Québec cède un immeuble de 1752 à un groupe immobilier

Cette bâtisse est la seule du genre en l’état à laquelle le public pouvait avoir accès. © Paul VanDerWerf Creative Commons Cette bâtisse est la seule du genre en l’état à laquelle le public pouvait avoir accès.

Un décret du gouvernement du Québec autorise le Musée de la civilisation à céder à une entreprise privée, le groupe Tanguay, un immeuble du XVIIIe siècle situé au cœur du Petit-Champlain. La Maison Chevalier, un des bâtiments patrimoniaux possédés par l’État depuis le plus longtemps, est vendue à un groupe immobilier dirigé par Alexandre Tanguay, fils d’une famille de marchands de meubles bien connus. Cet immeuble érigé en 1752, le seul du genre en l’état auquel pouvait avoir accès le public, deviendra le siège social de l’entreprise.

Le 25 février 2021, la ministre de la Culture a refusé d’empêcher la vente de cet immeuble. L’État l’avait acquis en 1956 à la suite de recommandations répétées de la part d’experts.

À l’époque, le lieu avait été laissé dans un quasi-abandon depuis l’entre-deux-guerres. Il fut considéré par le gouvernement Duplessis comme une priorité de le restaurer et de le protéger au bénéfice de toute la société. L’important travail de réhabilitation du lieu fut confié à Gérard Morisset. Le résultat de cette entreprise constitue un des accomplissements majeurs de cet historien de l’art dont un grand prix du Québec porte désormais le nom pour récompenser une carrière consacrée à la protection et à la mise en valeur du patrimoine.

Le Musée de la civilisation se départit de ce bâtiment bien qu’il décrive lui-même le lieu comme « un fleuron de l’architecture typique des bâtiments de la Nouvelle-France ». Au fil du temps, l’État a investi des sommes importantes dans cet édifice qui conserve aujourd’hui son classement. Pour justifier cette décision, le Musée de la civilisation a indiqué au Devoir que cette maison de 1752, avec ses nombreux escaliers et sans ascenseur « n’est pas accessible aux personnes à mobilité réduite dans sa configuration actuelle ». C’est « dans un esprit de saine gestion » et compte tenu du « bas taux de fréquentation » des lieux que « des investissements majeurs pour corriger toutes ces lacunes » n’ont pas été entrepris.

Le Musée de la civilisation a expliqué au Devoir que depuis 2015, l’engagement de l’institution envers le lieu se limitait à la « location d’espaces administratifs ou de réunion pour différents organismes ou organisations ». Selon le service de communication du musée, il n’était guère possible de réaliser des expositions en ce lieu en raison de difficultés pour la conservation. C’est néanmoins en ces lieux qu’ont eu lieu les premières expositions de l’institution.

Le site Internet du Musée de la civilisation présentait encore hier la visite de cette maison comme « une expérience concrète et authentique » pour « apprécier le quotidien des habitants de cette demeure et de la place Royale au fil du temps », tout en assurant les citoyens qu’il s’agit d’« une activité incontournable pour les amoureux d’histoire ».

L’entreprise privée a l’intention de transformer l’endroit dans le respect des normes de protection que la loi lui impose.

De vives inquiétudes

L’ancien directeur du Musée de la civilisation et ancienne tête dirigeante de Société des musées québécois, Michel Côté, donne un tout autre son de cloche. Il se désole de cette vente qui, pour lui, constitue une incohérence faite au détriment de la préservation et de la valorisation de l’histoire du Québec. Michel Côté ne s’explique tout simplement pas la décision de vendre ce bâtiment.

« La Maison Chevalier était la seule maison de la place Royale que le public pouvait découvrir de l’intérieur ; le musée y exposait ses collections de patrimoine mobilier et les accessoires de la vie de tous les jours du XVIIIe au XXe siècle et y tenait des activités de médiation culturelle. »

Selon l’ancien gardien de l’institution, « nous ne pouvons que nous inquiéter de cette vente qui nous semble incohérente avec une politique patrimoniale axée sur la valorisation d’espaces d’interprétation régionaux ».

Le rapport annuel 2015-2016 du Musée de la civilisation souligne que le Musée de la place Royale, fermé depuis, y avait accueilli plus de 113 000 visiteurs, tandis que la Maison Chevalier et ses voûtes y avaient reçu de leur côté plus de 60 000 visiteurs.

Avec Catherine Lalonde

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