​Musique - Julie Doiron repart à neuf

«I Thought of You» sonne comme un nouveau départ pour la musicienne qui mit neuf ans avant d’offrir ce nouvel album constitué de vieilles chansons, certaines étant déjà parues sur des simples et des EP, et de toutes fraîches, parmi lesquelles la tendre «Et mon amour», un folk-rock à la batterie qui ronronne. © Matt Williams «I Thought of You» sonne comme un nouveau départ pour la musicienne qui mit neuf ans avant d’offrir ce nouvel album constitué de vieilles chansons, certaines étant déjà parues sur des simples et des EP, et de toutes fraîches, parmi lesquelles la tendre «Et mon amour», un folk-rock à la batterie qui ronronne.

Il était temps ! Après neuf ans d’attente, l’icône du rock indépendant canadien Julie Doiron offre enfin un nouvel album solo, le lumineux I Thought of You. La fibre grunge de la musicienne s’efface momentanément au profit de sonorités folk et country-rock introduites par la personnalité musicale de ses collaborateurs, l’auteur-compositeur-interprète rock ontarien Daniel Romano, son frère Ian, et Dany Placard à la basse. Le geste a rallumé son inspiration, confie la musicienne qui entrevoit l’année 2022 avec plusieurs autres projets musicaux.

Ce retour sur disque en solo a pris forme en septembre 2019, à Rouyn-Noranda. Julie et son amoureux, Dany Placard, donnaient alors un concert en duo à l’Agora des arts, en clôture du festival, un tour de chant suivi de performances de l’auteur-compositeur-interprète Daniel Romano et du groupe rock The Sadies.

« On traînait tous derrière la salle avant le show, raconte Julie. Depuis quelque temps, Dany avait commencé… ben, pas à me mettre de la pression, mais en tout cas à m’encourager à commencer à penser à faire un album parce qu’il savait que j’avais déjà plein de chansons. Moi, je n’étais pas pressée ni même motivée à retourner en studio. Alors en imaginant qu’on pourrait trouver un studio pour l’hiver, Ian a dit qu’il aimerait bien jouer de la batterie sur l’album. Daniel marchait devant nous autres pour se rendre aux loges ; il s’est retourné pour crier : “Pis moi, je vais jouer les guitares !” Alors je me suis dit : “OK, I guessque j’ai un band maintenant !” »

La première chanson qu’ils ont enregistrée en février 2020 est celle qui ouvre l’album, You Gave Me the Key. Une guitare électrique grattée, le timbre vibrant de la voix de Julie qui se déploie : « There was never a plan / No need to explain / And here I am, starting over again », chante-t-elle avant que le reste de l’orchestre souffle sur la chanson rock comme une bouffée de chaleur.

You Gave Me the Key a donné le ton à l’enregistrement de ce qui deviendra le neuvième album solo en carrière de l’Acadienne, cofondatrice du légendaire et influent groupe d’Halifax Eric’s Trip, le premier groupe canadien à avoir été signé par le label Sub Pop en 1993, pour la sortie de l’album Love Tara. Elle avait préalablement enregistré quelques démos guitare-voix dans la shed à Placard, mais la couleur du disque a été révélée pendant l’enregistrement.

« J’avais envoyé les démos à Daniel et Ian, mais ils ne voulaient pas les écouter avant la session, pour garder quelque chose de spontané, de frais »,dit la musicienne, qui avait une confiance totale en ses collaborateurs. « Ce sont eux qui sont arrivés avec leurs partitions, ç’a été très improvisé.Ils ont créé le son, la couleur de l’album, mais j’avais une petite idée, en entrant en studio avec ces trois musiciens, de comment ça allait sonner. C’est important lorsqu’on enregistre de s’entourer de musiciens avec qui on se sent à l’aise, parce que tu veux être soutenue, en studio. C’est un lieu où on se sent parfois vulnérable, parceque ce sont nos chansons et qu’on les aime. »

I Thought of You sonne comme un nouveau départ pour la musicienne qui mit neuf ans avant d’offrir ce nouvel album constitué de vieilles chansons, certaines étant déjà parues sur des simples et des EP (comme Ran, Good Reason et Cancel the Party), et de toutes fraîches, parmi lesquelles la tendre Et mon amour, un folk-rock à la batterie qui ronronne. Les guitares électriques et acoustiques, la cadence country-rock de la section rythmique, Doiron qui se balade entre ces chansons intimistes qu’elle sait si bien rendre et les passages plus électriques faisant le pont avec le reste de son œuvre solo.

« Lorsque j’ai commencé à composer à nouveau, vers 2017, je n’avais presque pas écrit de chansons pendant quatre ans, avoue-t-elle. Le repos entre les projets m’a fait du bien, sur le plan créatif, et je crois que c’est peut-être pour ça que mes nouvelles chansons me paraissent matures. En plus, j’avais vraiment le goût de recommencer à écrire — tout sortait naturellement, sans forcer. »

La pandémie a aussi ravivé son besoin d’écrire. Après l’enregistrement de l’album, le premier confinement a retourné la musicienne dans ses terres, à Memramcook, en banlieue de Moncton. Dany Placard l’y avait retrouvée, emportant avec lui assez de matériel pour enregistrer un album complet en duo qui paraîtra en avril prochain. « Un beau mélange de grunge et de douceur, en français et en anglais. C’est vraiment cool », nous apprend la musicienne, qui travaille aussi sur un album tout en français, en plus de planifier une nouvelle session en studio avec son ami et collaborateur Phil Elverum (Mount Eerie), la paire nous ayant offert l’exquis Lost Wisdom pt. 2 à l’automne 2019.

« J’ai plein de projets dans le futur — je ne prendrai pas autant de temps avant de lancer un prochain album », promet Julie Doiron.

​Musique - Julie Doiron repart à neuf