Une tempête parfaite souffle sur le régime cubain

Des manifestations inédites antigouvernementales ont eu lieu dimanche dans plusieurs villes cubaines, dont dans la capitale, La Havane. © Yamil Lage Agence France-Presse Des manifestations inédites antigouvernementales ont eu lieu dimanche dans plusieurs villes cubaines, dont dans la capitale, La Havane.

Au lendemain des manifestations massives et inédites appelant à la fin du régime communiste à Cuba, le président cubain, Miguel Díaz-Canel Bermúdez a accusé lundi les États-Unis de soutenir la crise sociale en cours par ses politiques d’« asphyxie économique » du pays des Caraïbes et par son financement du mouvement prodémocratique cubain.

Ébranlé, le régime a également réitéré son appel aux « forces révolutionnaires » et à « tous les communistes » pour qu’ils « prennent la rue » afin de mater cette contre-révolution nourrie par une crise économique et sociale sans précédent.

« Que cherchent-ils ? Provoquer des troubles sociaux, provoquer des incompréhensions » chez les Cubains, mais aussi « le fameux changement de régime », a dénoncé le président cubain lors d’une apparition à la télévision nationale, entouré de plusieurs de ses ministres.

Selon lui, les manifestations de dimanche dans plusieurs villes cubaines, dont la capitale, La Havane, « ont obtenu la réponse qu’elles méritaient et elles vont continuer à l’avoir, comme au Venezuela », grand allié de Cuba, où le président contesté Nicola Maduro résiste depuis plus de deux ans à la pression de courants prodémocratiques, avec l’aide de l’armée.

« Il est difficile de prévoir la suite des choses, mais le système cubain est peut-être arrivé à un point possible de rupture, laisse tomber à l’autre bout du fil l’anthropologue Sabrina Doyen, spécialiste de Cuba à l’Université Laval. Les problèmes économiques, la très grande insatisfaction des Cubains face à un contexte social qui se dégrade sont en train de former une tempête parfaite ».

Cuba fait face à une crise majeure depuis les 30 dernières années, induite en partie par l’absence de tourisme — et de leur devise — provoqué par la pandémie de COVID-19, mais également par l’accentuation sous l’administration de Donald Trump des sanctions américaines ciblant l’État insulaire des Caraïbes. Une réforme du système monétaire du pays, où deux monnaies étaient en circulation jusqu’à la décision prise au début de l’année de ne maintenir que le peso cubain a également entraîné une inflation des prix à la consommation.

Les pénuries de nourriture, de médicaments, d’essence rythment désormais le quotidien des Cubains qui doivent composer par ailleurs avec des coupures d’électricité pouvant durer 12 heures par jour. Le contrôle des entrées d’argent envoyé par les familles vivant à l’étranger — les « remesas », source de revenus importante pour des milliers de Cubains — a attisé une colère. Une colère qui depuis 2018, et l’arrivée de l’Internet mobile sur l’île, s’exprime désormais sur les réseaux sociaux qui ont donné dimanche de l’écho aux manifestations et de l’ampleur à la mobilisation.

Lundi, ce réseau numérique avait été interrompu par les autorités. Le mouvement anticommuniste à Cuba est hautement symbolique dans un pays qui réprime lourdement ce genre d’attaque contre le régime castriste qui s’est installé il y plus de 60 ans. Les seules manifestations autorisées sont celles à la gloire du parti communiste cubain.

Un soutien américain


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