L'effondrement du métro de Mexico était une catastrophe annoncée

© Fournis par La Presse Canadienne

MÉXICO — La ligne de métro qui s'est effondrée à Mexico cette semaine était gangrenée par les problèmes et mal conçue depuis le jour de son inauguration en 2012. On ne s'attendait tout de même pas à ce qu'elle s'écroule en tuant 25 personnes.

Les passagers comme les autorités en étaient venus à craindre que le crissement et le sursaut des roues dans les courbes étroites n'usent prématurément les rails, laissant craindre un risque de déraillement. Mais pas de voir la ligne carrément s'effondrer.

Il reste que selon un rapport officiel de 2017 portant sur des dommages causés par un séisme de magnitude 7,1, des vices de construction avaient été décelés et auraient dû entraîner la fermeture immédiate du service, révèle un ingénieur en structures d'expérience.

Selon Jose Antonio Lopez Meza, les problèmes décrits dans le rapport sur le réseau du métro – l'affaissement d'une structure d'acier trop faible près du lieu de l'accident – constituent le genre de facteurs qui auraient pu contribuer à l'effondrement de lundi. Plutôt que de fermer le métro, les autorités ont choisi une solution rapide en soudant des barres de soutien sous les poutres pliées pour maintenir le service.

«Ici, au Mexique, rien n'est pris en main jusqu'à ce qu'il y ait une tragédie», a commenté M. Lopez Meza, consultant en génie sismique et de structure.

Les autorités ne s'intéressaient pas aux vices de structure parce qu'ils en avaient déjà plein les bras depuis une décennie pour seulement garder le métro sur ses rails et éviter une tragédie encore plus tragique que celle de lundi dernier impliquant deux voitures.

La section la plus récente

Construite au coût de 1,3 milliard $ US, la ligne 12 est la plus récente section du vaste réseau du métro de Mexico, mais son destin tragique semblait prévisible dès le départ. Les coûts de construction de cette «ligne Or» ont explosé, les délais se sont multipliés, des allégations de défauts de conception, de corruption et de conflits d'intérêts ont circulé.

L'un des hauts dirigeants de l'une des firmes mandatées pour la construction était aussi le frère du responsable du projet au sein du gouvernement.

Le scandale au sujet de la fermeture forcée de la toute nouvelle ligne, en 2014, à peine 17 mois après son inauguration, a essentiellement provoqué l'exil politique du maire de Mexico Marcelo Ebrard jusqu'à ce qu'il soit ramené au-devant de la scène par le président Andres Manuel Lopez Obrador, qui l'a nommé secrétaire aux Relations internationales en 2018.

L'actuelle mairesse, Claudia Sheinbaum, a annoncé mercredi que toutes les structures surélevées de la ville (ponts, lignes de métro) feraient l'objet d'inspections. Plusieurs de ces constructions ont été érigées selon les mêmes méthodes que la structure en cause dans la tragédie.

D'autres rapports de firmes de génie ont révélé au fil des ans que l'administration de l'ancien maire Marcelo Ebrard avait fait une série de mauvais choix au moment de la conception de la ligne 12 entre 2008 et 2012.

Selon les experts, les courbes anormalement serrées ont exacerbé les problèmes du métro à roues sur rails d'acier. Un modèle qui ressemble davantage au système new-yorkais que le reste du réseau de Mexico, plutôt semblable au modèle européen de pneus de caoutchouc.

La ligne était connue pour grincer et brasser, forçant les chauffeurs à réduire leur vitesse jusqu'à 5 km/h dans certaines sections. Le service avait dû être interrompu en 2014 pour remplacer des rails ou les redresser.

Cinq mètres de haut 

À la suite d'enquêtes sur la corruption autour du projet, 38 fonctionnaires ont été mis à l'amende ou ont reçu d'autres sanctions, incluant des accusations criminelles.

Malgré tout, les divers rapports n'avaient rien révélé d'inquiétant au sujet de la ligne surélevée jusqu'au tremblement de terre de 2017 et au dépôt de plaintes du voisinage. C'est là qu'on a découvert l'état de la structure.

La ligne s'élève à environ cinq mètres au-dessus d'une route de la banlieue sud de Tlahuac. Des colonnes de béton armé soutiennent des poutres d'acier horizontales qui, elles, supportent les caissons de béton préfabriqué accueillant les rails. C'est l'une de ces poutres horizontales qui aurait apparemment cédé, lundi, plongeant les voitures sur la voie passant en dessous.

Tout près de là, un rapport de 2017 avait noté des dommages importants causés par un séisme. On décrivait que la base d'une colonne verticale s'était fissurée et avait perdu une partie de son revêtement de béton parce qu'elle n'était pas suffisamment solidifiée.

Pour l'ingénieur Jose Antonio Lopez Meza, l'élément le plus inquiétant demeure cependant l'état de la poutre d'acier horizontale qui, selon le rapport de 2017, s'était détachée de ses ancrages au sommet d'une des colonnes. «C'est un signal d'alerte», observe-t-il en martelant que la ligne aurait dû être mise à l'arrêt afin d'être réparée convenablement.

La mairesse Claudia Sheinbaum a refusé de spéculer sur les possibles causes de l'effondrement du métro, mais a promis qu'une enquête approfondie serait menée. «Nous ne cacherons rien», a-t-elle juré.

Une promesse dont doute fortement M. Lopez Meza. «On ne saura jamais la vérité. Ils vont trouver un bouc émissaire, la personne la moins importante, et ils vont la tenir responsable.»

- Par Mark Stevenson, The Associated Press

La Presse Canadienne

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