Chine: Reuters prouve l'utilisation des nouvelles technologies pour surveiller des cibles

Les caméras de surveillance de la porte Tiananmen, à Pékin, en juin 2020. © AP Photo/Ng Han Guan Les caméras de surveillance de la porte Tiananmen, à Pékin, en juin 2020.

Caméras de reconnaissance faciale et traçage des téléphones portables pour surveiller les journalistes et les étudiants étrangers, en Chine. Ce système commandé par la province centrale du Henan, selon l'agence Reuters, est le premier exemple connu de la mise en place d'un outil technologique personnalisé de répression des médias.

Avec notre correspondant à Pékin, Stéphane Lagarde

Voilà un document qui prouve ce que beaucoup soupçonnaient déjà : l'utilisation des nouvelles technologies dans la surveillance de cibles prédéfinies par les autorités chinoises, en l'occurrence ici les journalistes et les étudiants internationaux.

Ces 200 pages d'appel d'offres du gouvernement du Henan, consulté par Reuters, contiennent beaucoup d'informations. Le système permet de compiler des fichiers individuels. Il utilise 3 000 caméras de reconnaissance faciale connectées à des bases de données nationales et régionales ; des caméras capables de cerner un individu portant un masque ou des lunettes et dont les images sont exploitées par pas moins de 2 000 agents.

L'achat d'un billet de train, l'enregistrement à l'hôtel, déclenchent l'alerte auprès de différentes forces de sécurité prêtes à entrer en action.

Les journalistes sous surveillance

Ironie de l'histoire, cet appel d'offres portant sur un montant de près de 700 000 euros et attribué le 17 septembre à la société chinoise Neusoft, a été passé le 29 juillet dernier, après que les autorités locales ont perdu la trace des reporters et le contrôle du narratif.

Les inondations du Henan qui ont entraîné la venue des médias avaient alors provoqué pendant plusieurs jours des coupures d'électricité et des pannes de Wifi qui ont rendu les caméras aveugles. Et au retour du réseau, des journalistes de la BBC, de la Deutsche Welle, du Los Angeles Times, de l'Agence France-Presse et d'autres ont été la cible d'une campagne nationaliste sur la plateforme Sina Weibo, comme l'a rapporté le Club des correspondants étrangers en Chine.

L'appel d'offres indique que les journalistes sont classés en trois catégories : rouge, orange et vert, en fonction des risques perçus par les autorités.

Le « big data » surveille les Chinois

L'utilisation des nouvelles technologies pour rationaliser l'outil de surveillance étatique n'est pas nouveau, mais c'est la première fois selon Reuters qu'un document en apporte la preuve.

Cette surveillance des Chinois via le « big data » est sortie de l'ombre avec la pandémie de Covid-19. Dès l'hiver 2020, les sociétés d'intelligence artificielle et les professionnels de la surveillance s'étaient vantés de pouvoir scanner les rues à la recherche de personnes souffrant même de légère fièvre et de les signaler aux autorités.

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