Eric Adams, un ancien policier noir favori pour la mairie de New York

Eric Adams a Brooklyn. © TIMOTHY A. CLARY / AFP Eric Adams a Brooklyn.

Un policier est en passe de devenir maire de New York. Eric Adams, soixante ans et ancien policier, a remporté la primaire démocrate pour la ville de New York, une primaire qui vaut pour l'élection elle-même tant la ville vote massivement pour le parti progressiste. Le 2 novembre prochain, il figurera en archi-favori pour succéder au maire sortant Bill de Blasio.

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Sa victoire, annoncée par l'agence américaine Associated Press, n'a tenu qu'à un pouce : l'actuel président du quartier de Brooklyn a recueilli 50.5% des suffrages. Eric Adams, plutôt centriste, a ainsi défait l'aile gauche du parti démocrate, arrivée en troisième position, soutenue par la très médiatique élue Alexandria Ocasio-Corte. Les New-Yorkais ont plébiscité une politique volontariste sur la sécurité, défendue par cet ancien flic. Avec la pandémie, la criminalité a explosé à New York : le nombre d'homicides volontaires a quasiment augmenté de moitié en 2020, passant de 319 en 2019 à 462 morts un an plus tard.

Pourtant Eric Adams a toujours entretenu un rapport ambigu avec la police. Diplômé de l'académie de police en 1984, il s'est rapidement fait connaître pour ses prises de paroles iconoclastes contre la violence et les discriminations de la police. Si ses critiques ont peut-être ralenti sa progression au sein de la police, elles lui ont permis de se tailler une place de choix au sein du paysage politique démocrate. En 2006, il est élu à 33 ans au sénat de l'État de New York, avant de devenir en 2013 président du quartier de Brooklyn.

Engagé contre les violences de la police dès seize ans

Cet enfant du Queens, né de parents modestes, a été battu par des policiers par des policiers à l'âge de 15 ans. Un an plus tard, en 1976, il commence à militer au sein du National Black United Front, crée par le révérend Herbert Daughtry après la mort d'un adolescent noir, tué par un policier jamais condamné. Ce sera même au nom de cet engagement que le jeune Eric Adams s'engage dans la police, obéissant aux exhortations du révérend à s'engager au sein de la police pour la faire évoluer de l'intérieur.

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Eric Adams gravi lentement les échelons, mais son franc-parler lui vaut une certaine méfiance. Au sein de l'administration, il prend régulièrement la parole sur les discriminations et les violences de la police. Il crée en 1995 un groupe de policiers noirs afin de peser en interne. Il use de témoignages anonymes de fonctionnaires de terrain pour appuyer son propos. Il est alors l'un des premiers à couvrir le visage de ces policiers pour leur permettre de prendre la parole en publique, malgré le devoir de réserve.

Equilibre précaire

Le succès d'Eric Adams repose sur sa double casquette : celle du policier, garant de l'ordre et de la lutte contre la criminalité, et celle du militant noir. Il est ainsi très hostile au mouvement «defund», populaire chez certains démocrates qui souhaitent baisser le budget de la police américaine, fortement remise en question depuis la mort de George Floyd. Il défend en même temps une réforme de la police de New York. «Nous devons changer la culture de la police», déclarait-il à la presse américaine en juin dernier. «Nous devons être plus proactifs pour prévenir les crimes au lieu de créer des crimes», disait-il encore.

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Ses détracteurs profitent de cet équilibre, parfois précaire, pour l'attaquer. Ainsi la gauche du parti démocrate critique son soutien à la stratégie «Stop-and-frisk» - «contrôler et menotter», une stratégie de contrôle d'identité intensive menée à New York - dont il est un fervent partisan. Face aux tenants d'une ligne dure, il peine parfois à assumer son costume d'ancien flic garant d'une politique sans concession.

Accusé de louvoyer, il se défendait dans les colonnes du New York Times : «Je ne déteste pas les services de police, je déteste les policiers abusifs, et c'est ce que les gens confondent, se défendait-il. Quand vous aimez quelque chose, vous le critiquez pour en faire ce qu'il devrait être, vous ne laissez pas faire».

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