Confusion sur les listes d’attente en santé mentale

«Quand on est arrivés, il y avait une liste de 28 000 personnes en attente de services en santé mentale. On est en train de diminuer la liste, qui est rendue à 16 000», a déclaré le ministre Lionel Carmant lors d’un point de presse dans l’hôtel du Parlement le 2 novembre. © La Presse canadienne «Quand on est arrivés, il y avait une liste de 28 000 personnes en attente de services en santé mentale. On est en train de diminuer la liste, qui est rendue à 16 000», a déclaré le ministre Lionel Carmant lors d’un point de presse dans l’hôtel du Parlement le 2 novembre.

La confusion règne autour des listes d’attente pour des services en santé mentale. Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux Lionel Carmant a affirmé à l’Assemblée nationale mercredi que le nombre de personnes qui y figurent n’a pas augmenté de 20 % comme le rapportait Le Devoir, mais d’un « grand maximum de 5 % ». Or, il affirmait en point de presse le 2 novembre que 16 000 personnes étaient en attente, contre près de 19 000 à la fin février, le plus récent chiffre fourni par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

« Quand on est arrivés, il y avait une liste de 28 000 personnes en attente de services en santé mentale. On est en train de diminuer la liste, qui est rendue à 16 000. » C’est ce que déclarait le ministre Lionel Carmant lors d’un point de presse dans l’hôtel du Parlement le 2 novembre. Il répondait alors aux questions des journalistes à la suite de l’annonce d’un investissement de 100 millions de dollars en santé mentale.

« Lors de ce point de presse, le ministre faisait référence aux derniers chiffres qu’il avait en main à ce moment-là, dit son attachée de presse Sarah Bigras. [Mercredi], au Salon bleu, le ministre faisait référence aux données réelles de novembre. » Le cabinet n’a toutefois pas fourni au Devoir le chiffre de novembre, comme demandé. Si l’on se fie à la hausse de 5 % évoquée, le nombre de personnes en attente tournerait autour de 18 000.

« Nous avons depuis peu une mise à jour chaque semaine, ce qui nous permet de suivre de façon plus serrée les listes d’attente », indique toutefois Sarah Bigras.

Le Devoir a demandé à obtenir ces plus récentes données. Dans un courriel, l’attachée de presse du ministre a finalement envoyé le « dernier chiffre officiel » du MSSS datant de la fin février. Or, le ministre Lionel Carmant a indiqué, lors des crédits budgétaires la semaine dernière, que 19 250 personnes figuraient sur une liste d’attente pour des services en santé mentale en date du 14 avril.

Cette donnée provient d’une compilation manuelle, indique Sarah Bigras. « Les mises à jour officielles et consolidées des établissements sont générées tous les deux mois », dit l’attachée de presse, précisant au passage qu’avant août 2019, aucune liste d’attente n’était disponible.

Pour le député libéral David Birnbaum, porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé mentale, les listes d’attente actuelles sont de la « poudre aux yeux ». « Ce qui me préoccupe, c’est : est-ce que le ministère a un portrait fiable du problème ? C’est une question très importante. Ces listes ne sont pas de la paperasse. »

Lors des crédits budgétaires, David Birnbaum a notamment demandé quel pourcentage des gens sur les listes d’attente en santé mentale a reçu une première intervention dans un délai de 15, 30 ou 60 jours. « La réponse à toutes ces questions a été que les données ne sont pas disponibles, dit-il. C’est essentiel qu’on prenne la mesure du problème pour évaluer si les programmes sont à la bonne place. »

Le député Sol Zanetti, porte-parole en matière de services sociaux à Québec Solidaire, estime que les listes d’attente actuelles « ne représentent pas nécessairement toute la réalité ». « Que ce soit [une hausse de] 5 % ou de 20 %, le fait que ces listes augmentent alors que des stratégies sont employées pour les réduire plus ou moins artificiellement, c’est déjà catastrophique », dit-il.

En Montérégie-Est, des membres de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) font notamment des appels de courtoisie auprès des usagers afin que leur nom disparaisse de la liste d’attente, signale Émilie Charbonneau, représentante nationale pour l’APTS dans cette région.

« Dans un sondage qu’on a mené auprès d’une soixantaine de membres avant Noël, 66 % des gens mentionnaient que leur gestionnaire avait mis en place des stratégies pour baisser artificiellement les listes d’attente », précise-t-elle.

De son côté, le député péquiste Joël Arseneau, porte-parole en matière de services sociaux, fait remarquer que la liste d’attente a augmenté après l’annonce de l’investissement de 100 millions de dollars, dont 25 millions sont consacrés à la réduction des listes d’attente grâce à des contrats conclus avec des psychologues dans le privé.

L’argent n’a pas encore « atterri » sur le terrain, observe-t-il. « J’ai l’impression que les réflexes de la machine administrative et bureaucratique sont tels qu’on est incapables d’être dans l’action rapide et urgente que commande la pandémie, Joël Arseneau. On a eu de la difficulté à mettre les priorités à la bonne place en début de pandémie. Les réflexes n’étaient pas aiguisés sur les commandes de matériel et ainsi de suite. Et là, je pense qu’on revit la même chose en santé mentale. »

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