Cameroun : Équinoxe TV accusée d’« incitation à la révolte »

Après une édition de l’émission « Droit de réponse », le gouverneur de la région du Littoral a mis en garde le PDG de la chaîne, par courrier, contre des dérapages qu’il juge répétés…

© Damien Glez © Damien Glez © Damien Glez

« Incitation répétée à la révolte », « apologie de la violence », « commentaire de faits déformés » et même « effronterie » : dans une lettre datée du 18 mars dernier, le gouverneur de la région du Littoral et administrateur civil principal n’y va pas avec le dos de la cuillère. Samuel Ivaha Diboua s’adresse au PDG de la chaîne Équinoxe Télévision et s’insurge contre une ligne éditoriale qu’il juge « outrancière » depuis « plusieurs années ».

La goutte d’eau qui, selon lui, aurait fait déborder le vase de son agacement ? L’émission Droit de réponse diffusée le 28 février – que le gouverneur indique être un dimanche, alors que c’était un lundi. Parmi les échanges musclés que l’on a pu entendre sur ce plateau, l’auteur de la lettre indique avoir décelé, dans l’« analyse incongrue » d’un panéliste, un appel aux parents et aux élèves à rejoindre le mouvement d’humeur actuel des enseignants.

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Non seulement l’invitation présumée lui semble de nature à « obstruer les efforts du gouvernement dans la recherche d’une issue heureuse à la crise », mais le parallèle avec des manifestations de 2016 lui paraît dangereux, ces mouvements d’humeur ayant, à l’en croire, « débouché sur la crise sécuritaire et ses dérives extrémistes et sécessionnistes dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ».

Escarmouches en série

Phénomène logique, les internautes se sont instantanément engouffrés dans la brèche, saupoudrant la polémique de piment : pour le twittos Gabrielbessike1954, Équinoxe Télévision serait ainsi une « chaîne de talibans », tandis que Ggghj la considère au contraire comme « la chaîne du peuple ». D’autres ne voient dans les propos du gouverneur que gesticulations, à quelques jours d’un présumé remaniement…

Tempête dans un verre d’eau médiatique ou symptôme d’une volonté nationale de musellement ? D’apparence épidermique en dépit du nombre de jours que Samuel Ivaha Diboua a mis à réagir, sa lettre ne cite pas formellement les propos tenus lors de l’émission. Les menaces restent également imprécises, n’évoquant que vaguement la loi à appliquer « dans toute sa rigueur » en cas de récidive.

Dans sa réaction diffusée à l’antenne le 21 mars, le PDG d’Équinoxe Télévision, Séverin Tchounkeu, semble, pour sa part, plutôt stoïque, soulignant l’absence de « fait probant ». Évoquant, lui aussi, « des luttes de succession qui s’opèrent au sein de l’appareil gouvernant », il brandit l’étendard de son « indépendance » éditoriale.

En 2020, le ministre de l’Administration territoriale d’alors avait qualifié la chaîne de « radio de mille collines »

Le parcours d’Équinoxe TV n’a jamais été un long fleuve tranquille. En juillet 2008, la chaîne avait ainsi été fermée par les autorités du Cameroun. En 2020, le ministre de l’Administration territoriale d’alors avait menacé le groupe médiatique à la suite du relai d’un rapport de Human Rights Watch, et rappelé à la chaîne qualifiée de « radio de mille collines » que « celui qui vend les œufs ne cherche pas la bagarre »…

Anticipant l’invocation de la liberté d’expression, Samuel Ivaha Diboua précisait, dans la conclusion de son récent courrier, que celle-ci « est un sacro-saint principe » qui perd « tout son sens » lorsque le seuil de la provocation atteint l’intolérable. Comment ce nouveau rebondissement de la guerre des nerfs camerounaise va-t-il évoluer ? La suite au prochain épisode…

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