Renforcement de la loi 101 : le Mouvement Québec français exige des cibles chiffrées

Maxime Laporte est président du Mouvement Québec français. Par le passé, il a également été président de la Société Saint-Jean-Baptiste et candidat à l'investiture du PQ dans Pointe-aux-Trembles (photo). © Graham Hughes/La Presse canadienne Maxime Laporte est président du Mouvement Québec français. Par le passé, il a également été président de la Société Saint-Jean-Baptiste et candidat à l'investiture du PQ dans Pointe-aux-Trembles (photo).

S’il veut vraiment protéger et promouvoir la langue française, le gouvernement Legault devra se doter de cibles claires et d’indicateurs objectifs, soutient le Mouvement Québec français (MQF), alors que sera déposé aujourd'hui le très attendu projet de loi visant à renforcer le français.

Curieusement, dans le dossier de la protection de la langue française au Québec, il se trouve que c'est assez rare qu'on fasse état d'objectifs clairs, quantifiables, mesurables, bref de cibles à atteindre», fait valoir le président du Mouvement Québec français, Maxime Laporte, en entrevue à Radio-Canada.

Il donne en exemple le dossier des changements climatiques : le Québec s’est engagé à réduire ses émissions de 37,5 % sous le niveau de 1990 d’ici 2030 et l’inventaire des gaz à effet de serre publié chaque année permet de suivre sa progression.

En matière de changements climatiques, les cibles sont au cœur du discours; lorsqu'il s'agit d'équité salariale, les cibles sont au cœur», souligne M. Laporte. Sur l’enjeu du français au Québec, c'est comme si on naviguait à l'aveugle, sans se donner de cap précis. Or, il faut bien en avoir un, c'est là tout l'enjeu.»

Des indicateurs clairs

Afin de juger du progrès ou du recul du français, le MQF propose de tenir compte d’indicateurs comme la langue parlée le plus souvent à la maison, la langue le plus souvent parlée au travail et la part du français dans les transferts linguistiques des allophones.

Le mouvement plaide pour que les données du recensement de 2016 servent de point de référence. Si, d’ici 2026, le français recule, il faudra conclure à l’échec de la réforme promise.

Selon lui, on s’est trop souvent contenté, ces dernières années, de souligner les efforts consentis, sans se soucier des résultats obtenus : Au fond, on se trouve à multiplier les vœux pieux, à ergoter sur des moyens d'action, sur des mesures à prendre, mais on est incapables véritablement de mesurer l'efficacité de toutes ces mesures puisqu'au fond, on omet de dire où on s'en va, quel est notre objectif.»

Une bonne idée

Le professeur de démographie à l’Institut national de la recherche scientifique et président de l’Association des démographes du Québec, Alain Bélanger, estime lui aussi qu’il faudrait établir des cibles claires.

À son avis, l’indicateur le plus significatif est la proportion des transferts linguistiques qui se font vers le français chez les immigrants de seconde génération.

Ce qui devient de plus en plus important dans la dynamique démolinguistique, c'est vraiment l'immigration, qui prend une place de plus en plus importante dans la croissance totale de la population, et les choix linguistiques que feront les nouveaux arrivants», estime le démographe.

Passée de 10 % avant l’adoption de la loi 101 à 55 % ces dernières années, cette proportion devrait atteindre 90 % pour préserver l’équilibre linguistique actuel.

Il ajoute que d’autres indicateurs, comme la langue parlée à la maison ou au travail, ont aussi leur importance.

Plus facile à dire qu’à faire

S’il estime louable l’objectif qui sous-tend pareille proposition, le démographe Marc Termote exprime toutefois des réserves quant à son application. Il voit mal comment les experts, les politiciens et la société civile pourraient s’entendre sur des cibles valables.

Ces cibles vont varier selon qu’on parle d’affichage, de langue de travail, de langue d'enseignement ou de francisation des immigrants. Elles devront aussi varier dans le temps ou selon certaines régions, comme Montréal ou le reste du Québec», explique le professeur de l’Université de Montréal, qui craint un débat polarisant et sans fin».

Lui aussi prend l’exemple des changements climatiques, mais pour démontrer toute la difficulté de s'entendre sur des cibles à la fois objectives et permanentes. Le gouvernement fédéral, par exemple, utilise tour à tour les émissions de GES par rapport à leur niveau de 1990 ou de 2005.

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