Un aperçu de la vie sans Carey Price et Shea Weber

Shea Weber (à droite) a enfin pu aller féliciter le gardien Carey Price pour sa victoire, mardi. © Jean-Yves Ahern-USA TODAY Sports Shea Weber (à droite) a enfin pu aller féliciter le gardien Carey Price pour sa victoire, mardi.

C’est plutôt contraire au plan. Toute la stratégie élaborée par la haute direction du Canadien repose encore sur Carey Price et Shea Weber, mais les circonstances fournissent l’occasion de voir à quoi ressemblerait la vie sans eux.

Trois matchs sans les deux piliers simultanément, c’est un bien petit échantillon, il est vrai.

N’empêche que le CH a fait fort bonne figure en l’absence combinée de son gardien vedette et de son défenseur numéro un. Coïncidence? Peut-être. Probable même. Ce n’est certainement pas parce qu’ils sont absents que les Montréalais ont retrouvé de leur superbe, évidemment.

Or, le jour viendra où cet arrière de bientôt 36 ans et ce portier de bientôt 34 ans ne pourront plus transporter l’équipe sur leurs épaules. Il s’en trouvera certains pour dire que c’est déjà le cas.

Leur ascendant, à l’image de celui de Brendan Gallagher, demeure toutefois colossal, même si la qualité de leurs prestations ont été un peu moins centrales dans les succès de l’équipe, récemment à tout le moins.

Perdre ce type de joueurs alors que le groupe lutte pour sa survie a de quoi démoraliser.

«Quand Webby (Weber), Gally (Gallagher) et Pricer (Price) sont tombés au combat, ça a affecté certains gars. C’est l’occasion de te regarder dans le miroir et tu te dis : "C’est notre chance de réussir quelque chose". Gagner rend ça plus agréable. Avec ce que Cole a fait ces deux derniers matchs et Suzy qui a l’air d’un premier centre, ça amène une bonne ambiance présentement», a expliqué Jake Allen.

Au cours des cinq saisons où ils ont été coéquipiers, Price et Weber ont souvent été blessés, mais rarement en même temps.

En fait, avant la séquence actuelle, le CH avait disputé seulement 17 rencontres en l’absence simultanée des deux joueurs. Il n’a remporté que 5 de ces 17 duels et a maintenu un rythme de croisière de ,441 au passage (5-7-5).

C’était avant les trois victoires de suite des derniers jours.

Cole Caufield a un flair pour les grandes occasions. © Minas Panagiotakis/Getty Images Cole Caufield a un flair pour les grandes occasions.

Tous les joueurs affirmeront toujours leurs grands dieux qu’une blessure, si démoralisante et décourageante soit-elle pour les coéquipiers de l’infortuné, fournit une occasion aux autres de prendre leur place, de démontrer dans quelle pierre ils sont taillés.

Dans ce cas-ci, le CH peut tester la profondeur de son attaque, la régularité de son gardien auxiliaire, la capacité de Joel Edmundson, de Jeff Petry, de Ben Chiarot et d’Alexander Romanov d’abattre davantage de boulot. C’est tantôt brillant (Petry), tantôt chaotique (Romanov), mais l’apprentissage s’accélère, tout comme la prise d’informations sur la valeur du groupe. Précieux tout cela.

«On va avoir du succès tout le monde ensemble. Perdre des joueurs clés comme eux et voir la réaction du groupe. Il y a eu des périodes plus difficiles. On a eu un creux. Même si on a connu des difficultés, on ne s’est pas effondré, on est restés accrochés comme groupe», a lancé Dominique Ducharme après l’entraînement mardi.

«Les acquisitions, les jeunes qui arrivent. C’est un nouveau groupe qui apprend à gagner ensemble. De passer à travers cette adversité-là fait de notre groupe, un groupe encore plus fort», a estimé l’entraîneur-chef avant d’ajouter que «c’est bien que tout le monde soit impliqué» à l’aube des séries éliminatoires.

Aussi étonnant que ça puisse paraître, il y aura, un jour, une vie sans Carey Price et Shea Weber. À plus court terme, il y aura un univers dans lequel les deux vedettes n’occuperont peut-être plus le devant de la scène.

Impossible de savoir si ce scénario se rapproche ou s’il attendra plusieurs années, mais l’on sait qu’il arrivera. Le vrai plan, au fond, ne devrait-il pas d’être prêt à assurer la transition en douceur lorsque le temps viendra, tout en tentant de profiter de leurs élans d’excellence aujourd’hui?

Leur absence actuelle offre à tout le moins une occasion d’y réfléchir.

Le CH prépare sa relève depuis trois ans déjà et une partie du travail de l’état-major commence à porter fruit. Caufield en est un bon exemple. Suzuki et Romanov en sont d’autres. Jesperi Kotkaniemi, lui, inquiète davantage.

