Une partie de l’Amazonie émet plus de CO2 qu’elle n’en absorbe

La déforestation, les incendies et la crise climatique menacent plus que jamais l’Amazonie. © Carl de Souza Archives Agence France-Presse La déforestation, les incendies et la crise climatique menacent plus que jamais l’Amazonie.

Frappée par la crise climatique et une déforestation qui la détruit un peu plus chaque jour, une partie de la forêt amazonienne produit désormais davantage de gaz à effet de serre qu’elle ne parvient à en absorber. Un revirement de situation qui laisse présager le pire pour la lutte contre le réchauffement planétaire.

La région de l’Amazonie abrite les forêts tropicales les plus importantes de la planète. Celles-ci constituent non seulement un écosystème d’une très grande richesse, mais elles absorbent aussi une importante quantité des émissions de gaz à effet de serre (GES) imputables à l’activité humaine. Selon les données disponibles, les zones boisées et les sols contiendraient plus de 450 milliards de tonnes de CO2.

Or, ce « puits de carbone » accuse un « déclin » marqué, en raison de la déforestation et des impacts du réchauffement climatique, rappelle une nouvelle étude scientifique publiée dans le magazine Nature. Les impacts sont tels que la portion sud-est de cette immense forêt est devenue émettrice « nette » de CO2 dans l’atmosphère, conclut cette même étude, en s’appuyant sur des données récoltées dans 590 échantillons de CO2 recueillis à différentes altitudes, et ce, de 2010 à 2018.

Selon les auteurs de cette étude internationale, cette situation d’émission nette de GES découlerait directement du fait que cette partie du territoire forestier a subi les pires impacts de la déforestation au cours des 40 dernières années, essentiellement pour faire place à l’élevage de bétail et à des cultures, notamment celle du soya.

Dans certains secteurs de l’est de l’Amazonie, pas moins de 37 % des zones boisées ont disparu au cours des dernières décennies, peut-on lire dans l’étude. Et globalement, la déforestation en Amazonie entre 2000 et 2018 a atteint 513 016 km2, une surface aussi grande que l’Espagne, amputant de 8 % cette forêt tropicale. Environ 20 % de la forêt amazonienne, qui recouvre plus de cinq millions de kilomètres carrés, ont été rasés depuis 1970.

Les feux de forêts, qui sont en majorité d’origine humaine, contribuent aussi à la destruction de l’Amazonie. Uniquement dans la portion brésilienne, 103 000 feux ont été dénombrés en 2020, soit une augmentation annuelle de près de 16 % par rapport à 2019. Cette année, les mois de mai et de juin battent des records qui remontaient à 2007, en termes de nombre de foyers d’incendies.

Le réchauffement climatique est par ailleurs devenu un facteur important dans l’équation, soulignent les auteurs de l’étude. Il faut dire que les températures en Amazonie pendant la saison sèche ont gagné près de 3 °C par rapport à l’ère préindustrielle, soit près de trois fois plus que la moyenne mondiale.

Point de non-retour

La combinaison de tous ces facteurs « remet en cause la capacité des forêts tropicales à séquestrer à l’avenir de larges volumes de CO2 dérivés des énergies fossiles », soulignait mercredi Scott Denning, de l’Université du Colorado, dans un commentaire publié également dans Nature et cité par l’Agence France-Presse.

Une autre étude récente, utilisant une autre méthodologie, est parvenue à la conclusion que l’Amazonie brésilienne a rejeté entre 2010 et 2019 près de 20 % de plus de CO2 qu’elle n’en a absorbé.

Avec la fonte des calottes glaciaires, le dégel du permafrost ou la disparition des récifs coralliens, le dépérissement de la forêt amazonienne fait partie des « points de bascule » identifiés par les scientifiques comme des éléments clés dont la modification substantielle pourrait entraîner le système climatique vers un changement dramatique et irrémédiable.

Dans une étude publiée en mars 2020 dans Nature Communications, des chercheurs soulignaient d’ailleurs que la forêt amazonienne s’approche déjà d’un point de non-retour, puisque les bouleversements du climat pourraient transformer cette vaste région en une savane aride d’ici quelques décennies.

Une partie de l’Amazonie émet plus de CO2 qu’elle n’en absorbe