Il y a 44 ans, Bokassa se couronnait empereur de Centrafrique

© PIERRE GUILLAUD / AFP

À l'automne 1976, le mégalomane maître de Centrafrique décide que son peuple mérite amplement d'être gouverné par un empereur. Le 4 décembre, Jean-Bedel Bokassa instaure la monarchie et s'octroie le titre d'« empereur de Centrafrique par la volonté du peuple centrafricain, uni au sein du parti politique national », le MESAN. Son couronnement intervient un an plus tard, jour pour jour. Quelle cérémonie ! En comparaison, l'intronisation de la reine Elizabeth II ressemble à une fête de patronage.

Bokassa ne recule devant rien. Fan de Napoléon, il a reconstitué le faste du sacre de l'Empereur français, allant jusqu'à se faire tailler le même costume de cérémonie : une épaisse cape écarlate doublée de fourrure d'hermine blanche et d'une robe incrustée de perles sur laquelle il a fait broder au fil d'or des soleils et des abeilles. Très adapté au climat centrafricain ! La garde-robe impériale est signée Pierre Cardin. Son trône monumental couvert d'or représente un aigle. Quant à sa couronne, elle ne pouvait être que d'or pur, couverte de 7 000 carats de diamants. Valeur ? 5 millions de dollars. Le salaire mensuel de 50 000 fonctionnaires centrafricains. Bien sûr, l'impératrice et toute la famille impériale bénéficient des mêmes largesses. Pour transporter ses invités, le maître de Bangui commande 45 Mercedes en Allemagne et plus de trois cents voitures françaises.

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Après la cérémonie, l'empereur parcourt sa capitale, Bangui, dans un carrosse d'or et de bronze tiré par des chevaux de haras français, un modeste cadeau offert par la France. Valéry Giscard d'Estaing ne pouvait faire moins pour son ami qui le couvrait, lui et sa famille, de diamants. Et tant pis pour les deux chevaux qui meurent épuisés par la charge et par la chaleur. Giscard n'a tout de même pas osé faire le déplacement en personne, il a envoyé son ministre de la Coopération Robert Galley pour représenter la France.

Pour assister à son couronnement, Bokassa a lancé 10 000 invitations, mais aucun chef d'État n'a voulu participer à la mascarade, sinon le Premier ministre de l'île Maurice. Le musicien Manu Dibango assure le spectacle. Cent tonnes de nourriture sont englouties alors qu'une partie du pays meurt de faim. Pour financer sa modeste cérémonie qui équivaut au quart du budget annuel, Bokassa réduit les salaires des fonctionnaires et taxe encore plus ses sujets, forcément heureux de subvenir aux frasques de son Ubu roi. Le « cher cousin » Mouammar Kadhafi met la main à la poche.

Pas de bombe atomique pour lui

Le règne de Bokassa Ier ne dure que deux ans. La France finit par lâcher Bokassa quand celui-ci réclame la bombe atomique pour assurer la sécurité de la Centrafrique. L'empire disparaît avec lui, pour laisser la place à une République.

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