RDC: la réforme de la Commission électorale suscite de nombreuses critiques

Siège de la Céni à Kinshasa, le 9 janvier 2019 (photo d'illustration). © REUTERS/Baz Ratner Siège de la Céni à Kinshasa, le 9 janvier 2019 (photo d'illustration).

En République démocratique du Congo (RDC), la réforme de la Commission électorale votée vendredi 4 juin par l'Assemblée nationale pour tenter d'assurer la transparence des prochaines élections a provoqué l’ire de Martin Fayulu et de son allié Adolphe Muzito. 

Avec notre correspondant à Kinshasa, Pascal Mulegwa

Le texte avait déjà été discuté en amont entre les pro-Tshisekedi et les lieutenants du camp de Joseph Kabila, aujourd’hui l’opposition. Passé par la Commission politique, administrative et juridique (PAJ) de l’Assemblée nationale, il est passé comme une lettre à la poste. Une majorité écrasante de députés l’a adopté.

La principale pomme de discorde porte sur la composition du bureau de la Commission électorale. La société civile garde certes la présidence de l'institution, mais la majorité pro-Tshisekedi obtient quatre postes. Deux seulement ont été réservés à l’opposition. Ensuite, sur les quinze membres de la plénière, l’organe de délibération de la Céni, six seront issus de la majorité présidentielle, quatre de l’opposition et cinq de la société civile.

De fait, la mainmise des politiques n’a pas été abolie, de l’aveu même d'André Mbata, le président de la Commission politique, administrative et juridique de l’Assemblée nationale.

Ce député pro-Tshisekedi explique que la Céni « ne peut pas être dépolitisée totalement car, par nature, elle est en partie politique », soutient-il. Les pro-Tshisekedi font observer que la loi oblige les politiques qui seront désignés à ne plus participer aux activités de leurs partis. Dans la forme, ils ne peuvent être contraints ni à la démission, ni au diktat.

L'opposant Martin Fayulu dénonce « un forcing de Tshisekedi pour que le Parlement vote unilatéralement une loi taillée sur mesure afin de préparer la fraude électorale en 2023 ». Il menace de mobiliser la rue pour protester contre ce projet. Son allié, Adolphe Muzito, en appelle au consensus. « Nous sommes ouverts aux discussions. Il n’est pas tard pour corriger », déclare Adolphe Muzito.

Pour le mouvement citoyen, Lucha, cette loi « vient renforcer la mainmise des politiques sur la centrale électorale, et vient défier tous les efforts de lutte et du peuple », a déclaré Bienvenu Matumo, militant et l'un des communicateurs.

Silence pour le moment dans le camp Kabila. Les confessions religieuses qui militaient pour une Céni sans acteurs politiques ne se sont pas encore prononcées, mais la position des Nations unies est claire. « J’espère que la loi sur la réforme de la Céni va renforcer sa dépolitisation, son indépendance, la transparence du processus électoral et la recevabilité pénale de quiconque ne se conformera pas à la loi dans sa gestion », a déclaré jeudi 3 juin l'émissaire onusienne dans le pays et cheffe de la Monusco, Bintou Keita.

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