En Italie, une présidentielle qui agite la peur du vide au gouvernement

Mario Draghi succèdera-t-il à Sergio Mattarella au palais Quirinale ? © Fournis par Liberation Mario Draghi succèdera-t-il à Sergio Mattarella au palais Quirinale ?

«Buongiorno, je suis le monsieur du bunga bunga.» La présentation est on ne peut plus directe. Mais à en croire la sénatrice ex-Cinq Etoiles Laura Granato, c’est la méthode employée par Silvio Berlusconi pour faire campagne en coulisse et au téléphone auprès de quelques-uns des 1 009 grands électeurs qui, à partir de lundi, entreront en conclave pour désigner le nouveau chef de l’Etat. Un scrutin par jour. Majorité qualifiée des deux tiers pour les trois premiers tours. Majorité simple par la suite.

Dans l’histoire de la République italienne, à trois reprises le président a été élu au premier essai, dont Carlo Azeglio Ciampi en 1999. Mais en 1971, il avait fallu 23 votes pour couronner Giovanni Leone. Cette fois, la désignation du successeur de Sergio Mattarella est hautement incertaine. Car il n’y a pas de majorité claire et que le sort du gouvernement Draghi est étroitement lié à l’élection.

Soutenu par plus de 80% des parlementaires lors de son investiture, l’actuel Premier ministre pourrait faire figure de favori. Si ce n’est que son élection provoquerait un vide à la tête de l’exécutif. Ce que redoutent nombre de députés et de sénateurs, qui craignent qu’une crise gouvernementale n’entraîne une impasse et des élections anticipées avant le terme normal de la législature au printemps 2023. La perspective d’un retour aux urnes fait notamment l’effet d’un épouvantail pour les membres du Mouvement Cinq Etoiles, en chute libre dans les sondages.

Berlusconi se présente en «exemple pour toute l’Italie»

C’est sur ce terrain fertile que Silvio Berlusconi, 85 ans, a engagé une opération séduction en promettant aux indécis d’éviter toute dissolution. Et il mène parallèlement une campagne d’autopromotion par des publicités dans la presse où il se présente entre autres comme «une personne bonne et généreuse», «un self-made-man, un exemple pour toute l’Italie». Reste que les chances du Cavaliere sont faibles et que certains de ses alliés commencent à faire part de leurs doutes. D’ici lundi, Silvio Berlusconi pourrait indiquer s’il s’obstine ou s’il se retire en bon ordre en suggérant un autre candidat.

Les états-majors des partis sont en tout cas mobilisés ces jours-ci dans deux directions. D’une part, pour tenter de trouver un remplaçant à Mario Draghi au gouvernement afin de garantir la continuité de la majorité d’union nationale en cas de victoire dans la course au Quirinal. De l’autre, pour dénicher un autre candidat à la présidence de la République qui pourrait faire consensus et permettre à Mario Draghi de rester à son poste actuel. Les noms de l’ex-Premier ministre Giuliano Amato ou de l’actuelle garde des Sceaux Marta Cartabia sont avancés.

Sergio Mattarella a, lui, fermement décliné l’hypothèse d’une réélection. Faute d’accord préalable entre les forces de la majorité, l’élection risque d’être une roulette russe avec des répercussions sur le gouvernement. Mario Draghi a averti : «Difficile d’imaginer une majorité qui se fracasserait sur le vote pour le Quirinal mais qui ensuite se recomposerait pour soutenir l’action du gouvernement.»

En Italie, une présidentielle qui agite la peur du vide au gouvernement