Le commandant Massoud, toujours une icône, 20 ans après son assassinat

Ahmad Chah Massoud, combattant moudjahiddine (photo de 1986) © AP Ahmad Chah Massoud, combattant moudjahiddine (photo de 1986)

Le 9 septembre 2001, le commandant Massoud, la figure de proue de la lutte contre l'Armée rouge puis contre les talibans, est victime d'un commando d'Al-Qaïda... c'était deux jours avant les attentats du 11 septembre 2001, à New York.

Son fils Ahmad dirige désormais la résistance depuis la Vallée du Panchir et, en début de semaine, il a appelé le peuple afghan à se soulever. Mais le fils Massoud n'est pas tout-à-fait… son père.

Le lion du Panchir

Vingt ans après son assassinat par des kamikazes d'Al-Qaïda qui lui avait tendu un piège en se faisant passer pour des journalistes, la réputation d'Ahmad Chah Massoud est intacte.

Surnommé le "lion du Panchir", ce chef de guerre charismatique, à la tête de l'Alliance du nord, mène la vie dure à l'occupant soviétique dans les années 1980, puis aux talibans, au pouvoir dans les années 1990.

Dans sa région, il établit des institutions fondées sur un islam tolérant et le respect de la démocratie. En 1999, il fonde une école pour filles et en 2000, il ratifie la charte des droits fondamentaux de la femme afghane.

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Le commandant Massoud tente de réunir les différentes communautés du pays contre les talibans. En avril 2001, il se rend en Europe pour obtenir le soutien des occidentaux à qui il prédit "un soulèvement du peuple afghan contre les islamistes au pouvoir et il met en garde contre de possibles attentats anti-occidentaux.

Oussama Ben Laden en personne aurait ordonné d'éliminer ce gêneur. Le commandant Massoud meurt deux jours avant les attentats du 11 septembre à New York.

Sorte de "Che Guevara" afghan

Sa lutte opiniâtre et les circonstances de sa mort le 9 septembre 2001 ont commué le commandant Massoud en véritable icône populaire. Avant le retour des talibans au pouvoir, on pouvait encore acheter à Kaboul des drapeaux ou des t-shirts à son effigie. En 2021, les Afghans hostiles aux talibans se réclament toujours de lui, comme ces quatre Afghans interrogés cette semaine, en Afghanistan :

Farid s'enthousiasme: "Ahmad Chah Massoud, c'est le héros national de l'Afghanistan. Comme vous le savez, une révolution nationale est annoncée. Nous allons participer aux protestations et aux commémorations du mieux que nous pourrons."

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Thair précise que le commandant Massoud "est un héros national, pas seulement pour les Tadjiks, les Ouzbeks, les Hazaras ou les Pachtouns. Il s'est battu pour tous les citoyens."

Rashed se demande : "pourquoi ne pas commémorer sa mort ? Il est le héros de toute l'Afghanistan. Il s'est battu contre les Russes et les terroristes. Et nous nous battrons aussi. Nous allons marcher sur ses traces. C'est son anniversaire, alors oui, nous allons le commémorer.

Mutawakkel confirme que Massoud, "c'est un grand homme, un héros national. Tout le peuple devrait le chérir. Pas seulement les habitants du Panchir ou ailleurs, mais la nation entière doit se soulever."

Le flambeau de la résistance

En occident, la figure du commandant Massoud reste synonyme de "résistance", pour reprendre le mot de la maire de Paris, Anne Hidalgo, lors de l'inauguration d'une allée à son nom dans la capitale française, en mars dernier. Résistance au terrorisme international et à l'extrémisme, a ajouté son fils, Ahmad Massoud.

A 32 ans, celui-ci a repris le flambeau paternel. Il dirige désormais le Front national de la résistance (FNR) contre les talibans. Malgré les assauts des islamistes, Ahmad Massoud appelle à poursuivre le combat sans faiblir.

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Mais bien que portant le même pakol traditionnel des Pachtouns sur la tête et le même nom que son père, il ne dispose pas des mêmes moyens. Ses appels n'ont pas la même portée.

Dernier rempart aux talibans, Ahmad Massoud ne parvient pas, pour l'instant, à unir les communautés du nord (Tadjiks, Hazaras…) aux Pachtouns du sud. Son porte-parole a par ailleurs été tué durant les affrontements qui ont fait des centaines de morts ces derniers jours.

Les talibans, eux, sont soutenus par le Pakistan. Un allié de poids qui fait encore défaut au FNR.

Auteur: Sandrine Blanchard, Avec agences

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