Malgré une nouvelle réunion UE-Britanniques, le torchon brûle toujours sur le protocole nord-irlandais

David Frost, le négociateur britannique (à droite), et Maros Sefcovic, vice-président de la Commission européenne, à Londres ce mercredi. © Eddie Mulholland David Frost, le négociateur britannique (à droite), et Maros Sefcovic, vice-président de la Commission européenne, à Londres ce mercredi.

La patience diminue, la défiance s’accroît. Au Royaume-Uni, la question du Protocole nord-irlandais a, de nouveau, provoqué de vives tensions entre Londres et Bruxelles à seulement deux jours du sommet du G7 en Cornouailles. Imaginé au moment du Brexit, dans le but d’éviter le retour d’une frontière terrestre entre les deux Irlande (symbole des «Troubles», guerre civile qui a causé la mort de près de 3 500 personnes entre 1968 et 1998), le Protocole a eu pour conséquence de séparer l’Irlande du Nord du reste de la Grande-Bretagne en ce qui concerne les échanges commerciaux. Ainsi, la province britannique de 1,9 million d’habitants n’est pas sortie du marché commun et fait office depuis le 1er janvier de douane entre l’UE et le Royaume-Uni.

«Guerre de la saucisse»

Afin de s’adapter aux nouvelles régulations, les entreprises britanniques s’étaient vues, en début d’année, accorder une période de grâce de six mois, qui prendra fin le 30 juin. Côté britannique, c’est la panique car les infrastructures douanières ne sont toujours pas prêtes. Depuis quelques jours, les négociations pour trouver une solution sont au point mort. A coup de communiqués et d’articles de presse, le négociateur britannique, David Frost, et son homologue européen, Maros Sefcovic, se renvoient la balle, pointant chacun l’inflexibilité de l’autre. La rencontre de trois heures organisée mercredi matin à Londres n’y a rien changé. Au contraire, les deux négociateurs sont restés droits dans leurs bottes, ne lâchant pas une seule miette de terrain. Il n’y a eu «ni avancée, ni régression. Les discussions ont été franches et honnêtes, et nous allons continuer à échanger» afin de trouver la meilleure solution possible, a réagi David Frost à la sortie de la réunion. Maros Sefcovic, lui aussi, a déclaré que le dialogue devait être encouragé. «Nous sommes à un carrefour dans notre relation avec le Royaume-Uni. La confiance doit être restaurée», a ajouté fermement le vice-président de la Commission européenne. Il a ensuite prévenu que la patience des Vingt-Sept avait presque atteint ses limites et réitéré que si Londres décidait d’entraver le Protocole, «des quotas et des taxes» seraient mis en place aux douanes.

La «guerre de la saucisse», qui avait fait couler beaucoup d’encre outre-Manche en décembre dernier, aura-t-elle finalement lieu ? En tout cas, ni David Frost ni Maros Sefcovic «ne le souhaitent». La législation européenne interdit l’importation de produits de viande crue fraîche de l’extérieur de l’UE, à moins qu’ils ne soient congelés à -18 °C. Si cette législation est appliquée à compter du 1er juillet, cela signifierait l’arrêt complet des exportations de produits à base de viande crue préparée, comme les saucisses ou les «burgers» de la Grande-Bretagne vers les supermarchés d’Irlande du Nord. Une situation impensable pour le gouvernement, déjà sous pression par les unionistes et les loyalistes nord-irlandais, très attachés au maintien de l’Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni et qui demandent le retrait de la frontière en mer d’Irlande. Pour gagner du temps, Downing Street a affirmé vouloir repousser la date limite de la période de grâce à début octobre, ce qui reviendrait de fait à violer le droit international si Bruxelles s’y refuse, ce qui, pour le moment, est probable.

Intervention souhaitée de Joe Biden

Pourtant, le Premier ministre britannique Boris Johnson, ne s’était pas gêné de le faire une première fois en repoussant en mars dernier unilatéralement les contrôles pour certains produits, dont les agroalimentaires, ce qui a provoqué une action en justice de la part de Bruxelles. L’UE a promis «d’agir fermement et rapidement» si Londres ne respecte pas ses engagements au bout des vingt jours restants.

Désormais, les deux parties comptent sur l’intervention du président américain Joe Biden, qui doit atterrir ce mercredi soir au Royaume-Uni, afin de rencontrer Boris Johnson jeudi et de participer au sommet du G7 ce week-end. Le président américain, qui a des origines irlandaises, a déjà interpellé les deux parties à plusieurs reprises en leur enjoignant de trouver une solution rapidement dans le but de maintenir la paix entre les deux Irlande et d’éviter un retour à la violence.

Chacun estime que Joe Biden plaidera en sa faveur. D’un côté, les Européens espèrent que le président américain, qui est leur plus gros – et dernier – atout, fera pression sur Boris Johnson concernant le respect de ses engagements internationaux. De l’autre, certains membres du gouvernement britannique vantent déjà que le locataire de la Maison Blanche se rangera forcément de leur côté et dénoncera «l’inflexibilité bureaucratique» de Bruxelles. «Je pense qu’il y aura une vraie compréhension [de la part de Joe Biden]. N’importe quel gouvernement américain resterait abasourdi si vous lui suggériez, par exemple, qu’une saucisse du Texas ne pourrait pas être vendue à la Californie. Cela ne pourrait même pas être envisagé», a avancé mercredi le ministre de l’Environnement, George Eustice.

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