Retour au centre

L’expérience à l’aile gauche de Phillip Danault et de Josh Anderson n’ayant pas été concluante – Ducharme a cloué Kotkaniemi au banc pendant les huit dernières minutes du match et en prolongation – l’entraîneur l’a renvoyé au centre mardi, à l’entraînement.

Tandis qu’un peu tout le monde prend son envol, particulièrement les jeunes pousses, Kotkaniemi stagne, voire semble régresser un brin et, dans son cas, contrairement à ce que soutient MC Solaar, prendre du recul n’équivaut pas nécessairement à prendre de l’élan.

Ducharme a été bombardé de questions sur le jeune homme. Pourquoi est-il de retour au centre? Est-ce normal de le voir encore connaître ce genre de creux de vague? Le problème est-il davantage entre les deux oreilles? Prend-il trop de temps à dégainer quand il a la rondelle? Est-ce une cause ou une conséquence?

Un peu plus et l’entraîneur était soumis à la question.

Toujours est-il que Kotkaniemi n’a qu’une passe à ses 14 derniers matchs, aucun but à ses 19 derniers. Surtout, on semble peiner à lui attribuer un rôle stable, plus encore depuis les nombreuses blessures (quatre avants partants manquent à l’appel), ce qui est singulier.

«C’est normal, a expliqué Ducharme. Il a progressé dans tous ces matchs. C’est encore un jeune joueur. ll a une meilleure idée de ce qu’il doit faire pour avoir du succès. Ce n’est pas facile à faire tous les soirs. On est là pour travailler avec lui et pour l’aider à atteindre ce niveau. Ça ne se fait pas en un clic. Il a des hauts et des bas, il va s’en sortir et s’en sortir plus fort.»

Ducharme a ensuite fait une comparaison avec Suzuki et les turpitudes qu’il a surmontées.

Visiblement, Kotkaniemi cherche encore les bons ingrédients, ce qui ne veut pas dire que le mets principal sera raté pour autant.

En rafale

Jake Allen a distribué les fleurs avec allégresse mardi midi.

Nick Suzuki? «Il a l’air d’un centre numéro un.»

Cole Caufield? «Une vedette en devenir.»

Joel Edmundson? «Il joue le hockey le plus solide que je l’ai vu jouer dans sa carrière.»

Cette dernière affirmation est loin d’être banale de la part du gardien qui a joué derrière le grand numéro 44 pendant quatre saisons à Saint Louis et avec qui il a remporté une Coupe Stanley. Il a vanté son travail lors de cette conquête de 2019. En compagnie de Colton Parayko, Edmundson se chargeait de réduire au silence les meilleurs trios adverses, a raconté Allen.

Vérification faite, il a surtout joué avec Parayko en saison, tandis qu’Alex Pietrangelo a été son partenaire principal à la ligne bleue pendant les séries éliminatoires. Edmundson était le quatrième défenseur le plus utilisé par l’entraîneur Craig Bérubé, mais ne jouait à peu près pas sur les unités spéciales, tandis qu’il passe, en moyenne, 2 min 21 s en désavantage numérique avec le Canadien. Il est toujours quatrième pour le temps d’utilisation chez les arrières, mais comme celui-ci est bien plus équitablement réparti, il joue près de 4 minutes de plus en moyenne à Montréal par rapport aux séries avec les Blues.

Bref, selon les propos d’Allen, l’on comprend que la fiabilité de son jeu aide justement à palier les absences majeures comme celle de Weber.

Tyler Toffoli aussi donne un sérieux coup de pouce à ses coéquipiers. L’Ontarien a marqué dans sept de ses huit derniers matchs et totalise maintenant 28 buts en 48 rencontres.

Il a admis espérer atteindre le plateau des 30 buts pour la seconde fois.

«C’est un tourbillon cette saison […] J’aimerais surtout marquer plus de buts en séries qu’en saison», a-t-il spécifié. Il en aura l’occasion.

Il n'y a eu que peu de changements à l'entraînement par rapport au match de lundi soir. Caufield a été inséré à la gauche de Danault et Anderson, là où logeait Kotkaniemi. Le Finlandais, pour sa part, a été replacé au centre du troisième trio avec Artturi Lehkonen à sa gauche et Jake Evans à sa droite.

Aucun des blessés n'a participé à l'entraînement complet, mais l'on nous a rapporté que Weber, Tomas Tatar et Brendan Gallagher ont patiné avant le reste du groupe en matinée.

Carey Price, lui, devrait sauter sur la glace mercredi, a fait savoir Ducharme. Le gardien ne sera pas du voyage à Ottawa, mais devrait rejoindre le groupe plus tard cette semaine à Toronto.

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