient aux côtés du TPLF, sans plus de détails.

La seule présence confirmée d'étrangers sur le champ de bataille jusqu'à présent est celle des troupes érythréennes qui ont soutenu l'armée éthiopienne dans son offensive au Tigré.

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Washington met fin aux avantages commerciaux d'Addis-Abeba

La communauté internationale s'est inquiétée du récent regain des combats et a renouvelé ses appels à un cessez-le-feu immédiat et à des pourparlers de paix. En tout cas, Washington est monté au créneau, le président Joe Biden a annoncé ce même jour qu'il annulait à compter du 1er janvier 2022 d'importants avantages commerciaux accordés à l'Éthiopie, notamment, en raison de violations des droits humains perpétrées dans le cadre du conflit au Tigré.

Dans une note au Congrès, il a expliqué priver Addis-Abeba, mais aussi d'autres États africains comme la Guinée et le Mali, deux pays théâtres de coups d'État, des avantages prévus par une loi américaine qui exempte la plupart des exportations des pays d'Afrique subsaharienne de frais américains de douane. Lancée en 2000 sous la présidence de Bill Clinton, l'AGOA (loi sur la croissance et les opportunités en Afrique, ou African Growth and Opportunity Act en anglais) offre à une quarantaine de pays africains de larges exemptions douanières pour exporter leurs produits aux États-Unis.

En contrepartie, chaque pays doit améliorer ses réglementations en matière de droits humains et des conditions de travail. « Notre administration est profondément préoccupée par le changement anticonstitutionnel de gouvernement en Guinée et au Mali, et par les violations flagrantes des droits humains internationalement reconnues perpétrées par le gouvernement éthiopien et d'autres factions (?) dans le nord de l'Éthiopie », a indiqué de son côté la représentante américaine au Commerce, Katherine Tai, dans un communiqué.

Ces dernières semaines, les autorités éthiopiennes avaient tiré la sonnette d'alarme sur les conséquences de la perte des avantages de l'AGOA, en particulier pour son secteur manufacturier. « Le retrait de l'Éthiopie de l'AGOA porterait un coup sérieux au bien-être de millions de travailleurs à faible revenu à un moment où l'industrie manufacturière éthiopienne enregistre des niveaux de production mensuels records », avait ainsi estimé Mamo Mihretu, un conseiller du Premier ministre Abiy Ahmed, dans l'édition d'octobre du magazine Foreign Policy.

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Pression sur les rebelles et Addis-Abeba

Parallèlement, l'émissaire américain a demandé aux rebelles du Tigré de ne pas marcher sur la capitale Addis-Abeba. « Nous nous opposons à tout mouvement du TPLF (le Front de libération du peuple du Tigré, NDLR) vers Addisou toute action visant à assiéger Addis », a souligné l'émissaire pour la Corne de l'Afrique, Jeffrey Feltman, lors d'une intervention à l'Institut américain pour la paix.

Le secrétaire d'État américain Antony Blinken a dénoncé des « actes de nettoyage ethnique » au cours de ce conflit jalonné de massacres et de viols de masse.

Les États-Unis ont été parmi les critiques les plus virulents de la conduite par le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed d'une guerre qui dure depuis près d'un an dans le nord de l'Éthiopie. Ce dernier prévoyait une guerre éclair et avait proclamé la victoire le 28 novembre, après avoir envoyé l'armée dans la région pour destituer les autorités locales dissidentes issues du TPLF. Depuis cet été, les combats sur le terrain ont tourné à son désavantage. En juin, les combattants pro-TPLF ont repris l'essentiel de la région, forçant les troupes gouvernementales à se retirer largement. Ils ont poursuivi leur offensive dans les régions voisines de l'Amhara et de l'Afar et semblent désormais menacer la capitale Addis-Abeba.

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