RDC – Félix Tshisekedi : deux ans pour convaincre

Après une année marquée par la rupture de son alliance avec Joseph Kabila, Félix Tshisekedi va devoir étoffer son action s’il veut être réélu.

Pour Félix Tshisekedi, 2021 aura été l’année de l’émancipation. Après deux ans d’une laborieuse cohabitation avec son prédécesseur, Joseph Kabila, il est parvenu à renverser la majorité à son avantage. Depuis avril 2021, c’est avec le gouvernement issu de sa nouvelle coalition, l’Union sacrée pour la nation (USN), que le président congolais poursuit un triple objectif : rattraper le temps perdu par ces deux années de coalition ; étoffer son bilan économique, diplomatique et sécuritaire ; et, surtout, préparer la conquête du second mandat auquel il s’est déjà déclaré candidat. Et les deux années qui le séparent des prochaines échéances électorales seront loin d’être un long fleuve tranquille. Après des mois de controverse, Tshisekedi a validé à la fin d’octobre le nouveau bureau de la Ceni.

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Le travail qui attend l’équipe dirigée par Denis Kadima paraît titanesque puisque le chef d’orchestre doit cette année avancer sur plusieurs chantiers, dont la révision du fichier électoral utilisé pour le scrutin de 2018 et le financement des élections. Tshisekedi a déjà sollicité l’aide de la communauté internationale. Mais celle-ci, après avoir partagé ses inquiétudes sur la désignation des membres de la Ceni, se montre de plus en plus inquiète sur la tenue des élections dans les délais. Kadima va également devoir composer avec une opposition rassemblée autour de la contestation de son bureau ainsi qu’avec une Église catholique suspicieuse et remontée.

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Le contexte dans lequel les prochaines élections vont se préparer va permettre d’en savoir un peu plus sur l’état de forme réel de l’Union sacrée. Moïse Katumbi, qui avait rejoint la nouvelle coalition de Tshisekedi pour isoler Kabila, nourrit lui-même des ambitions et s’affirme de plus en plus comme l’un des adversaires du président.

Sur le plan sécuritaire, Félix Tshisekedi a placé, en mai, les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu sous le régime de l’état de siège. Les forces de la RDC mènent, depuis le 30 novembre, une opération conjointe avec l’Ouganda contre les ADF dans le Nord-Kivu et l’Ituri. Dans leur rapport d’évaluation, les membres de la commission défense de l’Assemblée nationale ont dénoncé le fait que « la proclamation de l’état de siège n’a pas été sous-tendue par une planification d’actions stratégiques ». Selon les élus congolais, les massacres se sont même intensifiés pendant cette période. Mais Tshisekedi ayant fait de cette mesure l’un de ces choix forts tant vis-à-vis de l’opinion congolaise que de la communauté diplomatique, il n’a pour le moment pas prévu de faire marche arrière.

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Défis internationaux

En février, le président congolais bouclera son mandat à la tête de l’Union africaine. Là encore, le bilan est mitigé. Après avoir voulu impulser une nouvelle médiation dans le conflit qui oppose l’Égypte et le Soudan à l’Éthiopie, le président congolais n’est pas parvenu à trouver une issue à cette crise. Il prendra en août la tête d’une autre organisation diplomatique : la SADC.

Un sommet devrait être organisé à Kinshasa pour l’occasion. Le président congolais souhaite notamment profiter du poste pour pousser certains dossiers sécuritaires, notamment la lutte contre les groupes armés dans l’est de la RDC, sachant que certains pays membres de la SADC collaborent déjà au sein de la brigade d’intervention rapide de la Monusco.

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L’autre dossier sur lequel Félix Tshisekedi sera attendu est celui de l’économie. L’un des succès enregistrés par le président congolais en 2021 a été de concrétiser la signature d’un programme de financement de 1,5 milliard de dollars. Une enveloppe qui va permettre de répondre en partie aux importants besoins budgétaires du gouvernement dirigé par Sama Lukonde Kyenge.

Lors de son discours de politique générale, ce dernier a fixé à 36 milliards de dollars le budget nécessaire jusqu’en 2023. Par ailleurs, Félix Tshisekedi a devant lui un autre chantier censé permettre d’assainir les finances de l’État : la renégociation de plusieurs contrats miniers signés sous Kabila et jugés défavorables à l’État. La plupart sont des contrats conclus avec la Chine. Cette initiative a notamment le soutien d’un autre partenaire de la RDC : les États-Unis.

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